AU FIL DES HOMELIES

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UN THÉOLOGIEN LAÏC

1 Co 1, 18-25 ; Mt 13, 1-9
St Justin - (1er juin 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

ustin est né vers 100 après Jésus-Christ à Na­plouse, c'est-à-dire à Sichem en terre sainte, de parents qui étaient des colons romains établis là. Il est mort en 165. Il appartient à la troisième généra­tion des écrivains chrétiens et je trouve intéressant de réfléchir sur le sens de son œuvre et de son travail.

La première génération d'écrivains chrétiens ce sont les auteurs du nouveau testament. Là l'Écriture a essentiellement fonction de "mémoire". Il s'agit de dire et de célébrer les hauts faits de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, exalté Seigneur par sa Résurrection. Ce sont les écrits de l'évangile conçus non seulement au niveau de la biographie mais comme plénitude du mystère, exposé, célèbre, remémoré. C'est pourquoi cette première génération d'écriture chrétienne a comme thème, de rassembler, de récapituler dans la mémoire de L'Église le mystère du salut.

La deuxième génération d'écrivains chrétiens, est essentiellement représentée, vers 100-110, par Ignace d'Antioche. Ce sont des lettres. L'écriture de­vient signe de communion, d'union, d'unité pour une Eglise qui commence à prendre de grandes dimen­sions à travers tout l'Empire romain. Ces lettres de communion qu'Ignace écrit à chaque Église, sur le chemin de son martyre, depuis Antioche jusqu'à Rome, sont un peu le symbole de cette deuxième fonction de l'écrit dans l'Église : c'est de rassembler, d'unifier. Ce genre sera gardé dans l'Église. C'est par exemple la raison d'être des encycliques, des lettres pascales ou des lettres qu'écrivent les évêques en diverses occasions. A ce moment-là, l'écrit a pour but de servir la communion, d'assurer l'unité de la foi.

La troisième génération d'écrivains chrétiens est précisément inaugurée par Justin. On l'appelle la génération des apologistes c'est-à-dire "ceux qui ré­pondent". L'Écriture devient défensive. Il s'agit, face à toutes les objections, face à toutes les difficultés, sus­citées soit à l'extérieur soit à l'intérieur même de l'Église, d'utiliser la plume pour défendre la vérité même de la foi. C'est au second degré, c'est ce qui a donné la théologie. Depuis, Justin a eu une postérité souvent atteinte de rage, la rage théologique comme on dit, atteinte de la rage d'écrire ou de se défendre. C'est Justin qui a inventé ce style d'écriture. Il est nécessaire parce qu'il faut défendre la vérité de la foi, mais il est totalement subordonné. Et ce qui est très beau, c'est que Justin a inventé ce style mais il a su garder modestement sa place dans L'Église. Justin n'était pas prêtre. Le premier théologien de l'Église, au sens de celui qui écrit pour défendre la foi, était un laïc. Précisément son rôle a été d'écrire beaucoup. On a perçu sans doute les trois quarts de son oeuvre. Il a écrit un traité contre toutes les hérésies. Il a été le précurseur de saint Irénée qui a sans doute eu sous les yeux cet écrit de saint Justin, pour défendre la foi contre les ennemis du dedans. Contre les ennemis du dehors, contre la persécution impériale qui commen­çait à se faire pressante, il a écrit des apologies. Il a écrit un "Dialogue avec Tryphon" qui nous a été gardé en grande partie et qui était destiné à beaucoup de juifs de Rome, soit judéo-chrétiens, soit de la sy­nagogue juive, qui essayaient de récupérer ou de faire pression sur les chrétiens de` la ville pour les faire entrer dans l'alliance mosaïque par la circoncision.

Depuis c'est toute la littérature théologique dans la tradition de l'Église qui a suivi parce que la foi est un don merveilleux mais conservé dans des vases extrêmement fragiles comme le disait saint Paul et que notre intelligence humaine est sans cesse soumise à l'erreur et que nos jugements sont aussi souvent bien loin de la hauteur de l'Écriture et du trésor que nous avons reçu. C'est pourquoi il est sans cesse nécessaire qu'il y ait des gens pour défendre cette foi et la garder dans toute son intégrité.

Aujourd'hui, par l'intercession de saint Justin, qui a été le premier à exercer ce métier de théologien, nous prierons pour que chacun d'entre nous sache garder dans sa vérité la foi qu'il a reçue, peut-être pas en rédigeant des écrits, ce qui n'est pas demandé à tout le monde et qui finalement n'est pas très néces­saire, mais pour que ce soit toujours le souci premier de confesser la foi et de garder la mémoire du mystère du salut de Dieu parmi nous.

 

AMEN

 

 

 
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