AU FIL DES HOMELIES

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MARIE, MÈRE DE LA NUIT

Nb 6, 22-27 ; Ga 4,4-7; Lc 2, 15-21
Ste Marie, Mère de Dieu - (1er janvier 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

B

ien sûr, nos esprits sont encore occupés par le premier jour de l’année, pour essayer de ne pas oublier de célébrer la nouvelle année, de partager tous nos vœux à tel ou tel, sous peine de passer pour un sauvage. Bien sûr, nous sommes encore remplis de toutes ces fêtes autour de Noël, de la douceur de la nuit de Noël, et l’Église nous propose le premier janvier, de célébrer Marie, Mère de Dieu.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ce n’est pas une fête de "raccro". Il est vrai que le Concile Vatican II en général, et tout particulièrement le pape Paul VI, ont aimé à faire de cette fête une réalité importante de la vie de l’Église. N’oublions pas non plus que c’est la journée de la paix, telle que l’a voulu également l’Église, et que nous prions tout particulièrement Marie, Notre Dame de la paix, de donner à ce monde, cette paix profonde que le Christ nous a laissé : "Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix", et dont le monde a tellement besoin. C’est aussi le jour où nous célébrons la Circoncision du Christ, puisqu’au huitième jour, suivant l’habitude, tout enfant mâle devait être circoncis. C’est ce que nous avons entendu dans l’évangile de Luc : "Quand vint le huitième jour, au moment de circoncire l’enfant". Et il y a encore une autre fête qui est l’imposition du nom. En effet, c’est le huitième jour que tout enfant reçoit son nom, c’est le cas de Jésus, nom donné par l’ange, et qui veut dire : "Dieu sauve".

Beaucoup de fêtes, beaucoup d’attention à porter. Mais j’aimerais dire qu’en célébrant Marie Mère de Dieu, tout cela est inclus dans cette fête. Il n’est pas anodin de célébrer cette fête de Marie, mère de Dieu. Tout simplement parce que dire que Marie est mère de Dieu est une des traditions les plus anciennes de l’Église. Nous n’en avons peut-être pas conscience, mais ce titre de Marie a donné lieu à de véritables débats. Certains voulaient bien dire que Marie était Mère du Christ, mais de là à dire qu’elle était Mère de Dieu, Théotokos, cela a donné lieu à un Concile, à Éphèse, pour enfin affirmer cette identité vraie de Jésus, vraiment homme et vraiment Dieu, à laquelle Marie est pleinement associée en donnant naissance à Jésus, vrai homme et vrai Dieu. Elle est donc, à ce titre, Mère de Dieu. C’est un des titres les plus anciens, mais dans l’évangile, n’oublions pas qu’on entend deux fois ce terme de Mère, j’y reviendrai.

Il est évident, que Marie est mère au moment où elle enfante, au moment où elle donne naissance au Fils de Dieu. C’est à ce moment-là que comme toute mère, elle est appelée à avoir les gestes de la maternité qui devraient venir naturellement, qui est en somme résumée par le fait de prendre soin de celui qui vient d’accéder à ce monde. Marie est mère, mais elle est mère d’une manière très particulière, elle est mère dans la nuit. J’allais dire : elle est la mère de la nuit. Pourquoi ? Quand nous y réfléchissons, c’est alors qu’un silence enveloppait toutes ténèbres, dans le silence de la nuit, que Jésus naît. Marie est donc avec Joseph dans cette crèche, et elle fait l’expérience de l’enfantement alors qu’il fait nuit. Il peut y avoir des nuits qui sont douces, mais il peut y avoir aussi des nuits plus terribles. En tout cas, notre positionnement, notre caractère, notre manière d’être peut être influencé dès que le jour tombe, par la venue de la nuit ? On peut craindre la nuit, ou l’on peut profiter de la nuit. Toujours est-il que la nuit induit un thème, une caractéristique particulière. Il me semble que lorsque Marie enfante dans la nuit, cela devient un signe pour nous, et cela nous manifeste la plénitude de sa maternité. En effet, si l’on y pense, c’est la nuit que le Christ lui est remis entre les mains. C’est la fragilité d’un enfant qui lui est donné. Tout repose dans cette femme qui va être vraiment mère. Etre mère, c’est-à-dire que Dieu accepte entièrement d’être remis entre les mains d’une femme, entre les mains d’une mère, pour que Dieu soit nourri, pour que Dieu soit aimé, pour que Dieu soit habillé, pour que Dieu apprenne à parler le langage des hommes, pour que Dieu puisse grandir. L’Église ne s’est pas intéressée à Marie Mère de Dieu comme les psychanalistes s’interrogent sur nos mères, mais tout simplement parce qu’elle a bien pris conscience que la grandeur de Dieu, sa puissance et sa transcendance ont été remis entre les mains même d’une personne humaine, d’une simple femme. Finalement, autant de fragilité, car pensons-y, c’est l’histoire du salut qui du coup, repose dans les mains de Marie, toute cette fragilité est conduite, maternée par Marie, en plus, dans la nuit.

Je prends cette indication de la nuit, parce que la seule fois, par la suite, où Jésus va parler à Marie, ce sera au moment où les ténèbres vont envahir la terre avant l’arrivée de la nuit. Nuit également de la mort puisqu’il s’agit de la croix du Christ. Au moment de mourir sur la croix, "Jésus voyant Marie sa mère, et l’apôtre saint Jean, dit à Marie : Mère, voici ton Fils, et à saint Jean : Fils, voici ta mère". C’est à ce moment-là que Marie devient pleinement mère par la volonté de son Fils, dans la nuit même des ténèbres de la mort et de l’affliction, pour être à nouveau celle qui doit veiller sur la fragilité de saint Jean, sur la fragilité des apôtres, sur la fragilité des hommes, pour à nouveau, en prendre soin et prendre comme signe de cet enfantement de l’humanité à Dieu, pour être signe de cette tendresse et de cette miséricorde de Dieu, alors que Dieu se donne et s’abandonne complètement entre les mains des hommes, dans la mort et dans l’angoisse terrible que va représenter son absence.

J’aime beaucoup ce tableau de Gaudion, où dans la descente de croix, on voit la déstructuration du corps du Christ, tandis que Marie reproduit le même geste que celui de son Fils sur la croix, et en même temps, ses bras tombent et couvrent l’humanité comme une mère qui vient choyer tous les hommes. On a l’impression en regardant ce tableau que Marie est encore en train d’enfanter son Fils. Elle est soutenue par deux femmes, et son enfant est tiré par cette humanité pour qu’à nouveau la grâce de Dieu nous soit donnée par la vie même que Jésus nous livre. Marie est là comme une mère, enfantant dans la nuit, à nouveau, pour que cette Église soit remplie de résurrection

Marie mère de la nuit. Je crois que lorsque le Concile Vatican II a consacré à partir des dix derniers chapitres dans Lumen Gentium, toute une réflexion sur Marie dans l’histoire du salut, en reprenant ce terme de Mère de Dieu, le Concile a voulu nous manifester combien, quelle que soit notre nuit et notre fragilité, qu’il y a encore là, la présence de Marie. Nous pouvons penser aux nuits de l’année écoulée, qu’elles aient été douloureuses comme la nuit de la mort de Jean-Paul II, ou encore de ces nuits qui ont ensanglanté la France, avec les événements provoqués par la fracture de notre société, ou nous désespérons, ou nous abandonnons, ou nous baissons les bras. Ou Marie devient signe que même dans nos nuits, elle vient nous prendre dans ses mains, nous manifester sa tendresse, prendre soin des hommes d’aujourd’hui, être proche et attentive à ce qu’ils sont, c’est aussi une vocation de l’Église qui mère. Isaac de l’étoile, ce Père de l’Église dont nous lisons un texte hier soir aux Vigiles, disait : "Tout ce que l’on peut dire de Marie, peut être appliqué presque tel quel à l’Église". Tout ce que nous disons de l’Église peut, sans rien enlever quasiment, à ce qui peut être dit de la vierge Marie. L’Église, c’est-à-dire nous, et Marie avons la même vocation d’enfantement, et d’enfantement dans la nuit. Nous pouvons être certains que dans nos propres nuits, et dans nos propres fragilités, il reste encore cette tendresse de Dieu manifestée tout particulièrement dans Marie qui nous a été donnée.

Que Marie qui a agi si souvent dans la nuit, nuit de l’enfantement de son Fils, nuit en le ré-enfantant à la croix, nous donne d’être enfantés peut-être dans notre propre nuit, et pour que le jour se lève, pour que la vie, la résurrection et la grâce de Dieu triomphent. Car, quand Marie et l’Église donnent naissance à son Fils et au monde, c’est pour la vie.

 

 

AMEN

 

 

 
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