AU FIL DES HOMELIES

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UNE LIBERTÉ ADULTE

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 2008)
Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

es paroles du Christ font peur, il est bien connu que la religion est une aide pour la paix sociale et la paix familiale, et nous savons tous que nous apprenons aux enfants qu'il faut obéir au petit Jésus comme on obéit à son papa et sa maman. Mais il faut bien reconnaître que l'évangile ce n'est pas une morale ou des principes qui nous sont donnés pour la paix religieuse, sociale et familiale.

Saint Ambroise de Milan a prêché le 21 janvier 376 le jour de la fête de sainte Agnès que nous célébrons en ce jour, martyre lors de la persécution de Dioclétien en 305. J'aurais voulu m'attarder avec vous sur deux petits passages de l'homélie de l'évêque de Milan. Rappelez-vous qu'Agnès est toute petite, toute frêle, elle a à peine douze ans, et voilà ce que dit Ambroise : "Ce petit corps offrait donc assez de place aux blessures et celle qui n'avait presque rien à leur offrir a eu de quoi les vaincre. Alors que les petites filles à cet âge ne peuvent supporter les visages sévères de leurs parents, et lorsqu'elles se sont piquées avec une aiguille pleurent comme si elles s'étaient blessées. Tout le monde pleure, mais elle, n'a pas une larme. La plupart s'étonnent de la voir si facilement répandre une vie à laquelle elle n'avait pas encore goûté. Tous sont stupéfaits de ce qu'elle se montre témoin de la divinité alors qu'en raison de son âge elle ne pouvait encore décider elle-même".

Ces passages sont intéressants pourquoi ? Le martyre de saint Agnès représente le passage de l'enfance à la vie adulte. On pourrait le résumer ainsi à travers les deux passages que je vous ai lus : c'est une petite fille, elle est donc dans la société romaine, le dernier échelon des hommes libres, d'abord parce qu'elle est une enfant, qu'elle ne peut rien décider, et parce qu'en plus, c'est une femme elle ne peut rien décider. Elle n'est pas capable d'exercer à aucun moment de sa vie la liberté. Elle est sujette à tous moments soit de son père, soit de son frère aîné si son père est mort, soit du mari qu'elle épousera. Ce qui est extraordinaire, c'est que cette petite fille qui a reçu cette croix comme nous le dit l'évangile, et qui devrait porter sa croix tout le reste de sa vie, en l'occurrence, sa féminité, son assujettissement au mode masculin, sa croix elle ne va pas la porter sur son épaule, mais elle va la prendre. Ce qu'elle n'avait pas choisi, elle va le transformer. Et l'on va passer de la passion dans le sens du patient qui se soumet à ce qu'il n'a pas choisi, à l'action au cœur même de la passion et du martyre. C'est là qu'on peut parler du passage de l'enfance à la vie adulte. Ce que je n'ai pas choisi, je le fais maintenant bien.

Je pense à tous ceux qui ont reçu la foi ou l'éducation chrétienne comme une identité. Je crois que cela ne reste qu'une identité toute leur vie à moins qu'à un moment donné, ils ne soient comme Agnès, appelés à choisir par eux-mêmes ce qu'ils avaient reçu. Je crois que c'est cela le passage de l'identité chrétienne à la capacité que nous avons de nous approprier cette foi que nous avons reçue. C'est très important, parce que même si nous ne serons peut-être pas appelés à être martyrisés dans le sang, comme Agnès, il nous est donné de choisir, c'est-à-dire soit d'être chrétiens parce que la société était chrétienne et que nous avons une vague identité chrétienne qui disparaît tout de suite au moindre problème ou à la moindre menace, soit alors que nous soyons comme Agnès et que nous considérions que cette rencontre avec le Christ ne soit pas une simple identité mais une véritable rencontre comme elle le dit: avec son époux, elle qui est son épouse.

Frères et sœurs, nous nous considérons très souvent petits, assujettis à ce que nous n'avons pas choisi : notre vie, la société, les difficultés de la vie quotidienne, nous nous présentons souvent frêles et comme une jeune fille face au monde et à ses problèmes, et pourtant Agnès est celle qui nous montre que nous sommes capables au cœur de l'épreuve de prendre cette croix, de prendre ces épreuves pour les transformer et de venir ainsi accéder à cette maturité et rencontrer le Christ notre époux.

 

 

AMEN

 

 

 
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