AU FIL DES HOMELIES

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 L'AU-DELÀ, DÈS ICI-BAS

Nb 6, 22-27 ; Ga 4,4-7; Lc 2, 15-21
Ste Marie, Mère de Dieu - (1er janvier 1999)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous avons coutume aujourd'hui de parler de convictions religieuses. Il n'y aurait rien de plus bizarre, de décalé que de dire de Marie qu'elle avait des convictions religieuses, même si on disait qu'elle les avait solides et ferventes, ce qui est certain, mais qui ne veut presque rien dire, en ce qui concerne Marie. Parler d'une femme qui est Mère de Dieu en disant qu'elle a des convictions religieuses, vous sentez tout le décalage et l'ironie du propos, ça n'a rien à voir, ce n'est pas une question de convic­tions. Ce qui est arrivé, ce qui arrive pour Marie ne relève pas d'une sorte de conviction subjective, d'elle-même, mais d'une certitude, c'est un fait, point à la ligne. Incontournable. Ce qui veut dire que nous sommes dans un monde, non simplement dé-idéa­lisé, c'est-à-dire que nous avons renvoyé dans l'au-delà, un au-delà qui se voulait ici-bas, l'au-delà de Marie, l'au-delà, ce divin, ce Dieu qui vient dans la vie de Marie, dans le corps de Marie. Et cet au-delà prend place, demeure, se plante dans ce monde, dans cet ici-bas, pour s'insérer dans l'histoire des hommes afin que, de l'intérieur, ils transforment l'histoire des hommes. Notre souci d'égalité, un souci politique que les hommes soient égaux les uns avec les autres, les uns envers les aubes, qui est tout à fait honorable et louable, a au moins une fâcheuse conséquence c'est que nous avons éliminé tout ce qui pouvait dépasser, en l'occurrence tout ce qui semblait être en surplomb par rapport à cet idéal que les hommes devaient avoir les uns envers les autres. Nous avons forcé l'au-delà à s'exiler.

Alors il est toujours en marge, ce qui est très agaçant pour des gens qui auraient voulu y mettre un terme, mettre à mort définitivement ce qui est au-delà. Et de fait en le projetant à l'extérieur du monde dans lequel nous sommes, il est là, vivant, vivace, mais un peu caricatural, dans la magie ou dans la mystique, parce quel homme ne peut pas se passer de désigner ou d'être irrité par les choses qu'il n'explique pas et qu'il désigne par un terme ambigu sur lequel Je vou­drais revenir, par le terme de mystère. Mais nous avons tenté, nous sommes tentés d'expliquer, de nous expliquer notre comportement, le comportement so­cial, la vie, la scientifique, etc ... Et nous donnons le nom de "mystère" à ce que nous n'avons pas encore expliqué. Cela n'a rien à voir, le mystère n'est pas quelque chose qui n'est pas encore expliqué et qui est hommage d'une sorte d'au-delà de la raison, le mys­tère, c'est qu'à l'intérieur même des choses qui sem­blent expliquées, rien n'est dit de ces choses. Le mys­tère n'est pas quelque chose qui est au bout d'un rai­sonnement humain devant lequel l'homme finit par baisser pavillon, en disant : "Je ne peux pas aller plus loin que mon raisonnement", le mystère n'est pas quelque chose qui s'ajouterait, le mystère est déjà là, comme dans le corps d'une femme, comme dans le face-à-face que Marie a vécu avec Dieu, avant même que quiconque ne dise quelques mots sur Marie ou n'essaye d'épeler quelques mots sur l'Incarnation de Dieu, et bien c'était là, c'était fait, trop tard pour nous, pour en parler, il n'y a pas de mystère, du moins le mystère est là, inscrit même dans la vie de Marie.

Ainsi quand nous essayons de redonner une religion au monde dans lequel nous sommes, qui semble effectivement à la fois s'en passer et s'irriter de mal s'en passer, nous cantonnons ce religieux, ce re­tour du religieux qui fait les choux gras de beaucoup d'intellectuels, à une sorte de frontière non encore représentée, non encore expliquée, cela n'a rien à voir avec ce que nous fêtons, nous comme chrétien, c'est cela que je dis que l'au-delà dans le monde chrétien est dès ici-bas présent. Les hommes ont cru pouvoir se passer de l'au-delà, funeste illusion, ils ont cru qu'ils pouvaient organiser leur vie humaine les uns avec les autres sans tenir compte d'une sorte de loi de l'au-delà qui intervenait dans toutes les sociétés, sauf dans celle dans laquelle nous vivons et qui croit s'en passer, et qui, en croyant s'en passer, la fait revenir, mais sous une forme caricaturale, plus superstitieuse, j'allais dire, et Dieu sait que j'aime ce mot, plus païen que jamais. C'est-à-dire qu'il y a une sorte de retour du religieux, non pas simplement un retour au bon sens religieux, non, un retour au mauvais sens religieux, un reflux parce que l'homme ne peut pas s'en passer, mais reflux de manière éparse, sans consistance, dans une espèce de synthèse que nous voudrions à travers les siècles parce qu'évidemment l'homme du vingtième siècle, surtout en 99, se voudrait un peu au-dessus de la moyenne des années précédentes et voudrait bien réussir à faire une synthèse qui nous permette d'être l'héritier fidèle de la pensée riche des siècles précédents. Tout cela oblige l'homme du vingtième siècle à penser qu'il peut réussir à faire une synthèse, c'est ce qu'on appelle vulgairement le New Age, mais quand on dit cela, les gens déjà baissent le pavillon de la réflexion, ce n'est pas tant le New Age qu'une volonté d'être un peu synthétique, plus solide, l'héritier de l'histoire des hommes.

Mais nous n'avons jamais dépassé Marie, Mère de Dieu, nous ne pouvons pas dépasser ni par la pensée, ni par une synthèse qui aurait hérité et qui aurait purifié cette affaire. Il n'y a rien de plus, ici-bas et au-delà, qui nous aurait été révélé que Marie est la Mère de Dieu. Le fait est à la fois si intime, si petit qu'on pourrait l'oublier ou l'ignorer, et en même temps si dominant l'histoire des hommes qu'il est la preuve manifeste que Dieu ne se contente pas de vérifier les frontières entre Lui et nous, mais Il a brisé les frontières de l'invisible en se faisant visible dans le corps d'une femme pour devenir homme parmi les hommes. Et le retour du religieux n'est pas un retour à souhait en ce sens que l'homme s'interroge spirituel­lement sur Lui, sinon il nous faut réinventer toute la marche religieuse de l'humanité qui nous a précédés et qui était de tenter de chercher un sens à sa vie. C'est qu'il nous faut rencontrer quelqu'un, quelqu'une Marie par exemple, ou l'Église qui l'incarne, ou la commu­nauté chrétienne qui en est le corps aujourd'hui et qui dit autrement ce pourquoi nous vivons, qui dit autre­ment le sens de notre vie. C'est pourquoi nous accep­tons les années qui s'ajoutent les unes aux autres, et que nous voulons traverser cette vie, lui donner un sens comme Dieu a traversé l'humanité pour lui don­ner un sens, pour qu'elle ne s'arrête pas à elle-même, qu'elle ne trouve pas son sens en elle-même, mais qu'elle trouve un sens dans un au-delà, non plus loin­tain et comme étranger à l'homme, mais devenu si familier, si proche de chacun de nous. Il y a une fa­miliarité de l'au-delà grâce à Marie, Mère de Dieu, qui est le meilleur souhait que je puisse nous faire les uns aux autres, que Dieu nous soit proche, qu'II fasse briller sur nous son Visage, si intimement, si proche et que nous nous reconnaissions les uns les autres comme animés de cette bénédiction que Dieu promet et renouvelle sans cesse pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers. Que Dieu ainsi nous bénisse et nous garde dans sa paix.

 

 

AMEN

 

 
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