AU FIL DES HOMELIES

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POUR LA GLOIRE DE DIEU

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans cette page d'évangile, nous voyons Jésus répondre de façon très exigeante et même apparemment dure à trois interlocuteurs ren­contrés un peu au hasard de la route, l'un que Jésus semble décourager de venir à sa suite en lui disant que "le Fils de l'homme n'a pas une pierre où reposer la tête" à la différence des bêtes sauvages ou des oiseaux du ciel qui ont un nid, deux autres qui s'entendent dire par Jésus : "Suis-Moi !" mais qui, avant de répondre, voudraient observer un délai pour prendre congé, pour donner à leurs parents une marque d'affection ou remplir à leur égard les devoirs filiaux, mais Jésus leur dit qu'on ne peut pas accepter de délai, qu'on ne peut pas regarder en arrière quand on a mis la main à la charrue et qu'il fallait "laisser les morts enterrer leurs morts."

Ces textes un peu durs rappellent un peu l'image que l'on se fait couramment de saint Ignace de Loyola et de l'ordre des Jésuites qu'il a fondé, des hommes exigeants, sévères, ayant une vie très dure dans laquelle la volonté propre est brisée par l'obéissance, une obéissance absolue, sans limites qui semble parfois ne pas tenir compte suffisamment de la personnalité de celui qui doit obéir ni de son légitime épanouissement.

Ce qui est vrai c'est que saint Ignace a voulu des hommes totalement dévoués à l'œuvre de Dieu, ceci sans limite, sans restriction, sans réserve. Il les a voulu formés, armés intérieurement, de pied en cap, pour cette œuvre de l'évangélisation. C'est pourquoi les Jésuites doivent être préparés à vivre leur mission dans n'importe quelle circonstance, quoi qu'il arrive, sans être pris au dépourvu par quelque événement que ce soit. C'est ce qui explique cette formation si exi­geante, si sévère et qui peut parfois donner cette appa­rence d'être quelque peu inhumaine. Il ne s'agit pas du tout d'inhumanité car saint Ignace était plein d'huma­nité et même plein de tendresse, mais il savait que les combats de ce monde étaient des combats rudes, dif­ficiles, qu'il fallait pouvoir donner sa vie immédiate­ment, sans compter, sans réserve, sans réfléchir, sans revenir en arrière, sans prendre de délai. Il voulait des hommes prêts pour l'évangile à tout donner d'un seul coup.

D'ailleurs, en dépit des apparences, les jésui­tes qui pourtant vivent au cœur du monde, ont une vocation d'ermites, de solitaires. Ce sont des hommes formés, choisis d'abord mais formés surtout, pour pouvoir vivre seuls, c'est-à-dire pour n'avoir besoin ni d'une communauté qui le soutienne, ni de tel ou tel secours, mais d'avoir en eux, c'est-à-dire dans la pré­sence de Dieu en eux, tout ce qu'il faut pour vivre, pour se battre et pour aller au bout de leur mission. C'est ce qui explique cette grande exigence qui est celle de la vocation des jésuites. Saint Ignace a fondé son ordre non pas dans la chrétienté médiévale mais à l'époque de la Renaissance, au moment où la déchris­tianisation commençait et ou, par conséquent, il fallait pouvoir être chrétien dans un contexte hostile, dans un contexte défavorable. Il fallait pouvoir tenir bon quoi qu'il arrive et dans quelque circonstance que ce soit, annoncer la gloire de Dieu, "la plus grande gloire de Dieu". C'est cela finalement le secret de saint Ignace et le secret qu'il a voulu transmettre à ses fils. "Tout faire pour la plus grande gloire de Dieu !"

C'est dire que, derrière cette exigence, der­rière cette apparente froideur, il y a une motivation mystique. Ce que saint Ignace a voulu c'est d'être, lui-même et ses fils après lui, entièrement donné à la recherche de la gloire de Dieu. La gloire de Dieu cela ne veut pas dire triomphalisme, cela ne veut pas dire quelque chose de pompier. Gloire de Dieu cela veut dire le rayonnement de ce qu'il y a de plus mystérieux et de plus secret en Dieu. Cela veut dire se consacrer à l'œuvre de Dieu et non pas à ses préférences person­nelles, non pas à la recherche d'un avantage quel qu'il soit, mais uniquement préoccupé de l'accomplisse­ment de la volonté de Dieu, afin que le monde soit sauvé et rempli de la connaissance de Dieu.

Dans le Gloria de la messe, nous disons : "Nous Te rendons grâce pour ton immense gloire !" C'est peut-être la plus belle prière que l'on puisse faire. Rendre grâce à Dieu non pas parce qu'Il nous a donné ceci ou cela, mais parce qu'Il existe dans sa gloire, dans sa plénitude, dans sa splendeur, dans sa beauté. Et bien, c'est cela qui animait saint Ignace c'est cela qui anime toute la spiritualité des jésuites. Etre passionné pour cette gloire de Dieu, pour ce rayonnement de la splendeur, de la beauté de Dieu, et tout subordonner à cela Et cela c'est comme une flamme, une flamme dévorante, une flamme immense qui remplit le cœur. Et si ces hommes sont capables de tous les combats, de toutes les ascèses, de toutes les solitudes, c'est parce qu'ils sont animés de cette flamme pour la gloire de Dieu. Rendons grâces à Dieu d'avoir donné à son Église saint Ignace et des fils de saint Ignace. Rendons grâces pour ces hommes qui savent tout quitter, tout abandonner et n'avoir d'autre souci, au fond de leur cœur, que ce rayonnement tou­jours croissant de la gloire de Dieu qui doit atteindre jusqu'aux extrémités du monde. C'est par de tels hommes que le monde est sauvé. Que Dieu les bé­nisse et nous bénisse par eux.

 

 

AMEN

 

 
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