AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE POÈTE CHANTRE DE DIEU

Col 3, 12-17 ; Lc 12, 32-44
St Ephrem - (9 juin 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Beauté si humble …

S

 

i vous venez parfois aux vigiles, vous avez sûrement entendu, à diverses reprises des poèmes de saint Ephrem et certaines phrases restent peut-être encore dans votre mémoire Par exemple, pour parler du Christ qui s'avance vers sa Passion, saint Ephrem dit : "Dans une grande douceur, Il marche vers sa croix, bénissant son Père à toute heure, puis, à la douzième heure, Il s'endort. On dirait un lion qui dort." Vous vous souvenez sans doute aussi de ces paroles de saint Ephrem, le jour de la Pentecôte quand il compare l'Esprit Saint à ce vent qui gonfle les voiles du navire de l'Église, ou encore à ce feu, ce feu de l'amour qui cuit la pâte du pain dans laquelle sont rassemblés tous les grains de blé. Innombrables sont ces poèmes de saint Ephrem. Il a chanté la mère de Dieu, il a chanté le baptême et le mystère de l'onction, il a chanté l'Église, il a chanté tous les mystères de notre foi.

Il arrive quelquefois qu'un certain courant de pensée dans l'Église déclare que pour se tourner vers Dieu avec plus de sûreté, il faut s'écarter de toutes les réalités du monde, il faut faire le vide, ne plus voir les créatures qui pourraient nous détourner du Créateur afin, par ce dépouillement radical, de nous trouver seul en face de Dieu Cela, certes, n'est pas faux, à condition de ne pas aller jusqu'à un certain mépris des œuvres de Dieu, à une certaine dépréciation de la beauté du monde. Saint Ephrem, comme saint François ont pensé, au contraire, que c'était dans la contemplation émerveillée des œuvres que l'on trouvait le chemin qui pouvait nous conduire jusqu'au mystère du Seigneur. Et c'est en chantant le monde, en chantant les créatures, en chantant les oiseaux du ciel et le mystère de l'histoire du salut que saint Ephrem veut nous conduire jusqu'au mystère profond de Dieu.

C'est dire que l'attitude de saint Ephrem est une attitude fondamentalement liturgique, car le mystère de la liturgie c'est précisément de faire concourir la beauté des chants, celle des parfums, celle des couleurs pour essayer, à travers cette harmonie de parvenir à un pressentiment de cette beauté plus merveilleuse encore qui est celle de notre Père regardant le Fils et contemplé par Lui. La liturgie, c'est toute une vision des choses, c'est toute une vision du monde. Les réalités de ce monde, nous pouvons les regarder avec un regard scientifique, avec un regard d'entomologiste, nous pouvons les regarder avec un regard de marchand, un regard commercial. Nous pouvons les regarder aussi avec un regard amoureux. Nous pouvons essayer de pénétrer dans le secret de chaque être, de chaque chose, essayer de découvrir la palpitation de l'existence intime de la moindre petite créature, du moindre insecte ou du moindre brin d'herbe pour essayer d'y deviner la pulsation profonde de la présence de Dieu au cœur de chaque être. Et c'est ce regard qu'est le regard de la liturgie, qui est le regard de la plupart des textes bibliques, qui est le regard que saint Ephrem veut nous apprendre comme poète, à développer en nous, pour contempler Dieu en toute chose. Certes, Dieu est infiniment au-delà de toutes ses créatures, et pourtant, tout ce qui existe dans les créatures est un reflet de cette beauté de Dieu.

Et qu'est-ce que la beauté ? La beauté, c'est d'abord une harmonie, un équilibre, une symphonie. Puis la beauté, c'est aussi un éclat, un rayonnement, une splendeur. La beauté de Dieu, c'est cette parfaite harmonie du Père, du Fils et de l'Esprit qui, dans un amour si intense, se contemplent et se regardent l'un l'autre, de telle sorte qu'ils soient parfaitement unis, parfaitement identiques, parfaitement un. La beauté de Dieu, c'est aussi cette splendeur, cette gloire, ce rayonnement qui fait que la joie de Dieu déborde, en quelque sorte, de son cœur et se répand partout comme les rayons du soleil venant allumer en tout l'univers cette grâce, cette présence, ce tressaillement de l'allégresse. C'est cela la beauté de Dieu. Et la beauté des créatures est comme une réponse à cette beauté de Dieu. Les créatures ne sont-elles pas en train de murmurer leur louange, de psalmodier leur réponse émerveillée à ce regard de Dieu qui a trouvé que tout cela était bon, que tout cela était beau ?

Et si nous savons, non pas simplement nous servir des créatures, ni nous mettre à leur service en étant l'esclave des choses secondes, mais si nous savons lire le secret profond des êtres et des choses, nous y découvrirons cette pulsation divine déposée dans leur cœur, ce dialogue d'amour qui est un dialogue de beauté entre chaque être, le plus petit qu'il soit, et Dieu qui est sa source et en même temps l'abîme dans lequel cet être veut se perdre d'amour. Alors, nous saurons, avec saint Ephrem, recueillir chaque message, recueillir chaque parcelle de beauté pour lui faire produire le maximum de splendeur, pour lui faire dire tout son secret, pour faire que chacune de ces parcelles de beauté aille jusqu'au bout de sa mission de louange, de sa mission de révélation du visage de Dieu.

Et cela, ce n'est pas se trouver dans la distraction par rapport aux soucis du monde, car, vous le savez peut-être, saint Ephrem ce poète, saint Ephrem ce liturge, saint Ephrem ce chantre, quand la peste s'est abattue sur Edesse, a su laisser ses chants, laisser ses poèmes pour aller soigner les pestiférés et pour mourir à leur service. Il n'y a donc pas une différence, une opposition entre cette contemplation émerveillée des splendeurs de la nature nous conduisant à la splendeur de Dieu, et puis l'humble service de nos frères dans leur souffrance. Au contraire, c'est le même regard d'amour qui est posé sur chaque être, sur chaque chose et qui nous conduit au cœur et au secret de chaque être et de chaque chose ; et aussi, si cela se présentait et était nécessaire, au cœur de sa douleur et de sa souffrance et du partage de cette souffrance avec amour et tendresse pour lui.

Que saint Ephrem ouvre notre regard à la beauté de Dieu. Que Saint Ephrem nous dissuade de tout ce qui est péjoratif, de tout ce qui est mépris des choses et des êtres. Que saint Ephrem nous apprenne à découvrir le secret de toute chose afin de l'aimer et, à partir de cet amour, d'arriver, avec la création tout entière, dans un immense hymne de joie, jusqu'auprès du Tout Puissant, Père, source et fin de toute chose.

 

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public