AU FIL DES HOMELIES

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LE MARTYRE, SEMENCE DE CHRÉTIEN

2 M 7, 1-14 ; Jn 12, 24-26
SS. Martyrs de l'Ouganda - (3 juin 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Martyrisés par le feu

F

rères et sœurs, simplement une ou deux remarques sur la fête que nous célébrons aujourd'hui. Il est étonnant que chaque fois que le christianisme est arrivé dans une région, dans une culture, dans un pays, il ait pratiquement toujours déchaîné des campagnes de violence qui ont abouti pour ceux qui les subissaient, au martyre. Comme si au moment même où dans un pays qui ne s'y attendait pas, dans une culture qui n'en avait pas le souci, l'irruption de l'évangile avait une telle force qu'elle faisait trancher les décisions ou bien vraiment pour ou bien vraiment contre. Dans l'empire romain, c'est trop connu, la liste des martyrs qui jalonnent tout le long de l'année, est une manifestation de cela mais ce qui est étonnant, c'est que plus tard, dans des contextes tout à fait différents, cela ait produit toujours le même phénomène. Ceux que nous fêtons aujourd'hui, Charles Lwanga et ses compagnons étaient pour la plupart des grands adolescents. Ils étaient pages à la cour du roi de ce qui est devenu plus tard l'Uganda. Ces jeunes croyants ont embrassé la foi avec une sorte de spontanéité, une joie profonde, et ils ne s'en sont pas cachés. Ils ont vraiment adhéré entièrement. C'est peut-être cela qui peut déclencher la colère de ceux qui ne comprennent pas. Comment se fait-il qu'une parole nouvelle qui n'est pas issue de la tradition, qui n'est pas dans ce qu'on a pensé toujours de la même façon jusqu'ici, comment se fait-il qu'elle puisse ainsi déclencher une telle adhésion ? Le roitelet local n'a pas supporté que ceux qui lui servaient de pages puissent tout à coup faire allégeance à quelque chose d'autre que lui-même, et qui prenait le cœur de ces jeunes gens à un tel point que cela transformait leur vie.

Il y a quelque chose du mystère du mal qui se manifeste là-dedans. Une sorte d'incompréhension de la part de ce que saint Jean aurait appelé le monde, et qui n'accepte pas que tout à coup se révèle dans une société, dans une cour royale, surgisse une telle adhésion, une telle force d'enthousiasme et une telle appartenance à quelque chose qui est d'une autre ordre et qui ne fait pas partie des coutumes, des traditions, de l'ordre politique et social instauré jusqu'ici.

C'est sans doute pour cela que le christianisme dans un premier temps été perçu comme un danger. La simple évangélisation, la simple parole suscitait dans le cœur des auditeurs quelque chose que l'entourage ne comprenait pas. C'était la même chose dans les milieux romains dans les trois premiers siècles, c'était la même chose au Japon, en Chine, au Cambodge, le jalonnement du témoignage des martyrs dans ces pays-là y compris l'Afrique plus récemment, montre à quel point la parole de Dieu, l'annonce du salut peut créer une sorte de traumatisme dans une société au moment où la première annonce se produit.

Ce qui est extraordinaire comme le disait l'oraison de tout à l'heure, c'est que le premier sentiment de peur qui a animé les persécuteurs, au bout d'un moment est comme dépassé par la grâce de ce témoignage qui est capable de changer une société. Même si l'évangélisation n'a pas été fondée uniquement sur le sang des martyrs, mais parfois sur la violence des conquérants, là où elle a été fondée sur le sang des martyrs, elle a pris une profondeur une dimension, et une qualité d'une Église qui reste tout à fait remarquable.

Frères et sœurs, il est certain que nous ne vivons plus dans une atmosphère aussi violente de persécution, en réaction à l'annonce de l'évangile, au message chrétien. Cette réaction est beaucoup plus sourde mais ce que les martyrs nous rappellent c'est qu'il ne faut pas céder. C'est un des grands problèmes de la vie des chrétiens aujourd'hui, quand on doit subir le martyre, pendant quelques heures, mais quand il faut essayer de lutter pied à pied pendant des années pour essayer de maintenir ses convictions, ce n'est pas un martyre qui se termine par la canonisation sur les autels, ce n'est sans doute pas le même type de souffrance, mais c'est aussi très difficile, très usant, et il faut pouvoir avoir la force de se battre.

Je crois que c'est cela qu'on peut demander aux martyres de l'Uganda, c'est que dans les sociétés modernes où une certaine résistance, voir même une forte opposition de vie au christianisme et à tout ce qu'il veut essayer de promouvoir, du point de vue de la valeur de la personne, de la vie, de l'honnêteté, du respect des pauvres, que tout cela, nous puissions le transformer dans le moment violent des martyrs dans les temps anciens dans une espèce d'endurance et de résistance au cœur d'une société qui, parfois est orientée vers un refus et une dénégation totale du message chrétien.

 

AMEN

 

 

 
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