AU FIL DES HOMELIES

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 UNE FOI INDÉFECTIBLE

2 M 7, 1-14 ; Jn 12, 24-26
SS. Martyrs de l'Ouganda - (3 juin 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

'Église d'Ouganda est née au dix-neuvième siècle et elle est née par le témoignage et la force de ses martyrs. Un haut fonctionnaire de la maison royale a témoigné dès 1835 au moment où le roi avait fait expulser de son royaume tous les mis­sionnaires pour extirper cette foi nouvelle du peuple qui, lui semblait-il, échappait à son autorité. Ce roi qui était à la fois débauché et sanguinaire avait peur de ne plus pouvoir obtenir de son peuple et en parti­culier des fonctionnaires et des pages de la maison royale tout ce qu'il désirait. Cette communauté chré­tienne s'est donc trouvée privée de prêtres. Après la mort d'un premier martyr c'est un jeune homme de vingt ans qui est devenu le responsable de cette Église, de cette petite poignée de chrétiens. Il était lui-même page du roi et très vite le roi comprit qu'il ne parviendrait pas à faire réaliser sa volonté et c'est pourquoi il déchaîna une persécution contre les pages de sa maison royale. Après de terribles souffrances, les pages furent livrés au bûcher avec à leur tête leur jeune chef Charles Lwanga, le 3 juin 1886. Il y avait parmi eux des catholiques et des anglicans et ce mar­tyre est donc un symbole de l'unité de l'Église pour laquelle nous prions et nous travaillons et que nous espérons et qui, là, s'est réalisée dans la résistance à la persécution et l'identification au Christ par le martyre.

Si ces jeunes gens ont trouvé en eux la force d'âme, le courage de faire vivre leur Église sans prê­tre, sans ministre, sans référence, Charles Lwanga baptisa de ses propres mains plusieurs de ses compa­gnons avant leur martyre, s'ils ont trouvé le courage de résister à la volonté toute puissante et barbare de ce roi et ceci jusqu'à la mort, c'est parce qu'ils avaient profondément ancrée dans leur cœur la foi en la résur­rection. Le texte des martyrs d'Israël qui nous raconte un événement aussi barbare et sauvage que celui d'Ouganda, ce texte nous montre que déjà à cette épo­que de l'Ancien Testament, c'était la foi en la résur­rection qui donnait à ces sept fils d'accepter de donner leur vie terrestre parce qu'ils attendaient une vie éter­nelle qui serait celle de leur cœur, de leur âme mais aussi de leur corps et par laquelle ils participeraient à la résurrection.

Pour nous chrétiens la chose est encore plus profonde et plus intense puisque Charles Lwanga et ses compagnons avaient sous les yeux la résurrection même de Jésus. Ils savaient que, par la persécution, par le martyre, ils s'identifiaient au Christ crucifié et que, de ce fait, le Christ ressuscité s'identifierait à eux. C'est donc la foi en la résurrection qui a donné aux martyrs de toutes les époques de l'histoire de l'Église cette force d'affronter la mort. Pour un chré­tien, la mort reste certes une chose terrible, difficile, parfois douloureuse dans le cas de ces persécutions, mais la mort n'est pas le dernier mot. La mort n'est qu'un passage, un passage vers une vie, ou plus exac­tement vers l'épanouissement, la continuation, l'achè­vement, la plénitude de la vie qui est la résurrection. La vie n'est pas limitée à la vie biologique de cette terre, la vie est quelque chose de beaucoup plus pro­fond qui est communion entre Dieu et nous, et à cause de cette communion avec Dieu, notre vie est plus précieuse que tout ce qui se passe sur cette terre et elle ne peut pas cesser simplement parce que le corps ne peut plus fonctionner en raison soit de la maladie soit de la persécution. Au-delà de cette mort corpo­relle, il y a un approfondissement, une intensification de notre vie intérieure, de cette vie déjà commencée sur cette terre, mais qui va devenir plus dense et qui, c'est notre foi, se communiquera à nouveau à notre corps pour le faire sortir vivant du tombeau au jour de la résurrection finale. Et nous savons ainsi que notre être tout entier est promis à la vie, est promis au bon­heur, est promis à cette participation à la vie éternelle qui est celle de Jésus et que nous partagerons avec notre maître, notre Bien-Aimé, Celui qui s'avance le premier sur ce chemin où Il nous invite à le suivre.

Que la foi indéfectible qui habitait le cœur de ces jeunes gens d'Ouganda, que la foi des martyrs de tous les temps habite aussi notre cœur, que nous soyons prêts à affronter sinon la persécution du moins la mort non point comme la fin de notre vie, non point comme un événement irrémédiable mais comme un passage qui nous fait entrer, avec le Christ, dans une vie plus belle, plus grande, plus profonde, la vie éter­nelle, cette vie qui, dés maintenant, commence au fond de notre cœur et qui s'épanouira pour toujours dans le Royaume.

 

 

AMEN

 

 
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