AU FIL DES HOMELIES

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DÉCOUVRIR LE CHEMIN VERS LE PÈRE

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 2006)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

V

ous le savez, saint Ignace va fonder la compagnie de Jésus, il cherche ainsi à rassembler autour de lui des militants, je n’ai pas dit militaires, mais ce n’est pas très loin, qui vont comme lui, vaincre une certaine résistance que l’homme a naturellement contre Dieu, et les amener à faire un chemin musclé, vers le Père. Et c’est pourquoi la compagnie de Jésus et tous ceux qui s’en inspirent sont fondés sur les Exercices. Je vous lis un extrait de la préface des Constitutions : "Des hommes crucifiés au monde, et pour qui le monde est crucifié, des hommes neufs se dépouillant de toute passion pour se vêtir de Jésus-Christ. Morts à eux-mêmes, vivants à la justice, dans les veilles, les travaux, la chasteté, la grandeur d’âme, la douceur, la charité vraie, la parole de vérité, ils se montrent les serviteurs de Dieu, qui dans le succès ou l’humiliation, l’approbation ou le blâme, marchent à grands pas vers la patrie". Voilà en des termes pesés et pesants la proposition que saint Ignace fait par ses exercices afin d’aider l’homme à découvrir qu’il y a en lui un centre de gravité, un propos central, un principe qui est la volonté du Père, et qu’il s’en est écarté par ce que la théologie va appeler le péché, mais qui couvre dans les exercices à la fois une réalité consciente et une réalité inconsciente.

Les exercices vont naviguer entre deux écueils. Le premier laisserait à croire (et ils ont été souvent confondus avec ce premier écueil), que les exercices sont là pour aider à se connaître soi-même, l’adage de Socrate, comme si simplement les exercices pouvaient aider l’homme à se connaître, et s’étant connu ou reçu comme tel, il pouvait rencontrer Dieu. Je pense que saint Ignace n’avait pas comme but d’aider l’homme à se connaître soi-même, même si cette connaissance de soi-même n’est pas exclue des exercices, mais il s’agit de se découvrir autrement. L’autre écueil serait de confondre les exercices avec une sorte de bel exercice mental rationnel et irrationnel, dans lequel l’intelligence déploierait toutes ses armes, toutes ses potentialités. Là l’autre écueil serait celui de Descartes, puisqu’au fond, ce serait simplement une invitation à une expérience d’être, selon l’adage de Descartes : "Je pense, donc, je suis".

Ecueils, mais en même temps, ces exercices s’inspirent de ces deux essais d’expérience d’être à travers la pensée, d’une connaissance de soi-même, mais ils visent un troisième terme qui est de découvrir la personne du Christ qui est celui qui comme combattant peut nous mener au Père. Mais nous comprenons bien que dans monde contemporain qui est beaucoup plus attiré par la connaissance et l’épanouissement de soi, il arrive que ces exercices soient récupérés du côté de cette connaissance de soi, comme d’ailleurs j’entendais récemment des bouddhistes qui se lamentaient du fait que leur religion et le travail spirituel que propose le bouddhisme soit souvent réduit à une connaissance de soi alors qu’il est aussi une découverte d’un certain divin. Mais comme les exercices, comme un certain orientalisme, beaucoup d’hommes ont récupéré ces tendances-là pour se connaître soi. Je pense que saint Ignace a raison lorsqu’il dit qu’il y a au fond un autre moi-même, un spirituel qui est en moi et que le péché ou les habitudes, ou encore les vertus mal orientées ont recouvert et m’ont empêché de le découvrir. Les exercices seraient, s’ils sont correctement proposés une sorte de déblaiement, d’appareillage très technique, très sûr, un peu costaud mais sûr, pour aider l’homme à naître à lui-même, comme cet homme nouveau dont parle saint Paul. C’est pourquoi tout le vocabulaire de saint Ignace est un vocabulaire de labeur, d’ouvrier de guerre, comme si effectivement l’homme avait à rentrer en lui-même pour écarter tous les obstacles qui l’empêchent de découvrir sa vraie nature. Sa vraie nature c’est d’être fils et d’aller vers le Père.

Nous ne sommes pas tous appelés à vivre les exercices, ni à vivre selon saint Ignace, mais nous pouvons en ce jour où nous faisons mémoire de ce saint, trouver le goût d’une archéologie plus profonde en nous-mêmes, pour que l’homme nouveau qui attend en nous puisse commencer à naître et se tourner résolument vers celui qui l’attend, son Père.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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