AU FIL DES HOMELIES

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LE CHOIX RADICAL

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

es lectures que nous avons entendues sem­blent correspondre assez bien à ce qu'est la Compagnie de Jésus. Il faut être avec tout le monde, grec avec les grecs, juif avec les Juifs. Le second correspond à l'idée que l'on se fait du tempé­rament de saint Ignace de Loyola : un homme qui réagit dans son intégralité personnelle afin de répon­dre d'une manière décisive à Jésus-Christ.

Ignace de Loyola est originaire du pays bas­que espagnol, issu d'une famille noble qui s'est illus­trée dans les combats qui ont secoué l'Espagne du quinzième et seizième siècles. Lui-même a été blessé au siège de Pampelune et forcé au repos. Il avait ré­clamé des livres de chevalerie qu'il aimait mais on ne trouva que deux livres : l'un écrit par un chartreux sur la vie de Jésus-Christ et l'autre écrit par un dominicain sur la vie des Saints, la Légende Dorée. Il a donc passé un temps assez long à lire et relire ces écrits. Mais sa conversion n'a pas eu lieu tout de suite. J'ai­merais pour vous faire saisir ce qui a permis le dé­clenchement de la vocation de saint Ignace. C'est certainement de se rendre compte du but de ce que donne la vie. C'est d'avoir su discerner dans sa propre vie ce qu'il fallait faire pour atteindre au plus loin. Un de ses contemporains, le père Louis Gonzalvo a écrit au sujet de ces lectures.

"On lui apporta donc une vie de Jésus-Christ et un livre de la vie des Saints. Il y faisait de fréquen­tes lectures. Il s'interrompait, il réfléchissait tantôt à ce qu'il avait lu, tantôt aux choses du monde qui au­paravant retenaient habituellement sa pensée car c'était un homme très mondain. Toutes ces considéra­tions sur ce qu'avaient fait saint Dominique, saint François et tous ces saints, occupaient tout un temps puis d'autres occupations les interrompaient et les pensées mondaines lui revenaient à l'esprit. A elles aussi il s'arrêtait longuement. Ces pensées si diverses se succédaient longtemps en lui. Il y avait pourtant entre elles une différence. A penser aux choses du monde il prenait grand plaisir, mais lorsque, par las­situde, il les laissait, il restait sec et mécontent. Au contraire, à la pensée de se rendre nu-pieds à Jéru­salem, de ne manger que des herbes et de se livrer à toutes les autres austérités qu'il voyait pratiquer par les saints, non seulement il y trouvait de la consola­tion sur le moment, mais il restait content et joyeux après l'avoir abandonné."

Je voudrais relever dans ce passage une chose essentielle. C'est que la réponse de saint Ignace va se faire dans une sorte de radicalité quand il a compris où était le véritable bonheur. Bien souvent, lorsque nous péchons, nous sommes trompés par l'idée que nous nous faisons du bonheur. On ne fait pas le mal pour le mal, mais on fait le mal parce qu'il semble un bien et parce qu'on pense qu'il va nous procurer du bonheur. Quelle est la façon de réagir de saint Ignace? C'est de voir qui s'il prend grand plaisir à tout ce qu'il a pu connaître dans le monde, il en reste malgré tout "sec et mécontent". Vous avez sans doute constaté combien nous restons sec et mécontent après avoir péché, surtout si c'est un péché que nous avons l'habitude de faire. Nous en restons encore plus sec et plus mécontent car nous sommes blessés de retomber dans la même chose. Il nous faut percevoir ce qu'est effectivement la fin. En voyant ce qu'est la fin, saint Ignace prend les moyens de répondre d'où l'espèce de radicalité de sa réponse, de répondre par des moyens concrets à ce qu'est effectivement le bonheur, celui qui laisse un plaisir inaltérable.

Donc il s'inscrit dans un choix à faire. Vous avez vu dans l'évangile : il y a trois personnes pour trois vocations et chacune répond à sa manière. Elles exercent un choix. Et Jésus donne une réponse : "On ne peut pas regarder en arrière ! On laisse les morts enterrer les morts". Il y a donc, lorsque nous sommes face à une décision à prendre, il y a donc une lumière à faire sur notre personne, il y a une clarté nécessaire dans la réponse à donner. Il faut exercer ce que l'on appelle "le discernement" qui ne se fait pas tout de suite mais dans une espèce de maturation et de regard assez profond porté sur ce qui est l'essentiel, même si par ailleurs nous nous égarons sur divers chemins, même si la route que nous aimerions prendre semble radicale mais nous sommes soulevés par un désir d'aller jusqu'au bout et nous retombons. On peut avoir fait un choix définitif sur ce qui est la fin même, le bonheur, et malgré nos chutes avoir eu cette clarté.

Tout cela est le fruit d'un combat comme nous le montre saint Ignace. Dans ses Exercices Spirituels, il y a deux méditations assez bouleversantes, celle du Règne et celle des Deux étendards. Il nous faut choisir de nous mettre sous le bon étendard, de mener le bon combat. saint Ignace n'est pas dupe. Il sait bien qu'un combat n'est jamais définitif, qu'une victoire n'est jamais acquise. Il y a des morts sur nous-même, il y a des morts qui s'exercent dans notre milieu, dans notre façon d'être. Mais si nous avons choisi le bon éten­dard, si dans la mêlée de la bataille nous ne perdons pas de vue l'étendard du Christ, si nous ne nous lais­sons pas séduire par celui de Satan qui peut paraître plus brillant, si jour après jour nous restons sous le bon étendard, nous pouvons vaincre, nous pouvons, à notre petite mesure, arriver le Règne du Christ. Règne du Christ qui doit être répandu sur toute la terre, adapté à la situation concrète à laquelle nous devons faire face. Règne du Christ qui doit s'étendre non seulement à tout l'univers mais à toutes les parties de notre corps, qui doit s'étendre à toute la mesure de notre cœur, afin que, en nous-même, nous devenions des étendards du Christ dans la vie actuelle, que nous ne cessions de choisir le bon combat. Et cela en ayant pris le temps dans la journée ou lors d'une retraite de faire sur nous-même une réflexion, un choix, un dis­cernement pour voir quel est le véritable plaisir que nous prenons à être ou non pour le Christ car, au ju­gement dernier, le Christ ne nous abandonnera pas et fera un discernement sur nous afin que nous puissions avec Lui régner victorieusement avec tous les saints et aujourd'hui saint Ignace dans son Royaume.

 

 

AMEN

 

 
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