AU FIL DES HOMELIES

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A L'ÉPREUVE DU FEU

Si 17, 1-15 ; Mc 8, 11-21
SS. Martyrs de l'Ouganda - (3 juin 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous aimons, dans notre vie, quel que soit notre âge, nous rappeler notre passé essentiellement dans les moments heureux que nous avons vécus. Nous aimons rappeler nos réunions familiales, nos anniversaires, nos succès, les bons moments que nous avons passé ensemble, les vacances, les détentes, et ainsi de suite. Et cela fait partie de notre vie. Ce n'est pas quelque chose qui est exclu de notre histoire, mais c'est quelque chose qui nous a façonnés, qui a fait que nous sommes aujourd'hui ce que nous sommes les uns et les autres.

De même l'Église aime se souvenir, régulièrement, d'abord de son passé et c'est pour cela que nous fêtons les saints. Nous fêtons ces hommes, ces femmes, ces jeunes qui, à une époque autre que la nôtre, dans des pays et des circonstances tout à fait différentes, ont accueilli la Parole de Dieu et ont essayé d'y répondre de la façon la plus parfaite possible. C'est pourquoi, aujourd'hui, nous célébrons ces jeunes Africains qui, il y a un siècle, sont morts à cause de Jésus, la cause de l'évangile qu'ils avaient appris.

Mais l'Église, lorsqu'elle célèbre des événements passés, ce n'est pas seulement comme lorsqu'on feuillette un album de photos pour se rappeler des choses anciennes. Lorsque l'Église célèbre des événements, des personnages du passé, elle célèbre aussi le présent, car Dieu n'est pas dans le passé, pas plus que dans le futur, Il est dans l'éternité, c'est-à-dire Il est dans ce présent continuel. Et le fait de nous rappeler les événements du passé, c'est pour nous redire cette chose merveilleuse que Dieu est continuellement avec nous et que Dieu veut, pour nous aujourd'hui, refaire les merveilles qu'Il a faites pour nos frères aînés du passé plus ou moins lointain. Ceci est important à connaître, à nous redire parce que nous avons parfois l'impression que nous sommes seuls à vivre notre foi, alors que nous sommes un peuple entier, dont toute une partie, et la plus grande partie des gens qui ont vécu, est déjà arrivée au sommet de la montagne, est déjà arrivée dans cette demeure de Dieu, dans le ciel où ils vivent dans cette joie, dans cette paix et dans ce bonheur éternel.

Et nous-mêmes, aujourd'hui, nous sommes dans cette cordée qui monte, entraînée par leur exemple, entraînée par l'appel de Dieu et qui monte cahin-caha, avec des moments heureux, avec des moments difficiles vers ce sommet, vers cette montagne où Dieu nous attend et où nous pourrons vivre éternellement heureux avec Lui. C'est donc très important, lorsqu'on se réunit entre chrétiens, de se rappeler ces événements du passé et de prendre une conscience vive qu'ils sont actuels parce que c'est toujours le même Seigneur qui appelle, c'est toujours le même Dieu qui donne sa force, c'est toujours le même évangile qui est source de vie. Et si nous aimons faire cela dans l'Église comme dans une famille, dans un peuple qui se rassemble pour les choses de la terre, pour les choses de la vie, il faut aussi apprendre à le faire pour les choses de Dieu qui concernent notre vie intime et notre vie personnelle.

Car, dans cet évangile, ce que Jésus veut dire aux apôtres, c'est de se rappeler ce qu'il a vécu avec eux dans les jours qui ont précédé : "Est-ce que vous ne comprenez pas encore ? Qu'est-ce que vous faites de votre mémoire ? Qu'est-ce que vous faites donc des choses, des paroles que je vous ai dites, de ces choses que j'ai faites pour vous ?" Et juste avant cet évangile que je viens de vous lire, Jésus avait guéri plusieurs malades, une femme étrangère de Phénicie, un sourd-muet, et par deux fois, Il avait multiplié les pains à deux endroits différents et ce qui est extraordinaire, c'est que non seulement chacun avait eu à manger, chacun avait été rassasié, mais il restait encore beaucoup de couffins pleins de pain. Ceci veut dire que lorsque Jésus nous donne ce dont nous avons besoin pour guérir notre cœur lorsqu'Il nous pardonne nos péchés, pour nourrir notre foi lorsqu'Il nous donne son eucharistie, pour nourrir la vie de notre esprit lors de la Confirmation, non seulement Dieu nous donne ce dont nous avons besoin, mais Il nous donne bien plus encore, pour bien nous montrer qu'il ne faut pas hésiter à demander vraiment le plus possible pour recevoir tout ce dont nous avons besoin.

Si Jésus rappelle à la mémoire des disciples ce qu'Il a fait pour eux, c'est pour bien leur faire comprendre que, dans la vie des disciples comme dans notre vie aujourd'hui il y a des événements qui sont très importants pour la vie de Dieu en nous et qu'il ne faut pas les oublier. Il faut avoir la mémoire de son passé chrétien. Il faut apprendre à se souvenir des choses que Dieu fait dans notre vie, des choses qu'Il a faites dans nos années passées. Or il y a des choses que nous connaissons, comme notre première communion, comme ces prières quand nous avons commencé d'apprendre à prier, comme ces célébrations, cette catéchèse. Et puis, il y a des choses que nous ne connaissons pas, par exemple notre baptême. Peu d'entre nous se souviennent de leur baptême parce que nous étions trop petits. Et il y a aussi plein de choses que Dieu fait en nous, mais nous n'avons pas suffisamment d'attention, nous n'avons pas suffisamment de présence à cette présence même de Dieu pour savoir ce que Dieu fait. Alors, Jésus veut ouvrir les yeux de notre cœur à sa présence en nous, aujourd'hui, et à sa présence en nous, dans notre passé.

Et il est important de prendre le temps, comme vous le faites aujourd'hui, non seulement pour nous préparer à ce que Dieu nous demande vivre aujourd'hui mais pour nous souvenir de tout ce qu'Il a fait pour nous dans le passé, afin de le remercier, afin de lui rendre grâces et aussi pour comprendre ce que nous arrivons si difficilement à comprendre : "Rappelez-vous tout ce que j'ai fait pour vous et essayez de comprendre. N'ayez pas les oreilles bouchées" comme dit Jésus aux apôtres. N'ayez pas les oreilles fermées Essayez de comprendre, essayez de saisir tout ce que je fais pour vous, au long de votre vie. Mais pour cela, il faut avoir les yeux ouverts à la présence de Jésus.

Alors, en cette eucharistie, tous ensemble, nous allons prier, pour que nous n'ayons pas des yeux avec des lunettes noires qui nous empêchent de voir trop loin, mais que nous puissions comprendre, petit à petit, dans cette attention du cœur qui aime Dieu, tout ce que au long de notre vie, au jour le jour, Jésus fait dans notre vie et aussi pour comprendre que tout ce que Dieu fait pour nous c'est toujours un appel à répondre davantage à ce qu'il va nous demander aujourd'hui, ce soir, demain, tout au long de notre vie. Que la prière de ces jeunes martyrs d'Afrique, eux qui ont si bien compris ce qu'était l'histoire de l'Église, eux qui ont su si bien accueillir les merveilles douloureuses que Dieu faisait dans leur vie, que leur prière nous aide à ouvrir notre cœur à cette présence permanent de Jésus dans notre vie, pour que, chaque jour, un peu plus, nous puissions recevoir sa présence et être un peu plus amis avec Lui.

 

AMEN

 
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