AU FIL DES HOMELIES

Photos

PROCÈS D'UN MARTYR

1 Co 1, 18-25 ; Mt 5, 13-16
St Justin - (1er juin 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

P

 

our que voyant votre lumière briller aux yeux des hommes, ils en rendent gloire à Dieu." C'est effectivement ce verset de l'évangile qui s'est accompli dans la vie de saint Justin, chrétien, laïc, théologien et martyr. Il est né aux environs de l'année 100 à Naplouse, l'actuelle Sichem en Palestine. Il était fils de colon romain. Il a cherché la vérité, auprès de toutes les écoles de philosophie qu'il connaissait, mais en vain. Mystérieusement, un jour, il a rencontré au bord de la plage, un vieillard qui lui a fait découvrir la véritable philosophie, c'est-à-dire la philosophie du Christ, la foi. La foi dans les Écritures, la foi dans les prophètes, la foi dans les mémoires et les Actes des apôtres qui ont raconté ce qu'avait fait le Seigneur, le Verbe éternel venu visiter les hommes. Enthousiasmé par cette lumière intérieure de la Parole de Dieu qui avait envahi son cœur, il a voulu la faire briller aux yeux des hommes. C'est pourquoi il est parti à Rome où il a fondé une école de sagesse, une école de philosophie. Voyant que cette lumière ne brillait pas suffisamment pour éclairer le cœur des autorités romaines, il a écrit deux petits libelles qui s'appellent des Apologies adressées aux empereurs de l'époque et dans lesquels il a essayé de faire briller la lumière de la foi en expliquant que les chrétiens étaient non pas des êtres d'obscurité et de ténèbres, mais des êtres qui vivaient dans la lumière. Et quand a sévi la persécution, Justin a été arrêté avec quelques compagnons. C'est à ce moment-là que la lumière de Justin a brillé le plus fort aux yeux des hommes.

Vous savez que dans l'Antiquité, on avait coutume de rédiger les "Actes des Martyrs", c'est-à-dire de prendre note, au moment du procès auxquels quelques chrétiens essayaient d'assister puisque ces procès étaient publics, de prendre note des dernières paroles que les martyrs avaient dites devant le juge, devant le tribunal. Ceci non pas pour constituer des Archives, mais parce que le martyr, au moment où il entrait dans son épreuve, manifestait vraiment la présence du Christ en lui. Ce n'était pas lui qui mourait, c'était le Christ qui mourait avec lui. Ce n'était pas le martyr qui entrait dans la Vie, c'était le Christ qui déployait la plénitude de sa vie en lui. Par conséquent ce moment de la mort du martyr avait une sorte de valeur supraterrestre. C'était le moment où l'homme livré à la persécution et à la haine du monde manifestait presque visiblement quelque chose de la présence réelle du Christ agissant, parlant en lui. Et c'est pourquoi on recueillait ses dernières paroles comme une sorte d'évangile. C'était presque le Christ qui avait parlé par la bouche des martyrs au moment où ils donnaient leur ultime confession de foi.

Je voudrais vous lire ce procès-verbal du procès de Justin et de ses compagnons, car si les chrétiens l'ont gardé, c'est que le Christ a parlé par la bouche de Justin, à ce moment-là, c'est véritablement la lumière la plus profonde et la plus belle qui nous ait été laissée du témoignage de Justin tel qu'il a brillé aux yeux des hommes, pour que, maintenant, nous rendions gloire à Dieu de ce que le Christ a accompli en lui.

"C'était au temps où sévissaient les défenseurs de l'idolâtrie. En ville comme à la campagne étaient affichés contre les pieux chrétiens des ordres impies. Ils enjoignaient de nous forcer à faire des libations en l'honneur des vaines idoles." C'était le procédé classique : on obligeait les chrétiens à sacrifier. "On arrêta donc ensemble les saints ; on les conduisit au préfet de Rome, Rusticus. Quand il fut devant le tribunal, Rusticus dit à Justin : "D'abord soumets-toi aux dieux et obéit aux empereurs." Justin répondit : "Personne ne peut être blâmé ou condamné pour avoir obéi au commandement de Notre Seigneur Jésus-Christ." Le préfet lui demanda : "A quelle science te consacres-tu ?" Justin : "J'ai successivement étudié toutes les sciences ; j'ai fini par m'attacher à la doctrine vraie des chrétiens bien qu'elle déplaise à ceux que l'erreur égare." - "Et cette science-là te plaît, malheureux ?" - "Oui, car je m'attache à la doctrine de vérité en suivant les chrétiens." – "Quelle est cette doctrine ?" - "Nous adorons le Dieu des chrétiens. Ce Dieu nous croyons qu'Il est unique, que dès l'origine il est le créateur et le démiurge de tout l'univers, des choses visibles et invisibles. Nous croyons que Jésus-Christ, l'enfant de Dieu est Seigneur annoncé par les prophètes comme devant assister la race des hommes, messager du Salut et maître du Bon Savoir. Moi qui ne suis qu'un homme je suis trop petit, je l'avoue pour parler de sa dignité infinie. Je reconnais qu'il faut une puissance de prophète. Mais les prédictions existent qui concernent Celui que j'ai dit le Fils de Dieu. Or les prophètes étaient inspirés d'en haut quand ils ont annoncé sa venue parmi les hommes."

Vous voyez, il en est du martyre comme du baptême. Le baptême commence par la profession de foi au Dieu Trinité. De même lorsque le martyr comparaît devant le tribunal, il commence par la confession de sa foi, la profession publique de sa foi.

"Ensuite le préfet Rusticus demanda : "Où vous réunissez-vous ?" Réponse de Justin : "Où chacun veut et peut le faire. Crois-tu donc que nous nous assemblons dans un même endroit ? Non point ! Le Dieu des chrétiens n'est prisonnier d'aucun lieu. Il est invisible, Il remplit le ciel et la terre. Partout il est adoré et glorifié par les fidèles." - "Réponds-moi donc : où vous réunissez-vous ? Où rassembles-tu tes disciples ?" - "Je demeure au-dessus d'un certain Martin, près du bain de Timothée. J'y reste toujours depuis la deuxième fois que j'habite à Rome. Je ne connais pas d'autre lieu de réunion. Tous ceux qui ont voulu m'y trouver, je leur ai communiqué la doctrine de la vérité ?" - "Tu es donc chrétien?" - "Oui, je suis chrétien."

De même que, par le baptême, on entre dans l'Église par la confession de la foi de même lorsqu'on lui demande où il habite saint Justin dévoile le mystère de l'Église. Désormais, par la mort du Christ, le Dieu des chrétiens a investi le monde entier et le monde entier est devenu Église, même pour ceux qui refusent la connaissance de Jésus-Christ.

"Ensuite c'est l'interrogatoire des compagnons de Justin et enfin le préfet revient à Justin et lui demande : "Ecoute-moi, toi qu'on dit éloquent et qui crois posséder la doctrine véritable, si tu es fouetté puis décapité, es-tu convaincu qu'après tu monteras au ciel ?" - "J'espère que j'y aurai ma demeure si je supporte tout cela et je sais que la récompense divine est réservée, jusqu'à la consommation de l'univers entier, à tous ceux qui auront vécu de la sorte. " - "Tu t'imagines donc que tu monteras au ciel pour recevoir des récompenses ?" - "Je ne me l'imagine pas, j'en suis convaincu, j'en ai la certitude". Il faudrait traduire : j'en ai la foi. Rusticus : "Au fait, arrivons à la chose qu'on vous demande et qui presse, approchez et tous ensemble, sacrifiez aux dieux." Justin : "Personne, à moins de perdre la raison n'abandonne la piété pour l'impiété." Piété n'est pas à comprendre comme une sorte de sentiment du cœur, mais c'est véritablement l'attachement profond à son Dieu. Et Justin dit à ce moment-là : "Je perdrais la tête si je renonçais à mon Dieu, je perdrais la raison, je ne vivrais pas selon la philosophie que j'ai professé la philosophie du Christ. Je ne peux pas me renier. Non seulement en reniant le Christ je le renierais Lui, mais je me renierais moi aussi."

Et le préfet : "Si vous n'obéissez pas, vous serez châtiés sans pitié." Justin :"C'est là notre désir le plus cher, souffrir pour Notre Seigneur Jésus-Christ afin d'être sauvé. Ce sera notre salut et notre sécurité devant le tribunal plus redoutable de notre Maître et Sauveur où le monde entier passera." Les autres martyrs s'écrièrent de même : "Fais ce que tu veux, nous sommes chrétiens et nous ne sacrifions pas à vos idoles."

A ce moment-là, Justin professe que la véritable vie chrétienne, comme dans le baptême, c'est vivre conforme au Christ, c'est d'être identifié au Christ, ce qui va arriver par son martyre. "Alors, le préfet Rusticus rendit la sentence : "Que ceux qui n'ont pas voulu sacrifier aux dieux et obéir aux ordres de l'empereur soient fouettés et emmenés pour subir la peine capitale conformément aux lois." Les saints martyrs glorifièrent Dieu puis furent conduits au lieu ordinaire des exécutions. Là ils furent décapités, consommant ainsi le martyre dans la confession de notre Sauveur. Quelques fidèles enlevèrent secrètement leurs corps et les déposèrent dans un lieu convenable, soutenus par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ à qui soit la gloire dans les siècles des siècles".

 

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public