AU FIL DES HOMELIES

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MARQUÉ PAR DIEU

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

aint Ignace de Loyola que nous fêtons aujourd'hui est bien de la race des convertis, de ceux qui dans leur vie, ont fait la brusque expérience de la présence, de l'imminence, de la proximité, de la chaleur de Dieu. C'est très curieux, ce gentilhomme, blessé par un boulet français au cours d'un combat, instrument de la providence, qui après de multiples opérations va réfléchir, et après en avoir eu assez des romans de chevalerie, va commencer à regarder du côté du salut de son âme, se disant qu'après tout, il est peut-être fait pour la gloire. Tant qu'à choisir la gloire, autant qu'elle soit éternelle ! Qu'elle ait du poids, cette gloire !

Il est de la race des convertis, et il ira à Dieu en boitant, comme saint François qui boîte avec ses pieds percés par les stigmates, comme Rimbaud, à l'hôpital de la Conception à Marseille, et qui lui aussi, blessé au genoux, boîte comme Ignace. Il ira à Dieu comme cela, en claudiquant. Un converti, il a fait une expérience et cela les marque beaucoup. Ceux qui ont vraiment touché à Dieu de cette manière-là sont mar­qués pour tout le reste de leur vie. C'est peut-être à cause de cela qu'un jour il a voulu partager son expé­rience, il a voulu écrire cette expérience et aider d'au­tres à faire cette même expérience. On connaît l'en­thousiasme apostolique des convertis, ils sont prêts à remuer ciel et terre pour gagner quelqu'un. On sait leur zèle et leur débordement. Ignace est de cette race-là. C'est à vingt-six ans qu'il commence à écrire ses fameux "Exercices spirituels", il commence à repren­dre sur quatre semaines un chemin pour aller vers Dieu. Il va mettre un temps fou avant de le publier, ce ne sera publié que vingt-six ans plus tard, je crois. C'est un cas très intéressant pour tous ceux qui aiment les livres, tous ceux qui ont une sorte de mentalité de bibliophile, non seulement il va beaucoup tarder à l'imprimer, au début, c'est simplement recopié, et s'il accepte que ce soit imprimé, c'est pour éviter des er­reurs de copie, sans doute aussi pour gagner du temps. Publiés en 1548, les Exercices spirituels ne se don­nent pas comme ça. On a des lettres d'Ignace dans lesquelles il refuse de donner le manuel à quelqu'un qui n'a pas fait les exercices rituels, il refus aussi de le donner à quelqu'un qui n'est pas jésuite. Veut-il garder le secret, et en garder comme une sorte de monopole ? Ou bien y a-t-il quelque chose derrière cette attitude ? Il le publie de façon anonyme. C'est très rare au sei­zième siècle, de publier quelque chose de façon ano­nyme parce que c'est très mal vu du côté de l'Inquisi­tion, et l'on risque d'y chercher des poux ! Il vaut mieux un nom, et cependant, il ne le signe pas non plus. En tête de son livre, il met la bulle d'un pape, Paul III et il met l'avis d'une commission d'experts théologiques.

Cela peut nous aider à comprendre ce peuvent être les Exercices spirituels aujourd'hui, cette question de bibliophilie, c'est que seul, celui qui a fait l'expé­rience, seul celui qui a suivi lui-même les exercices, seul celui qui a mis ses pas dans cette voie qui est proposée par Ignace, peut les donner. Il n'est pas bon qu'on aille dans la première librairie acheter ce livre, mais il est certainement beau qu'on puisse les recevoir d'un autre. Je trouve cela très intéressant au moment où précisément chacun veut essayer de faire un peu sa sauce, dans le vaste supermarché religieux, chacun cherche à grappiller un peu les choses qui lui conviennent. C'est intéressant que du côté de ces exercices, on ne se les approprie pas, on ne les prend pas, on les reçoit comme un cadeau. Le fait que cela a été publié de manière anonyme, avec simplement la bulle du pape qui les recommande, cela veut dire que c'est un bien d'Église, c'est-à-dire que faire les exerci­ces ce n'est pas pour mon petit confort spirituel, mais c'est en vue de m'engager dans l'Église. La réponse qu'offrent les exercices, précisément, parce qu'ils in­sistent sur l'aspect transmission de quelque chose qu'on a déjà reçu, d'une expérience qu'on a déjà vécu, et aussi le fait que ce soit un bien d'Église, quelque chose qui n'est pas réservé, mais proposé à tous, per­met d'aider des gens encore aujourd'hui, à relire leur vie, à reprendre leur vie.

Qu'est-ce que nous proposent ces fameux exercices ? Si on voulait résumer, c'est toute une pé­dagogie de contemplation du mystère du Christ, avec des images fortes comme les deux étendards (ceux qui l'ont fait savent de quoi je parle), c'est l'homme qui choisit d'être choisi par Dieu. L'homme après avoir reconnu son péché, après avoir reconnu l'action du Christ, le règne de Dieu sur terre choisit de s'engager du côté de Dieu. Je trouve cette pédagogie, qui ne convient sans doute pas à tout le monde, il ne s'agit pas non plus d'être absolu dans ce domaine-là mais cette pédagogie peut aider justement des personnes, à emboîter leurs pas dans ceux du Christ.

 

 

AMEN

 

 
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