AU FIL DES HOMELIES

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EXPLICITATION DE LA VÉRITÉ

1 Co 1, 18-25
St Justin - (1er juin 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

aint Justin, comme le Christ, est Palestinien puisqu'il est né en Samarie. Saint Justin comme le Christ a été un enseignant. Mais avant sa conversion il a recherché, approfondi, étudié toutes les sagesses philosophiques ou religieuses qu'il pouvait aborder. Et il les enseignait. Il a cherché avec son cœur et son intelligence d'homme la vérité autant qu'une raison humaine peut la trouver. Après sa conversion, il a fondé une école de philosophie pour enseigner non plus "les sagesses" mais, par rapport aux sagesses humaines, la seule sagesse de la Révéla­tion du Christ, celle dont l'épître de Saint Paul vient de nous parler. Puis, à cause de cet enseignement, où il ne voulait vénérer que le Dieu Père, Fils et Esprit-Saint, Dieu Créateur et Rédempteur, il fut martyrisé en 165, avec quelques compagnons.

Saint Justin est un laïc et un théologien. C'est sur cette alliance de deux états que je veux m'arrêter. Vous vous tenez suffisamment à jour de l'information, vous savez que de nos jours, peut-être plus qu'à d'au­tres époques, il y a des conflits, des querelles, des échanges épistolaires entre ce qu'on appelle "le ma­gistère" d'un côté et "les théologiens" de l'autre. C'est peut-être une conséquence du fait que, dans l'Église catholique, il n'y a jamais eu assez et il n'y a pas en­core assez de théologiens qui soient laïcs. Ce qui fait que l'on confond désormais le magistère et la théolo­gie en tant que recherche, parce que l'un et l'autre ne sont que le fait des "clercs". Ceci est une confusion grave.

Le magistère, mais je ne voudrais pas vous étonner ou vous scandaliser, n'est pas fait pour faire de la théologie, contrairement à ce que nous croyons. Et personnellement je crois que parfois il lui arrive d'en faire un peu trop. Je vais dire dans quel sens. Les théologiens, par contre, sont chargés de faire de la théologie, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas chargés de se prendre pour le magistère. Le magistère est, comme le Christ vient de le dire "Celui qui sème" celui qui an­nonce, celui qui proclame la vérité à temps et à contre temps, j'allais dire sans s'occuper du terrain. Sans s'occuper des situations particulières ou locales qui évoluent et qui changent. Le magistère est chargé d'annoncer la vérité de façon un peu brute, sans être brutale, d'annoncer cette vérité pour qu'elle soit en­tendue, qu'elle soit proclamée en tant que vérité révé­lée, ni plus ni moins. C'est son charisme. C'est le cha­risme de l'ordre épiscopal, successeur du groupe apostolique qui a reçu la vérité avec devoir de l'an­noncer telle quelle, sans chercher à l'adapter aux temps, aux modes ou aux circonstances.

Les théologiens, par contre, sont ceux qui ne sèment pas au sens de cette annonce de la vérité, mais ce sont ceux qui vont préparer, cultiver, arranger, approfondir le terrain de chaque civilisation, de cha­que philosophie, de chaque situation, de chaque culture et de chaque pays, pour que la semence de la vérité ait le plus de chances possible d'être enterrée, enracinée profondément dans ce terrain, et d'y pro­duire le plus de fruit possible dans la fécondité, non pas de l'intelligence ou de l'explication, mais de la grâce de Dieu. L'œuvre du théologien ce n'est pas tellement de proclamer la vérité en tant que telle cela c'est le ministère du magistère, mais c'est de l'expli­citer, de la travailler, de l'argumenter comme savait le faire Saint Justin avec les hommes de son temps. C'est de faire en sorte que, dans tous les méandres de la pensée d'un peuple ou d'une culture, dans tous les tours, les contours et les détours d'une situation, la Parole de vérité puisse être reçue, puisse toucher, puisse être profondément enracinée. Et cela est une œuvre extrêmement difficile parce qu'il faut, à la fois, bien connaître et adhérer à la vérité du Christ, mais tout aussi bien parfaitement autant que faire se peut, connaître la pensée, les doctrines, les courants dont vit un peuple, même et surtout s'il y a des erreurs.

C'est pour cela que l'oraison du début de cette messe nous fait demander, par saint Justin "une connaissance incomparable de Jésus-Christ", c'est la vérité, mais aussi "de rejeter les erreurs qui nous entourent afin d'être affermis dans la foi." Le magis­tère proclame la connaissance incomparable du Christ en tant que vérité, les théologiens, et leur œuvre est éminemment importante, doivent nous aider à discer­ner le vrai du faux dans chacune de nos situations de cette vie, dans chacune des cultures de ce monde, afin d’être affermis dans la foi.

Ainsi, les deux charismes du magistère et du théologien ne sont pas faits pour s’opposer, l’un accu­sant l’autre de laxisme et le second accusant le pre­mier de dirigisme, comme parfois nous le lisons et n’entendons, mais ils sont faits, pour ensemble, colla­borer à la même fécondité du Royaume de Dieu dans le cœur des hommes. La vérité vient de Dieu, mais il est certain qu’elle tombe dans des terrains qui sont nos propriétés, qui sont ce que nous sommes, qui sont les cultures que nous faisons et que nous subissons, peu importe. Et ce travail difficile de cultiver la terre, de l’arroser, d’en discerner les mauvaises herbes, les risques, les tempêtes, les périls, c’est un peu l’œuvre des théologiens.

C’est cela que saint Justin a profondément et utilement fait, tant et si bien que son témoignage, son œuvre, sa recherche éclairent encore aujourd’hui ceux qui travaillent dans ce sens. C’est pour cela que je vous disais qu’il était heureux qu’il y ait des théolo­giens laïcs, parce que s’ils sont laïcs, on aura moins la tendance à confondre ce qu’ils disent avec le magis­tère qui est propre aux clercs, et spécialement à l’ordre épiscopal.

Alors, prions, pour que le magistère soit le magistère, que les théologiens soient des théologiens pour nous apprendre la vérité.

Et prions aussi pour que tant l’un que l’autre, ne confondent pas trop leurs ministères, mais que dans la complémentarité de ces deux charisme, ce soit vraiment pour la fécondité de la vérité, en toute situa­tion et toute culture, toute civilisation, que l’un et l’autre travaillent dans l’unique folie et sagesse de la croix du Christ.

 

 

AMEN

 

 
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