AU FIL DES HOMELIES

Photos

FACE AU MYSTÈRE DE LA MORT

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 2011)
Vendredi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Image de "dévotion"

 

F

rères et sœurs, il peut paraître étrange qu'à l'occasion de la fête de sainte Agnès, on cite ces paroles de l'évangile qui nous paraissent particulièrement cruelles quand on a perdu un être cher, celui qui ne hait pas son père ou sa mère à cause de moi, etc … on se demande pourquoi le Christ a dit des choses pareilles. Il y a déjà une explication assez simple, c'est que dans la langue juive, on n'a pas de mots pour dire "plus que", donc quand on dit qu'on préfère telle personne à telle autre, on ne dit pas j'aime mieux telle personne, on dit : je n'aime pas celle-ci et j'aime celle-ci. Ce n'est pas très gentil pour celle dont on dit qu'on ne l'aime pas, mais c'est ainsi. Ils n'avaient pas ce que nous appelons le "comparatif".

Il faut bien comprendre la phrase de Jésus, il ne nous apprend pas à détester nos parents, nos enfants, ce n'est pas du tout cela, bien qu'il dise que sa parole et sa présence peuvent créer des tensions à l'intérieur du milieu familial. Mais il dit surtout ceci : c'est qu'il y a une réalité et une exigence fondamentales dans le cœur de la vie des disciples, c'est d'aimer Dieu, le Christ par-dessus tout. C'est pour cela qu'on lit ce texte à l'occasion des martyrs et notamment aujourd'hui, pour sainte Agnès car ce que les premiers chrétiens ont vu dans cette période de persécutions dans l'empire romain qui était formellement opposé à tout autre culte que le culte officiel de l'empereur, ce qu'on a voulu dire, c'est que ces gens ont aimé le Christ par-dessus tout puisqu'ils ont préféré l'amour du Christ et la fidélité au Christ à leur propre vie. Ils ont accepté de sacrifier leur vie pour montrer que de toute façon, l'amour du Christ était tellement fondamental, exigeant et absolu pour eux, que c'était pire de continuer à vivre plutôt que de perdre le Christ.

Vu de loin, cela nous paraît un peu distant et inaccessible et pourtant, je crois qu'il nous faut comprendre l'importance de ce fait dans la vie des chrétiens. Quand on est chrétien, nous croyons plus ou moins, nous savons que le Christ nous a aimés et a voulu que nous ne soyons jamais séparés de lui. Si pour nous, les chrétiens, par un certain côté la mort nous fait horreur, parce quelle nous arrache ceux et celles que nous aimons, il y a aussi face à la mort, une attitude chrétienne qui est de se dire que si vraiment Dieu a pu nous manifester un amour si fort, lui, en acceptant de mourir pour nous, lorsqu'on meurt, cette force de l'amour du Christ pour chaque croyant, pour chaque disciple, va rejaillir dans le cœur des disciples. Non pas que nous cherchons la mort, que nous voulons mourir, mais simplement parce que nous croyons que dans l'acte même de notre mort, qui ne vient pas toujours dans les circonstances que nous voudrions, qui nous surprennent et nous démontent complètement, mais il y a quelque chose dans cette mort qui nous dit que de toute façon, même si c'est douloureux pour moi, pour vous, pour tous, il n'empêche que dans tout cela, Dieu est le grand vainqueur.

Je crois que c'est cela que nous devons comprendre : face au mystère de la mort nous ne sommes pas mieux équipés que les autres. Nous faisons le travail de deuil aussi difficilement que les autres, nous souffrons autant que les autres de la séparation et de l'arrachement. Nous n'avons pas de moyens de nous mettre dans la tête des idées qui nous feraient dire que c'est bien que nos proches et nos amis sont partis. Il n'y a rien de tout cela. Quand on tient ce discours, on sent bien qu'il sonne faux. La seule chose qui nous reste, et c'est ce qui fait notre spécificité de chrétien, c'est que nous pouvons croire que même si nous, nous sommes totalement démunis devant la mort, il y en a un qui ne l'est pas, c'est Dieu. Si Dieu a affronté la mort c'est pour que nous aussi nous puissions faire face à la mort avec ce qu'elle porte d'insupportable et de terrible, mais dans la foi, nous pouvons y faire face.

C'est un peu ce que nous devons faire pour garder dans notre cœur à la fois du mystère chrétien et de la mort du Christ sur la croix, et puis en même temps de la mort de cette jeune fille, Agnès qui a accepté de mourir pour le Christ à l'âge de douze ans. La mort n'est en rien diminuée dans son poids et dans sa souffrance dans notre existence humaine pour nous, les proches qui restons sur la terre, mais en même temps, elle nous pose cette question fondamentale, c'est-à-dire que si Dieu a fait face à la mort, c'est pour que nous puissions nous aussi, dans la confiance en lui faire face.

Ce n'est pas facile, cela ne vient pas tout seul, mais c'est quelque chose que Dieu peut nous communiquer, que Dieu peut nous partager pour petit à petit nous aider à faire face à cette terrible épreuve et à cette terrible souffrance, et que notre souffrance puisse être comme portée par notre confiance et par notre foi.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public