AU FIL DES HOMELIES

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SAINTE MARTHE PATRONNE DES PAROISSES

1 P 4, 7-11 ; Lc 10, 38-42
Ste Marthe - (29 juillet 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

S

i un jour j'étais pape, rassurez-vous, cela n'arrivera pas, mais sur ce point précis, peut-être que tout le monde le regrettera, si un jour donc j'étais pape, la première décision que je prendrais ce serait de nommer une patronne des paroisses et de la vie paroissiale, car, il ne faut pas nous raconter d'histoires, le curé d'Ars si vénérable qu'il soit, est le patron des curés, mais il n'est pas le patron des paroisses. Je surprends une fois encore l'Église d'Occident en flagrant délit de cléricalisme, puisqu'elle a choisi un patron des curés, mais elle n'a jamais pensé à choisir une patronne des communautés chrétiennes. Naturellement, vous avez tout de suite deviné qui je choisirais comme patronne des paroisses, je choisirais sainte Marthe, parce que à mon avis, même si elle a débarrassé Tarascon de la tarasque, ce qui est sans doute un titre de gloire tout à fait vénérable, aujourd'hui, comme dirait l'autre, on s'en fiche pas mal. Tandis que le fait que sainte Marthe pourrait désigner ce patronage, c'est-à-dire cette espèce de prototype de ce que représente la vie d'une communauté de chrétiens, réunis là où elle se trouve, dans tel endroit, dans tel village, dans tel quartier de ville, je trouve que cela serait tout à fait approprié. La preuve, c'est que le Seigneur, malgré les reproches qu'il lui a fait, en a largement bénéficié et l'on ne dit pas dans l'évangile que ce jour-là, sous prétexte que Marthe était trop inquiète, Il ait craché dans la soupe ! En fait, Il a bel et bien bénéficié de l'hospitalité qui lui était offerte et dont je signale quand même qu'elle était uniquement le fait de cette pauvre Marthe qui se tapait toute seule le service, la pose des couverts sur la table, la cuisine, et tout ce qui convient pour accueillir un hôte de cette catégorie.

En réalité, je crois que c'est un petit peut l'ambiguïté de cet évangile et l'ambiguïté de la vie chrétienne. Il y a beaucoup de chrétiens qui pensent sincèrement, mais à mon avis, naïvement, que le top du top de la vie chrétienne, c'est la contemplation pure. Moi personnellement, je ne le crois pas beaucoup. Même si c'est très remarquable d'avoir un tempérament contemplatif, je ne suis pas certain que cela ne développe pas vis-à-vis de la condition humaine simple, c'est-à-dire ce qui consiste à être un bonhomme ou une bonne femme avec un corps, avec la faim qui revient tous les jours, avec les soucis, avec le repassage, avec le fait de vivre en famille, d'assumer les tâches matérielles, etc … cela fait partie de l'existence humaine, et c'est un lieu de sanctification. Je crois que contrairement à ce qu'on pense, ce qui fait les bonnes paroisses, ce ne sont pas les bons sermons, ce qui fait les bonnes paroisses, c'est le fait qu'il y ait une communauté, dans laquelle tous, et pas simplement les curés, les frères ou tout ce que vous voudrez, sont partie prenante d'une manière ou d'une autre, pour faire les comptes, pour vérifier les versements des chèques, pour faire les fleurs, pour nettoyer l'église, pour donner un coup de main, pour etc … etc … j'arrête l'énumération parce que cela durerait trop longtemps, et le sermon serait trop long ! C'est tout cela qui fait une communauté chrétienne. La communauté chrétienne c'est ce lieu, ce qu'est une communauté chrétienne ici-bas sur la terre, cela s'appelle des paroisses, cela veut dire des communautés en transit de la terre au ciel. "Parochia", cela veut dire ceux qui habitent un lieu, la paroisse est une institution parasitaire, les chrétiens sont des parasites d'un monde, et qui sont en route vers des espèces de pique-assiette de la grâce en ce monde et qui attendent, qui sont en situation de passage dans l'autre monde, et donc, il faut arriver à gérer la vie communautaire de la communauté chrétienne avec toutes les difficultés, tous les soucis et toutes les tâches de la vie quotidienne d'une paroisse.

C'est précisément, je le dis comme je le pense, c'est précisément cette idée d'avoir petit à petit réduit simplement la vie chrétienne à une doctrine, à une contemplation et parfois hélas à une spéculation, qui a cassé le sens de l'Église et des communautés chrétiennes. A force de penser que la religion, c'était uniquement des idées, on a fait des espèces de cerveaux sur pattes qui n'ont plus rien de chrétien. C'est une catastrophe, et aujourd'hui quand on se plaint des difficultés qu'il y a dans l'Église, je crois qu'il ne faut pas aller chercher très loin : à force de former des bonshommes et des bonnes femmes qui ne vivent leur piété qu'avec leur cerveau, leurs sentiments, et leurs exigences intellectuelles, on fait des gens qui n'ont plus aucun sens de l'appartenance à une communauté et cela donne les résultas que l'on sait.

C'est pour cette raison qu'il faut beaucoup prier sainte Marthe, et c'est pour cela qu'il faut beaucoup lui pardonner de s'agiter, de s'inquiéter. En réalité, il y a vraiment de quoi, et je pense que si aujourd'hui le Chris revenait, s'Il rencontrait des "Marthe", je crois d'abord qu'elles ne se laisseraient plus marcher sur les pieds comme sainte Marthe s'est laissé piétiner, je crois que la sainte Marthe moderne aurait une répartie cinglante et lui dirait : "écoute, puisque tu ne veux pas que Marie le fasse, fais-le toi!" voilà, c'est comme cela qu'elle dirait, avec raison. Et deuxièmement, elle expliquerait Marthe, que si on veut que les communautés tiennent et reprennent un visage, une figure, effectivement, il faut des Marthe, c'est indispensable.

 

 

AMEN

 

 
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