AU FIL DES HOMELIES

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LA RADICALITÉ DE L'EVANGILE

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous avons coutume de parler très souvent de la radicalité de l'évangile, de la radicalité du message du Christ. Toutefois, il faut bien s'entendre sur ce que signifie ce mot. Quand nous parlons du message du Christ comme d'un message qui vient bouleverser la face du monde, d'un message d'un amour si fort qu'il est venu chercher tous les pé­cheurs, là où ils étaient, afin de les sauver de ce pé­ché, comprenons ce que cela signifie aujourd'hui pour nous, ce que signifie "être appelé", être saisi, vouloir être converti par le Christ, vouloir comme l'a été saint Paul être renversé sur son chemin par sa lumière.

De fait la conversion signifie un retourne­ment. Plus qu'un retournement, et la vie de saint Ignace peut nous éclairer, il s'agit effectivement d'un retournement radical de toutes les valeurs humaines. Saint Ignace est resté Ignace en ce sens qu'il est resté l'homme glorieux, espagnol, fanatique quelque peu, tacticien, quelque peu ambitieux, et toutes ces valeurs qui pouvaient être négatives aux yeux de Dieu se sont trouvées renversées et mises au service de la gloire même de Dieu, avec ce même zèle, avec ce même amour qu'il avait manifesté auparavant pour les cho­ses humaines. Renversé, finalement détourné de son chemin humain, il se trouve orienté vers le chemin de Dieu.

Mais allons plus loin, nous parlons de conver­sion comme d'un renversement. Les réponses des personnes à qui, dans l'évangile, Jésus demande de Le suivre, nous montrent qu'il existe un autre élément que j'appellerai "la mise en route". De fait il ne suffit pas d'avoir été renversé, bouleversé, retourné, il faut encore se mettre en route sur un chemin. En effet, nous pourrions croire que, touchés par Dieu, nous nous retrouvons dans une position plus stable, plus sérieuse, plus sage, à partir de laquelle nous pourrions juger, administrer et gérer les affaires humaines, bien mieux qu'avant. Or si le Christ demande de le suivre, et que la première personne que le Christ interpelle répond : "Je Te suivrai où que Tu ailles !" il s'agit bien non pas de s'asseoir là où nous avons été saisis par le Christ, sur le bord même du chemin où le Christ nous a rencontrés, mais de se mettre en route et d'aller de nouveau plus loin, finalement sans jamais s'arrêter.

Et c'est bien là le statut du converti ou du chrétien qui opère dans sa vie une mise en route per­manente. Il s'agit pour lui, non seulement de se re­tourner, de se trouver bouleversé, renversé, détourné de ses valeurs anciennes, mais plus encore d'être mis en chemin. Et ceci, à tout moment, à toute heure du jour et de la nuit, à tout âge. Et vous avez fait comme moi l'expérience, en tant que chrétien, nous sommes souvent appelés à faire des ruptures, des séparations, car cette mise en route nous obligeant sans cesse à marcher, à marcher sur le chemin du Christ c'est-à-dire avec le Christ Lui-même, à marcher sur le Christ qui est chemin, nous oblige parfois à aller plus avant, à couper, à nous séparer de gens qui se sont arrêtés sur le bord du chemin. Non pas que nous manquions de miséricorde, mais la radicalité même de ce mes­sage qui nous a appelés et qui nous entraîne, nous oblige à continuer à continuer et à marcher avec le Christ. Nous nous heurtons souvent, dans ces cas pré­cis, à des gens qui, pour des raisons parfois indépen­dantes d'eux, se refusent à continuer à marcher. Et ce n'est pas tellement à nous de les prendre par la main et de les mener sur le chemin pour qu'eux aussi prennent leur bâton de pèlerins, mais il faut que le Christ les convertisse, les relève de ce bord de chemin sur lequel ils sont tombés. Souvent nous avons à prendre une position apparemment dure de séparation, mais c'est là l'œuvre et la réalité même de ce qu'est la vocation, et pas seulement religieuse, mais de la vocation de chaque homme, de savoir se séparer afin de laisser la place au Christ pour qu'Il puisse agir Lui-même et non pas nous vouloir ainsi nous mettre à la place du Christ pour sauver ceux que nous aimons ou que nous rencontrons.

A la suite de saint Ignace, dans la radicalité même de son message, de la Compagnie qui a tou­jours cherché par une certaine rupture à proclamer haut et fort ce Royaume de Dieu, que ce chemin soit pour nous un chemin d'intense communion, un che­min où nous marchons réellement, sans nous arrêter. Et je reprendrai une prière du bienheureux Pierre Favre compagnon et successeur de saint Ignace à la tête de la Compagnie : "Je Te prie, mon Seigneur, d'enlever de moi ce qui me sépare, m'écarte et m'éloi­gne de Toi, et Toi de moi. Retranche tout ce qui me souille, tout ce qui me dessèche, me raidit, me dé­tourne et m'affaiblit, tout ce qui me rend indigne de Ta visite, de tes châtiments, ou de tes violences, de Ton amour enfin et de ta bienveillance. Aie pitié de moi, Seigneur, aie toujours pitié de moi. Eloigne de moi tous ces maux qui me détournent de Te voir, de T'entendre, de Te goûter, de Te sentir, de Te toucher, de Te craindre, de me souvenir de Toi, de Te comprendre, de T'espérer, de T'aimer, de Te posséder, de T'avoir présent et de commencer à jouir de Toi".

 

Amen


 

 

 
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