AU FIL DES HOMELIES

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MARIE, MAÎTRESSE DE LA PRIÈRE DU CHRÉTIEN

Nb 6, 22-27 ; Ga 4,4-7; Lc 2, 15-21
Ste Marie, Mère de Dieu - (1er janvier 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


J

'imagine ce que vous pensez actuellement en venant le premier jour de l'année dans une église, votre tête, si je pouvais dessiner les bulles qui sont au-dessus, j'y verrais à la fois une sorte de lecture de l'année, une envie de demander à Dieu de nous protéger davantage, et cette répétition de bilan et souhaits peut nous décourager, et nous faire nous demander si cette prière que nous pratiquons quotidiennement, n'est pas vaine. Il y avait dans la boîte aux lettres du presbytère ce matin, une photo du drame de l'Asie du Sud-Est, des cadavres noyés, dessous, c'était marqué : Joyeux Noël, merci Dieu.

On ne peut pas balayer d'emblée cette volonté de chercher un responsable. C'est la démarche instinctive de tout homme à sons malheur que d'en chercher la cause, c'est presque une hygiène mentale et psychique que d'en chercher la cause ou le responsable. On peut se tromper peut-être sur le responsable, mais il y a toujours en nous, et l'on ne peut pas la taire, une envie de comprendre. Je pense que la personne qui a écrit et laissé cela dans la boîte aux lettres n'a pas tellement envie de nous entendre, et ce serait difficile de lui faire entendre notre façon de voir les choses, mais elle peut nous interroger nous-mêmes sur notre comportement chrétien.

Au fond, un chrétien, c'est quelqu'un qui n'est jamais tranquille face au malheur du monde. Je ne dis pas d'ailleurs que c'est réservé aux chrétiens, la solidarité qui se développe actuellement et qui est sans précédent, prouve bien que c'est bien une question qui n'est pas d'être chrétien ou de ne pas l'être. Mais nous ajoutons à cette impuissance qui fait que certains d'entre nous sont justement révoltés, nous y ajoutons un regard que nous portons au-delà de l'horizon. Plutôt que de rejeter Dieu du côté des accusés, nous l'intégrons au pire, nous le mettons de notre côté. C'est avec Lui que nous contemplons le malheur pour attendre de sa part la victoire. Cela n'a l'air de rien, mais nous avons renversé les choses. Plutôt que d'accuser Dieu, ou les divinités ou autre chose, nous savons, nous croyons et nous professons qu'il est de notre côté, du côté de celui qui souffre comme nous, et qu'Il est même paradoxalement et invisiblement en première ligne de cette souffrance. Nous sommes nous, cette grande cohorte qui derrière lui, souffrons avec lui, par solidarité profonde qui nous unit les uns aux autres dans ce monde, seulement, nous ne nous arrêtons pas à cette face négative de la solidarité qui est de nous sentir coupables les uns les autres, coupables d'être encore en vie, mais nous confessons une autre manière, une autre façon, un mouvement presque invisible mais décidé et ferme, qui naît dans chaque homme et qui le mènera au-delà de lui-même, dans un royaume où chaque homme sera considéré comme un absolu en lui-même, puisque héritier de Dieu.

Nous voyons en chaque homme, et le monde a oublié qu'il le devait au christianisme, une personne totale et absolue, une valeur en soi qui se fonde sur la personne même de Dieu : parce que c'est un homme créé par Dieu, il est une valeur absolue. Et cette valeur absolue n'est pas simplement parce qu'il est vivant sur cette terre, mais parce qu'il est promis à une vie divine qui commence dès maintenant, malgré toutes les apparences, malgré tout ce qu'il y a dans les contradictions, cet homme, tout homme, est amené à être Dieu. Quel que soit le moment de sa mort, quelle que soit la forme de sa mort, cet homme est un divinisé, c'est inscrit profondément en l'être d'amour dans son corps et dans son cœur, dans sa chair.

Qui nous dit cette promesse que même une catastrophe comme ce raz-de-marée n'effacera pas, c'est la première qui en a bénéficié qui n'y est pour rien, c'est Marie. C'est en cela qu'elle est mère de Dieu et mère des hommes, elle annonce, elle marche d'un pas décidé en avant de toute l'humanité, elle marche, déjà touchée par la gloire de Dieu. Cette rencontre entre Marie et la mort a été si forte que Dieu ne lui a pas évité de mourir, mais nous a fait bénéficier à travers elle comme à l'avance, de cette gloire, de cette transformation profonde que Dieu veut offrir à travers elle à tout homme. Le chrétien est celui qui, comme les autres, peut-être même plus parfois que les autres, vit intensément et coupablement le malheur du monde, et en même temps, comme dans une seule vision, cette culpabilité-là que nous partageons, cette solidarité négative n'efface pas celle qui nous est promise, la positive, qu'ensemble, nous recevrons de Dieu. Nous commençons à recevoir de Dieu cet amour, cette victoire contre la mort, qui fait son œuvre invisiblement en nous. La seule chose que Dieu nous demande en échange de cette victoire commencée, c'est notre foi. Non pas une foi soumise, mais cette foi active, au sens où elle nous impose de nous battre contre le mal en nous-même, chez les autres et dans le monde. Ce n'est pas une sorte de signature au bas de la page, en disant : je crois parce que je ne peux pas faire autrement, c'est cette adhésion à ce royaume promis, à cette vie divine promise, qui nous oblige à une sorte d'activité profonde, les uns pour les autres, avec les autres pour faire grandir ce royaume. Il y a la solidarité financière, matérielle qui nous est demandée et que nous devons effectivement faire, et puis, il en est une que nous pratiquons maintenant, celle de la prière. Là on pourrait dire, nous prions, mais à quoi cela sert-il ? Il ne nous est pas permis dès maintenant, de connaître l'effet de la prière, comme nous ne savons pas toujours non plus quel est l'effet profond de la sainteté dans ce monde. Il y a une part de l'efficacité de la vie chrétienne qui nous échappe, ce n'est pas simplement la foi en la divinisation qui nous est promise, c'est la foi en notre présence comme chrétiens dans ce monde qu'il ne nous est pas permis de comprendre, d'être totalement dévoilée, mais cette prière intervient profondément dans l'équilibre des choses, elle est un poids profond, depuis celle des moines qui prient la nuit, jusqu'à la nôtre, quotidienne, en chaque messe célébrée, ce sont des hommes et des femmes qui se tournent résolument pour ne pas se laisser aller au désespoir, pour s'offrir à Dieu, pour marcher derrière Marie, pour rencontrer le Christ, pour dire : la mort n'aura jamais le dernier mot. Et cet entêtement qui a fait notre prière, est notre force et notre beauté, c'est notre fierté de pouvoir continuer malgré tout à affirmer une infaillibilité de l'amour de Dieu, certainement souvent invisible, même si parfois nous en avons quelque aperçu. Ce n'est pas de l'héroïsme qui est demandé aux hommes pour que malgré tout les choses continuent à être, c'est comme une autre registre, un autre régime, un autre horizon, quelque chose de plus profond qui s'écrit entre les hommes et qui fait que cette prière est efficace, nécessaire et fondamentale. C'est pourquoi l'Église, dans sa sagesse, a demandé à Marie d'être au sommet de l'intercession parce qu'elle nous représente, elle nous aide, elle nous éduque à cet égard à savoir mieux formuler, à savoir mieux nous donner dans une prière, pour que Dieu et nous continuions cette œuvre commencée de victoire contre le mal et contre la mort.

Que ce jour de la présence de Dieu à travers Marie, de ce qu'elle signifie comme tendresse, comme proximité, comme victoire déjà acquise sur l'humanité, puisqu'elle est déjà complètement gagnée à la gloire de Dieu, nous aide à continuer à marcher dans la foi, résolument, vers Dieu notre maître et le maître de la vie.

 

 

AMEN

 

 
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