AU FIL DES HOMELIES

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RÉCONCILIER PHILOSOPHIE ET THÉOLOGIE

1 Co 1, 18-25 ; Mt 13, 1-9
St Justin - (1er juin 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

'est en l'an 150 à Rome que Justin écrivit son "Dialogue" avec le juif Tryphon et deux apologies. Ces deux livres sont un condensé de sa propre démarche philosophique et de sa propre démarche chrétienne.

En effet, Justin, ayant été attiré très tôt par la philosophie grecque païenne, a reconnu en elle les premières traces de la présence de Dieu. Plus tard certains l'accusèrent d'être un faussaire en ayant intro­duit dans la Révélation chrétienne des éléments im­purs de la philosophie païenne. Mais Justin avait compris que la Révélation pouvait se servir de la philosophie grecque et païenne comme d'une sorte de squelette qui lui permettait de s'exprimer. Le vocabu­laire usuel que nous employons encore dans l'Église est souvent d'origine grecque, pour ne parler que de personnes, par exemple c'est grâce à une sorte de ma­riage profond entre la révélation biblique qui se sert d'éléments plus anciens, grecs, païens qui ignoraient d'ailleurs la destinée finale mais se sert de cette desti­née finale pour exprimer plus totalement ce que Dieu voulait nous dire et nous transmettre dans la Révéla­tion, dans sa révélation. Il n'y a donc pas forcément incompatibilité entre une démarche philosophique et son aboutissement dans la théologie.

Mais l'élément le plus important peut-être des trois livres de Justin c'est la confiance qu'il a dans le monde qui l'entoure, qui est à la fois opaque et trans­parent au Royaume de Dieu. Dans un premier sens, le monde "ne dit pas" le Royaume de Dieu et semble même fermer la porte à la vision de la vérité que Dieu pourrait y mettre. D'ailleurs la philosophie aujourd'hui s'engage souvent dans des voies assez labyrinthiques où elles tentent de dire ce qu'est l'homme, mais se cognant souvent la tête contre le divin, contre le monde divin qu'ils affirment, ne trouvant pas ainsi de débouché à l'interrogation profonde philosophique.

Justin pensait qu'il n'y avait que la vérité était présente et que le monde pouvait aussi se rendre transparent à cette vérité. Et la vérité que Justin dé­couvre est la proximité de Dieu dans le monde qui l'entoure et que la vraie démarche philosophique, si elle est orientée par une vraie sagesse, par une recon­naissance de Dieu, trouvera dans le monde les pre­miers éléments, la trace que le Verbe, Fils de Dieu, a laissés.

Nous sommes ainsi invités, à travers Justin, à réconcilier deux démarches qui nous paraissent in­conciliables ou incompatibles, la démarche de l'homme qui s'interroge sur lui-même, par amour de la sagesse qui serait la philosophie, et l'autre démarche qui serait l'interrogation de ce que Dieu est, de ce que dit Dieu. Ces deux démarches ont trouvé en Justin une sorte de mariage étonnant qui valorise l'homme, l'intelligence de l'homme qui peut chercher par lui-même et aussi qui donne toute lettre de noblesse au moment où son intelligence humaine s'arrête, s'ouvre et s'humilie devant la grandeur et la majesté de Dieu qui se dit à lui, qui se révèle à lui.

A travers Justin, nous pouvons demander que notre monde, que les intellectuels de ce monde contemporain aient à cœur, sans crainte, d'ouvrir leur interrogation et leur philosophie à ce qui, finalement, est sous-jacent à elle c'est-à-dire la présence de Dieu et qu'ils puissent ainsi découvrir cette présence active et efficace dans l'esprit de l'homme et dans l'Esprit de Dieu qui conduit tous les hommes vers Lui.

 

 

AMEN

 

 
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