AU FIL DES HOMELIES

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1 Co 1, 18-25 ; Mt 13, 1-9
St Justin - (1er juin 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

aint Justin est un palestinien puisqu'il est né à Naplouse, en Palestine au début du deuxième siècle. Naplouse c'est la ville moderne de Si­chem, du puits de Jacob. Très tôt il a cherché la vérité. Il était païen, mais il a fréquenté les grandes écoles de réflexion, de recherche des philosophes grecs. C'était sa culture, Platon, Aristote, puis les stoïciens. Il a cherché cette vérité et nul doute qu'il ait trouvé dans ces philosophies, dans ces sagesses une part de vérité. Car il ne faudrait pas croire, ce serait un dualisme terrifiant de penser que le christianisme ait toute la vérité et que le reste ne soit que mensonge. Saint Paul est peut-être un petit peu sévère.

C'est un vieillard d'Ephèse qui a révélé à ce philosophe Justin, la Parole de Dieu. A ce moment-là saint Justin a mis tout son cœur, toute son intelligence d'abord à la connaître, à l'approfondir par l'étude de l'Écriture. Voyageant, il s'est installé à Rome où il a ouvert ce qui est probablement le premier grand séminaire. Il a ouvert à Rome une école de théologie qui était précédée d'un cycle de philosophie, les philosophies qu'il avait lui-même fréquentées et apprises et appréciées, qu'elles soient grecques ou romaines Justin a voulu donc, lui qui avait adhéré à la lumière de la vérité, que les lumières partielles de la philosophie soient un chemin pour trouver et appré­cier la vérité de Dieu.

Ceci est pour nous une leçon importante. Il me semble parfois que les chrétiens d'aujourd'hui, sous prétexte de vouloir absolument être chrétiens, regardent les recherches des autres, des autres reli­gions, des autres sagesses comme étant absolument négligeables, voire même perverses. Ceci n'est pas une attitude chrétienne. Et l'on peut l'illustrer par ce commencement du discours de Jésus à partir des pa­raboles sur le Royaume de Dieu comme une semence, comme une perle précieuse, comme un filet de pêche. Jésus dit : "Que celui qui a des oreilles entende !" mais il n'a pas demandé que l'oreille soit absolument sélective et n'entende que la Parole de Dieu. Ces ter­rains que Jésus évoque et qui ne produisent pas selon la plénitude de ce qui est semé ne sont pas pour autant et définitivement des terrains mauvais, mais il faut qu'ils soient travaillés, il faut qu'ils soient ensemen­cés, il faut qu'ils soient purifiés. Et pour cela il faut déjà les regarder, avoir vis-à-vis d'eux une proposition positive et pas simplement dire : c'est mauvais, je le laisse.

Pour que la vérité de Jésus soit la nôtre, il faut que cette vérité vienne vérifier tout autre pensée, tout autre recherche, tout autre sagesse. Et je dis bien vérifier, c'est-à-dire recueillir ce qui est vrai, recueillir ce qui est bon et non pas rejeter. Recueillir ce qui, dans la sagesse des hommes, dans les philosophies anciennes ou contemporaines, met en route l'intelli­gence de l'homme vers la vérité. Et celui qui a des oreilles doit entendre, mais il me semble que l'oreille est cet organe ouvert le plus largement possible pour recevoir, pour tout vérifier et pour retenir et apprécier le vrai chez les autres. Si la vérité de Dieu qui est dans l'évangile est la vérité parfaite et totale, si à cause de cela nous méprisions les autres, nous serions terriblement orgueilleux et prétentieux. Jésus Lui-même ne l'a pas fait.

Que saint Justin nous aide à approfondir, à recevoir et à vivre la Parole du Christ comme la vé­rité. Mais comme cette vérité qui éclaire toute route vers la vérité. Et l'homme qui marche vers la vérité, même si son chemin n'est pas tout à fait droit, sait déjà une vérité. C'est déjà infiniment respectable, infiniment estimable. Et peut-être que nous-mêmes, si nous allions sur ces chemins-là de façon humble, sans apporter notre vérité, qui n'est pas la nôtre d'ailleurs, comme étant la vérité absolue et totale, nous saurions les rejoindre et peut-être les aider à trouver la pléni­tude de la vérité qui n'est pas philosophique, c'est vrai, qui n'est pas une sagesse, qui n'est pas une vision du monde, ni même une explication du monde comme ces philosophes de l'antiquité le pensaient et le cher­chaient, mais qui est la personne même qui est à l'ori­gine du monde, le Christ.

Que saint Justin nous aide à avoir ce cœur et surtout cette intelligence qui nous rappelle, aujour­d'hui, que rien n'est méprisable, même si tout n'est pas encore absolument le vrai. Et que dans le monde, Jésus nous le dira plus tard, il y a de multiples semen­ces, il y a de multiples plantes, il y a de multiples terrains mais ce n'est pas à nous de choisir entre le bien, entre le vrai et le faux. Nous avons besoin au­jourd'hui d'une attitude intellectuelle très large, non pas pour tout justifier, non pas pour dire n'importe quoi, mais pour apprécier ce qui, dans le cœur des hommes, travaille déjà au nom de la vérité.

 

 

AMEN

 

 
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