AU FIL DES HOMELIES

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 DU PÉCHÉ À LA SAINTETÉ

1 P 4, 7-11 ; Lc 10, 38-42
Ste Marthe - (29 juillet 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN

Marsat : Sainte Marthe

 

J

e crois que, finalement, Marthe a choisi la meil­leure part. J'ai commenté longuement cet évan­gile il y a quelques jours, et j'avais développé mon argumentation autour de cette phrase révélatrice du blocage spirituel de Marthe : "Seigneur, pourquoi me laisses-tu seule à servir ? Dis à ma sœur de m'ai­der !" Ce n'était pas une forme d'égoïsme, mais au lieu de recevoir Jésus, elle attendait d'être reconnue pour ce qu'elle était. C'est cela qui l'avait empêchée, à ce moment-là, de recevoir le Christ comme "la meil­leure part" sans s'occuper de sa propre part à elle.

Cependant la vie de Marthe ne s'arrête pas là. D'abord elle est sainte ce qui signifie bien qu'on peut toujours passer du péché à la sainteté. Ceci est vrai pour elle et ceci est vrai pour nous. Nous rencontrons Marthe dans deux autres passages de l'évangile de saint Jean. Le premier au moment de la résurrection de Lazare. Lorsque Jésus revient à Béthanie à l'an­nonce de la mort de son ami, la première femme à se lever et à venir en hâte vers Jésus ce n'est pas Marie, peut-être était-elle en méditation spirituelle ou en oraison mystique, mais c'est Marthe. Dès que Marthe sait que Jésus arrive, elle se lève et elle va aux pieds du Seigneur et lui dit : "Si Tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort, mais je crois que tout ce que Tu demanderas à Dieu, Il te l'accordera !" Voilà une femme qui a bien compris la première leçon du Sei­gneur puisque c'est elle, la première, qui va se mettre, ce jour-là, à ses pieds pour écouter sa parole de conversion. Et c'est ainsi qu'elle reçoit le Seigneur comme "la meilleure part".

Le troisième épisode c'est juste avant la Pas­sion, lors de la montée à Jérusalem, la veille des Ra­meaux, quand Marie verse le parfum sur les pieds de Jésus. Jésus vint à Béthanie dans la maison de Lazare et Marthe servait. Il ne faut donc par rester avec Marthe à cet épisode où elle est mise en contraste avec Marie sa sœur. Et je crois que la sainteté de Marthe est très importante pour nous aujourd'hui. C'est un des passages de la première lecture qui peut nous ouvrir la piste de la sainteté de Marthe.

Dans la première lettre de Pierre, on nous pré­sente cette vision de l'Église dite des ministères, des charismes et des services. Avant c'était simple, il y avait les clercs et ceux qui ne l'étaient pas et qu'on appelle laïcs et qui vivaient donc dans une certaine obscurité, en étant menés, dominés par le clergé. Et depuis quelques années grâce au Concile, donc à l'Es­prit Saint, on a retrouvé ce que saint Paul et ce que saint Pierre ont développé c'est-à-dire cette multipli­cité des dons, cette multiplicité des services, cette multiplicité des états dans la vie chrétienne. Ceci est très important, mais nous le gérons parfois, nous gé­rons cette découverte de façon humaine, voire même idéologique.

J'ai parfois l'impression de retrouver dans l'Église un peu de l'idéologie de la lutte des classes. On voudrait que chacun puisse servir mais il y a parfois une certaine envie, une certaine jalousie pour les services. Il y a des femmes qui voudraient prêcher, peut-être auraient-elles des choses à dire ? il y a d'au­tres jalousies de ce style-là. Il y a toujours dans notre esprit le fait qu'il y ait des privilèges liés aux fonc­tions. Mais il n'est pas plus grand d'être évêque que d'être catéchiste. Il n'est pas plus glorieux d'être une religieuse, visible ou pas, que d'être une mère de fa­mille ou une humble secrétaire. Ce qui compte, c'est cette charité dont parle saint Pierre qui couvre cette multitude de péchés de jalousie, de méfiance, d'indif­férence ou d'envie. Or s'il y a une chose capitale dans l'Église, et c'est cela la sainteté de l'hospitalité, c'est d'accueillir l'autre dans son altérité, dans sa diffé­rence, sans jalousie, sans envie, sans vouloir faire ce qu'il fait et sans désirer qu'il fasse comme moi je fais.

Marthe est tombée un peu dans ce piège : "Seigneur, pourquoi Marie ne m'aide pas ? Dis-lui de m'aider !" Cette brave Marthe voudrait que sa sœur serve comme soi-même, à son image et à sa ressem­blance et elle pensait que c'était la meilleure façon de servir. Non, il n'y a pas de meilleure façon de servir le Christ que d'accueillir le don du Christ son Église, dans cet esprit, dans ce respect de la multiplicité des dons, de la multiplicité des charismes, de la multipli­cité des services. Il faut être hospitalier à la présence du Christ à travers son Église qui se manifeste à tra­vers le don que chacun reçoit de Dieu et quel que soit ce don, il est infiniment estimable.

Alors dans cette lumière du visage de Marthe nous demanderons d'avoir le bon réflexe. Non pas "Seigneur, faites que l'autre fasse comme moi ! Fais que je fasse comme lui !" cela c'est du mimétisme, mais qu'à sa prière et à l'exemple de sa conversion, nous puissions accueillir l'Église du Christ, c'est-à-dire chacun d'entre nous et les uns et les autres selon la grâce qu'il a reçue selon ce qu'il est à condition de vivre cela dans la charité, dans l'amour de Dieu, et c'est cela d'ailleurs qui couvre et qui pardonne tous nos péchés de jalousie, d'envie ou de mépris. "Si quelqu'un assure un service, que ce soit comme un mandat reçu de Dieu afin qu'en tout Dieu soit glorifié par Jésus-Christ."

 

 

AMEN

 
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