AU FIL DES HOMELIES

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LES TÉMOINS DE LA FOI

Hb 13, 7-8+20-21 ; Jn 10, 11-16
St Maximin - (8 juin 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous faisons mémoire aujourd'hui de tous les saints évêques d'Aix et d'Arles puisque ces deux diocèses ont été réunis en un seul depuis la Révolution française et Napoléon.

Saints évêques d'Aix, il y en a relativement peu. Le seul dont on parle, en général, est d'ailleurs plus ou moins mythique, c'est saint Maximin qui se­rait un des personnages de l'évangile venu avec sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe et saint Lazare.

Les saints évêques d'Arles, il y en a davan­tage. Saint Trophime dont la cathédrale d'Arles a gardé le nom, qui est le fondateur de l'Église d'Arles et peut-être un disciple de saint Paul. Puis il y a sur­tout saint Césaire, le grand évêque d'Arles du début du sixième siècle, qui a été un des grands prédicateurs de cette Antiquité finissante, un grand pasteur très proche de ses brebis en une période difficile, où le christianisme n'avait pas encore marqué profondé­ment les mœurs populaires et où cependant il était déjà dévoré par des superstitions, par des hérésies. Plus récemment il y a saint Jean-Marie du Lau marty­risé sous la Terreur.

Toutes ces figures se pressent dans notre passé pour nous conduire à la foi que nous avons re­çue d'eux et dont nous vivons aujourd'hui. Et l'évan­gile qui nous est proposé nous trace le portrait de ce bon pasteur que ces évêques ont essayé et essaient aujourd'hui encore d'être pour le peuple de Dieu.

A quoi reconnaît-on le bon Pasteur ? D'abord parce qu'il connaît ses brebis C'est d'abord une affaire d'intimité entre lui et le peuple qui lui est confié par Dieu. Tout commence par cette communion, qui n'est d'ailleurs pas facile à réaliser pour un évêque aujour­d'hui. Peut-être que dans l'Antiquité c'était plus simple car le diocèse était plus petit, moins peuplé. L'évêque pouvait avoir une relation plus directe avec le peuple chrétien qui lui était confié. Il connaissait effective­ment les membres de la communauté chrétienne. Au­jourd'hui, quand on est évêque d'Aix et qu'on a 700 000 habitants dans son diocèse, il est peut-être diffi­cile de les connaître un par un, de les connaître par leur nom, plus encore de connaître leur cœur. Ce n'est pas la faute de notre évêque, c'est la faute du système qui comporte des évêchés trop grands et qui en fait un peu trop des administrateurs. Pourtant il est important que l'évêque connaisse ceux qui font partie du peuple de Dieu, qu'il ne soit pas simplement, d'une manière générale, chargé d'eux, mais qu'il le soit en particulier, en propre, en direct.

Et puis on reconnaît aussi le bon pasteur à ce qu'il défend les brebis contre le loup. Il n'est pas un mercenaire qui n'aurait pas soin des brebis. Quand le loup, le danger c'est-à-dire l'hérésie, tout ce qui me­nace la vie spirituelle, approche, il faut que le pasteur sache défendre son peuple, avoir le courage de dire la vérité, de proclamer "à temps et à contre temps" ce qui est le message de Dieu. Et ceci peut aller jusqu'à donner sa vie pour ses brebis. J'évoquais saint Jean-Marie du Lau qui est mort martyr de la Révolution Française. Voilà un évêque qui n'a pas hésité à donner sa vie pour ses brebis. Cela fait partie intrinsèquement de la mission épiscopale de consacrer sa vie à tous les chrétiens de son diocèse, consécrations qui n'est pas un vain mot, qui n'est pas une manière de consacrer son temps, de donner un peu de lui-même, mais qui peut aller jusqu'à l'exigence totale.

Il faut aussi qu'il ait le souci de ces brebis qui ne sont pas encore dans l'enclos, qui ne font pas partie de la communauté chrétienne. "J'ai encore d'autres brebis, elles ne sont pas dans ce troupeau, il faut qu'elles aussi je les amène et qu'elles écoutent ma voix, pour qu'il y ait un seul troupeau et un seul pas­teur." Un évêque ne peut pas ne pas avoir une voca­tion fondamentalement missionnaire, se sentir chargé, se sentir le père, le responsable non seulement de ceux qui le reconnaissent comme leur évêque, mais aussi de tous les autres hommes qui pourtant sont appelés, eux aussi, au Royaume même s'ils ne le sa­vent pas. Il est donc fondamental que l'évêque orga­nise dans son diocèse cette annonce de l'évangile, cette proclamation. Et là nous remontons aux origi­nes. Les évêques fondateurs comme l'ont été légen­dairement saint Maximin et réellement saint Tro­phime, sont arrivés dans un lieu où le Christ n'était pas connu du tout et toutes les brebis étaient en dehors du bercail. Et en proclamant cette vérité de l'évangile, ils ont constitué un troupeau avec ces brebis éparses en les approchant une par une. C'est pour cela que nous sommes là aujourd'hui, dans ce troupeau labo­rieusement constitué par ces premiers évêques et leurs successeurs.

Quand nous réfléchissons aux évêques qui ont eu et qui ont encore la charge de notre commu­nauté, il y a quelque chose qui s'adresse à nous-mê­mes. Nous ne sommes pas des brebis bêlantes ou soumises. Nous avons à collaborer avec cet évêque car, dans cet évangile, les brebis ne se contentent pas de suivre passivement le berger, elles répondent à sa voix, elles discernent sa parole, elles reconnaissent en lui la parole du Christ, elles participent à cet effort missionnaire qui est le sien. Tout cela nous concerne, nous concerne au premier chef. Et célébrer les évê­ques d'Aix et d'Arles, c'est célébrer la communauté chrétienne d'Aix et d'Arles et la communauté actuelle d'Aix et d'Arles, cette communauté que nous sommes et toute la responsabilité qui lui est confiée à elle aussi. Responsabilité d'unité, responsabilité de dé­fense contre les dangers qui la menacent, responsabi­lité aussi de rayonnement missionnaire.

Demandons aux évêques d'Aix et d'Arles qui ont été des saints, et il y en a sans doute beaucoup qui n'ont pas été énumérés dans le calendrier, mais qui sont quand même des saints, demandons à tous ces évêques de nous apprendre à être une communauté responsable de sa foi, responsable de son salut et du salut du monde.

 

 

AMEN

 

 
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