AU FIL DES HOMELIES

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SAINT EPHREM

Col 3, 12-17 ; Lc 12, 32-44
St Ephrem - (9 juin 1995)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


S

aint Ephrem de Nisibe, une petite ville située aux confins de la Syrie et de l'Irak, a été diacre de l'église d'Edesse dans la même région. Il a surtout été un grand poète, chantre, animateur de la liturgie. Il a, comme nous le dit saint Paul, "chanté à Dieu de tout son cœur des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés".

Ce sens de la beauté est fondamental pour notre foi chrétienne. Nous ne pouvons pas aller à Dieu dans la médiocrité ni dans une sorte de pauvreté misérabiliste. Nous devons aller à Dieu avec toute la joie, toute la profusion, toute la générosité qui est celle du chant, qui est celle de la poésie, qui est celle de la liturgie. Dieu n'est pas un Dieu chiche. Dieu n'est pas quelqu'un vers qui l'on va avec une âme d'avare en donnant le strict nécessaire, juste ce qu'il faut, en pratiquant les vertus essentielles et en accomplissant ses devoirs. Dieu qui nous aime au-delà de toutes les limites, Dieu qui nous aime à la folie, Dieu veut que nous aussi nous allions à Lui avec des chants de joie qui prennent notre cœur jusqu'au tréfonds et qui l'animent d'un amour fou. C'est cela l'étroite corrélation entre la poésie et la foi. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de démesure, il s'agit au sens littéral d'extase, il s'agit de sortie de soi-même. On ne peut pas être d'abord préoccupé de ses petites difficultés, de ses petits besoins, de ses nécessités et puis avoir en même temps le cœur ouvert au grand large de Dieu.

       Quand Jésus a appelé Pierre, Il lui a dit : "Avance au large ! Avance en eau profonde !" Nous ne pouvons aller à Dieu que si nous acceptons que notre cœur avance en eau profonde, avance au large. Et pour cela il faut dépasser ce caractère toujours limité et comptable qui nous est trop souvent familier et qui n'est qu'un des visages de l'égoïsme spontané du cœur humain. Nous sommes si préoccupés de nous-mêmes que nous avons toujours tendance à nous rétrécir et à tout rétrécir autour de nous. La poésie doit ouvrir notre cœur, l'élargir, lui donner des ailes. Il faut que nous sachions chanter et chanter à pleine voix. C'est cela que saint Ephrem a su faire.

       Et notez bien que tout cela n'est pas poésie désincarnée. Ce n'est pas rêverie facile, car si Ephrem a su être démesuré dans son chant, s'il a su chanter le paradis, la virginité de Marie, chanter la manifestation et la Théophanie du Christ, chanter tous les mystères de l'homme, de Dieu, des anges et de l'univers, s'il a su ainsi mettre sa lyre dans une démesure, il a su aussi être démesuré dans le don de lui-même. N'oublions pas que comme diacre il ne se contentait pas d'animer la liturgie mais il s'occupait sans cesse des pauvres et des malades et qu'il est mort lors d'une épidémie de peste qu'il a contractée en soignant les pestiférés. Par conséquent la démesure n'est pas seulement une question spirituelle, mystique, poétique, la démesure c'est aussi une question très concrète, très matérielle, c'est aussi une question de don de soi et de service. Diacre cela veut dire serviteur et Ephrem a été le serviteur non seulement de la beauté, de la grandeur mais aussi le serviteur des misères et des pauvretés de ses frères.

       Alors demandons, par son intercession, à sortir de nous-même, à sortir de nos étroites limites et à savoir tout à la fois nous émerveiller devant la grandeur et la beauté de Dieu mais aussi compatir, avec miséricorde, à toutes les misères de nos frères.

       AMEN

 
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