AU FIL DES HOMELIES

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LA MATERNITÉ DIVINE DE MARIE

Nb 6, 22-27 ; Ga 4,4-7
Ste Marie, Mère de Dieu - (1er janvier 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

 

rères et sœurs, si en ce jour octave de Noël c'est-à-dire le huitième jour après la fête de Noël (et selon l'habitude de l'Ancien Testament nous faisons résonner pendant huit jours les grandes fêtes afin que notre cœur soit rempli de ce mystère), si en ce huitième jour, qui au surplus est celui de la circoncision de Jésus comme l'évangile vient de nous le dire, nous célébrons plus particulièrement Marie Mère de Dieu, c'est parce que Noël est la plus grande fête de la Vierge Marie. La plus grande fête de la Vierge Marie, ce n'est ni l'Immaculée Conception, ni l'Assomption, ni aucune autre des fêtes qui parsèment notre année et qui énumèrent les grâces que Marie a reçu, la plus grande fête de la Vierge Marie c'est Noël parce qu'elle se situe au centre du mystère de Marie qui est sa Maternité, sa Maternité divine. Et si Noël est la plus grande fête de la Vierge Marie, c'est parce que Noël est d'abord la fête de Jésus-Christ, du Fils de Dieu et que Marie n'a de sens, de signification que par rapport à son Fils Jésus et à partir de Lui. Et le mystère de Marie découle entièrement du mystère de Jésus.

        Si Marie a été préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception, c'est pour que son être soit préparé jusqu'au plus intime à recevoir en lui, comme un écrin qui reçoit un bijou, le Fils de Dieu. Si Marie a été préservée après sa mort de la décomposition de la chair, si sa chair est ressuscitée pour être prise avec Jésus dans la gloire, c'est parce que la chair de Marie est celle qu'elle a donnée à son Fils. Et ainsi la Résurrection du Fils rejaillit et remonte jusqu'à sa source, à la chair de Marie. Tout cela n'a de sens et d'explication qu'à partir de ce mystère central qui est celui de la Maternité divine de Marie.

       Vous le savez, dans le passé lointain de l'Église, toutes sortes d'hérétiques ont essayé de nier le mystère intime de Jésus, Dieu et homme, vrai Dieu et vrai homme. Il y a eu des gnostiques qui ont dit que Jésus n'était qu'un homme dans lequel était descendu le Fils de Dieu, par exemple au moment du baptême au Jourdain sous la forme d'une colombe. Il y a eu Nestorius, patriarche de Constantinople, qui a dit que Jésus était un homme parfait qui avait été "assumé" par Dieu pour devenir d'une manière exceptionnelle Fils de Dieu (dans un sens voisin, même si c'était à un degré supérieur de celui où l'on peut dire de tout homme qu'il est enfant de Dieu). Tout cela, l'Église a senti à travers les siècles que cela ne correspondait pas au mystère profond de sa foi.

       Le mystère central de notre foi c'est Jésus-Christ, à la fois Dieu et homme dans l'unité la plus profonde, la plus intime, les deux natures, humaine et divine, aussi pleinement réalisées l'une que l'autre, s'unissant de façon indissoluble parce que c'est la même personne, le même sujet, le même être qui est à la fois vraiment Dieu et vraiment homme. Et le concile d'Ephèse en 431 a solennellement défini que Jésus unissait cette humanité et cette nature divine au niveau de son unique personne, la personne du Verbe, la personne du Fils de Dieu. Et précisément voulant affirmer cet élément central de notre foi, le concile d'Ephèse et, avant lui, saint Cyrille d'Alexandrie qui en a été l'animateur et le théologien privilégié, le concile d'Ephèse a proclamé Marie "Theotokos", Mère de Dieu, selon cette parole reprise par saint Jean Damascène résumant toute la tradition de l'Église : "Comment ne serait-elle pas Mère de Dieu celle dont le Fils est Dieu ?"

       Marie, Mère de Dieu parce que précisément la relation d'une mère avec son enfant n'est pas simplement une relation biologique, c'est une relation de personne à personne. Une mère est en relation maternelle avec son enfant en tant que cet enfant est une personne humaine nouvelle. Marie, ayant donné au Verbe sa nature humaine, est la Mère non pas de cette seule nature humaine, mais de la personne même qui vit selon cette nature humaine reçue d'elle, c'est-à-dire Mère de la personne même du Verbe de Dieu, la personne du Fils éternel du Père éternel. Il n'y a qu'une seule personne en Jésus. Jésus n'est pas l'amalgame d'un homme et d'un dieu qui seraient plus ou moins conjoints. Ce n'est pas une personne divine qui habiterait à l'intérieur d'une personne humaine. C'est une unique personne. Quand nous parlons de Jésus, nous nous adressons à Quelqu'un. Et ce Quelqu'un qui est éternellement le Fils du Père est aussi le Fils de Marie parce que tout ce qu'il y a en Jésus d'humain Lui vient de Marie, d'une manière unique et exclusive puisque Marie est Mère de Jésus sans avoir coopéré avec un père pour Lui donner cette nature humaine. La nature humaine de Jésus Lui vient de Marie uniquement.

       Par conséquent il y a en Marie une proximité incroyable avec le mystère même de Dieu. Elle est entrée dans ce mystère d'une façon qui dépasse notre imagination puisqu'elle a donné à la personne même du Fils de Dieu, au Verbe éternel, toute l'humanité qui était la sienne, à elle Marie et qui est devenue ainsi toute l'humanité, toute la nature humaine de ce Christ Verbe. Ainsi, même si Marie n'est pas une déesse, mais une femme de la race des hommes, même si elle est entièrement de notre terre, entièrement de notre humanité, elle a, au niveau de cette relation, une proximité étonnante, unique avec la deuxième personne de la Trinité et par conséquent avec le mystère entier de cette Trinité divine. Elle entre ainsi dans un échange admirable, comme nous le chantions tout à l'heure, dans un échange tout à fait incroyable, donnant tout ce qu'elle a d'humanité au Fils de Dieu et recevant de Lui cette qualification extraordinaire d'être la Mère de Dieu, de porter en elle, en son sein, le Verbe de Dieu, de communiquer à Dieu cette nature humaine qu'Il a voulu prendre pour l'associer à sa nature divine et pour qu'ainsi, à travers cette humanité qu'Il prenait, Jésus atteigne l'humanité de chacun d'entre nous, l'humanité de Marie d'abord, mais aussi celle de tous les hommes dont Il devenait ainsi le frère, dont Il devenait ainsi le semblable, le proche, l'immédiatement prochain afin que toute la puissance vivifiante qu'Il portait en Lui toute la grâce divine qu'Il portait en Lui puisse se communiquer à chacun d'entre-nous. C'est par Marie que Jésus se trouve en relation avec nous. C'est par la nature humaine que Marie a donné à Jésus que le Verbe de Dieu se trouve en relation intime avec chacun des membres de l'humanité que nous sommes, vous et moi.

       Ainsi Marie se trouve comme à la jointure entre le Christ et nous, entre le Christ et toute l'humanité. Et elle se trouve comme au cœur, au centre de ce mystère du salut que Dieu a voulu, voulant se faire semblable à nous pour nous faire semblable à Lui, voulant partager sa vie, voulant entrer dans notre misère pour que nous puissions entrer dans son mystère. Ainsi Marie a reçu, comme une conséquence de cette étroite union qu'elle avait avec le Fils de Dieu, a reçu une union très étroite avec chacun d'entre nous. Et ceci s'exprime à la croix quand Jésus, au moment de quitter ce monde par sa mort rédemptrice, par sa mort salutaire, fait de Marie la Mère, non plus seulement de Lui-même, mais de l'humanité tout entière, la Mère de chacun de ses frères à travers la personne de Jean : "Voici ta Mère, voici ton fils". A travers la personne de Jean, c'est à chacun d'entre nous, c'est à l'humanité tout entière, c'est à l'Église qui est le corps du Christ, l'humanité rassemblée en Église qui est le corps même du Christ, c'est à chacun de nous que Jésus donne Marie pour Mère. Cette maternité divine de Marie est donc le sens, l'explication de ce mystère si profond de la maternité de Marie à l'égard de chacun des membres de l'Église, à l'égard de chacun d'entre nous. Et tout le reste ne fait que découler du cœur de ce mystère.

       Alors, frères et sœurs, dans le rayonnement de Noël, dans le rayonnement de cette fête fondamentale de notre foi, de cette Incarnation de Jésus, de ce mystère de Jésus vrai Dieu et vrai homme vraiment Dieu de toute éternité, vraiment homme en tout semblable à ce que nous sommes, dans le mystère et le rayonnement de cette fête de Noël, saluons la Vierge Marie, Mère de Dieu, Mère de Jésus, Mère de chacun d'entre nous, Mère de l'humanité tout entière, Marie, Mère de l'Église.

       AMEN


 
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