AU FIL DES HOMELIES

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UNE MATERNITÉ SECRÈTE ET RESPLENDISSANTE

Nb 6, 22-27 ; Ga 4,4-7; Lc 2, 15-21
Ste Marie, Mère de Dieu - (1er janvier 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Humble et royale

 

L

e Frère Paul Bernard Hodel est un dominicain historien, qui après avoir fini ses études à Rome est venu rejoindre le couvent de l'Albertinum en Suisse. C'est un dominicain un peu particulier parce qu'il est à la fois enraciné à Marseille et en même temps en Suisse. Imaginez un peu le côté détonnant de cette personnalité à la fois suisse et marseillaise, pleine de verve et en même temps très suisse. Il me disait il y a quelques semaines après le café qui suit le repas, pendant la récréation : "Christophe, tu ne t'imagines pas ce qui s'est passé hier, j'ai failli mourir !" pourtant, Dieu sait qu'en Suisse, les choses sont très carrées, et que vous n'avez même pas posé le pied sur le passage piéton, que tout le monde qui s'arrête. C'est à un tel point que si vous avez un accident, vous avez même un P.V. parce que vous avez eu un accident. Bref, ! Mais il les trouve que là, peut-être était-il un peu dans la lune, réfléchissant à ce qu'il allait raconter à ses étudiants de l'histoire de l'Église, peut-être que c'était la voiture elle-même qui était ailleurs … en tout cas au moment où il traverse la rue, il voit cette voiture arriver, et il se dit : c'est fini, je vais mourir ! Il me dit en m'agrippant la main comme un bon marseillais qui sait exprimer ses sentiments : Christophe, la vie est trop courte, on passe son temps à la gâcher, on passe son temps à rester enfermé dans son cœur, à perdre du temps, à laisser partir ce que nous sommes, on passe à côté de la vie. Je peux t'assurer que quand on a failli mourir, on se dit qu'il y a beaucoup de choses qu'on devrait relativiser et se recentrer vers l'essentiel.

Je crois que cet essentiel c'est ce que la liturgie d'aujourd'hui nous donne à méditer dans ces trois lectures. La première lecture toujours aussi belle, aussi bouleversante où il est question de visage à visage, où il est question de découvrir qu'effectivement l'essentiel ce n'est pas de bouder dans son coin pour essayer d'espérer d'avoir ce qu'on n'aura peut-être jamais. Ce qu'il y a de plus beau et ce qui est essentiel dans notre vie : ouvrir son visage à son frère, à sa sœur, et c'est surtout aussi tout simplement de laisser refléter sur notre visage l'empreinte même du visage resplendissant de Dieu.

Pourquoi ? Parce que comme vous l'avez entendu dans la deuxième lecture, nous sommes "héritiers de par Dieu". Autrement dit, Dieu nous a fait ce cadeau magnifique, il nous a donné la possibilité d'être le lieu même du resplendissement de sa gloire, de son amour, de sa miséricorde. Il nous a donné la possibilité à travers notre pauvre vie de faire aussi resplendir son économie du salut et de faire resplendir le désir qu'il a de se révéler aux autres. En même temps, ce visage divin que nous portons dans notre cœur ne pourra jamais se révéler si nous fermons notre cœur et si nous n'ouvrons pas nos yeux et notre visage à ce monde que le Seigneur nous a donné.

Et dans l'évangile que nous avons entendu, il ne s'agit pas de crier des youpi, de dire : voilà, tout est beau ! alors que cela ne va pas. Il ne s'agit pas de se mentir à soi-même, ni même de mentir à Dieu et aux autres, il s'agit de faire resplendir le visage de Dieu sur notre propre visage. Pourquoi ? parce qu'au départ et à la racine, il y a tout simplement ce cœur à cœur avec Dieu que l'évangile nous rapporte avec la vierge Marie et les événements de sa propre vie. Nous ne pouvons en vérité laisser resplendir le visage de Dieu sur notre propre visage que si nous acceptons de reprendre ces mots de la vierge Marie dans l'évangile de Luc pour les faire nôtre et de nous dire : dans chaque événement, il y a Dieu qui est là, qui n'attend qu'une seule chose, c'est de se révéler à nous-même. "Marie gardait ces paroles dans on cœur". Non pas qu'elle les gardait bien au chaud pour elle-même pour en faire son petit trésor secret, comme les enfants qui gardent les billes après avoir gagné la partie à la récréation. Au contraire, elle gardait dans son cœur pour que ces paroles puissent mûrir et grandir comme un enfant mûrit et grandit dans le secret du sein de sa mère. Et en même temps, nous savons très bien que ce qu'il y a de très beau dans la maternité, c'est que ce travail secret qui se fait dans le corps de la femme, ressort et resplendit dans son corps, dans son visage et aussi dans son rythme. Il n'y a aucune offense de dire qu'il n'y a rien de plus beau que de voir une femme enceinte, même si quelquefois cela peut être fatigant, douloureux ou difficile. En même temps se révèle à l'extérieur de sa chair le travail secret de cette vie qui un jour va éclore.

Je crois que c'est cela la maternité divine de Maire et c'est cette maternité à laquelle nous sommes conviés, bien sûr pas physiquement, car nous ne sommes pas la vierge Marie. Quand saint Paul nous rappelle dans l'épître aux Galates que nous sommes héritiers, si nous avons reçu un héritage, il nous faut le transmettre. Notre rôle en tant qu'héritiers, fils et filles de Dieu, c'est aussi de recevoir cette parole de Dieu, de la garder, de la laisser grandir, quelquefois longtemps au secret de notre vie, de notre cœur, pour la laisser éclater à la face de la terre, et sur notre visage et laisser resplendir cette parole faite chair, non plus dans la chair de Marie mais dans notre propre chair, et d'être véritablement témoins de ce travail, de ce Père de toute création qui est dans le cœur et le corps de chacun d'entre nous.

C'est ce que je vous souhaite à chacun d'entre vous. Que le fameux bilan dont on parle si souvent et qu'on n'arrive jamais à faire à la fin d'une année (pourquoi faut-il attendre le trente et un décembre pour faire le bilan ?), mais ce que je crois c'est qu'aujourd'hui, avec cette fête civile où nous nous souhaitons une bonne année, où souvent nous reprenons ce que nous avons vécu au cours de l'année, avec cette fête liturgique qui clôt l'octave de la Nativité et qui nous rappelle que Marie est Mère de Dieu, nous sommes conviés aussi à faire mémoire, exactement comme la vierge Marie, qui gardait en son cœur tout ce qui s'était passé, non pas pour rester dessus comme le grigou qui reste sur son tas d'or, mais au contraire pour laisser les événements de notre vie dialoguer et s'enrichir de cette parole de Dieu pour qu'un jour, exactement comme il nous l'est rappelé dans le livre des Nombres, pour qu'un jour : "le Seigneur vous bénisse et vous garde, pour que le Seigneur fasse pour vous rayonner son visage et vous fasse grâce. Pour que le Seigneur vous découvre sa face et vous apporte la paix. "

 

 

AMEN

 

 

 
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