AU FIL DES HOMELIES

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LA BEAUTÉ DE DIEU : SAINT EPHREM

Col 3, 12-17 ; Lc 12, 32-44
St Ephrem - (9 juin 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Ephrem a été sans doute un des plus grands poètes de l'Église. Moine de Syrie moine apostolique puisqu'il vivait non pas à l'écart du monde mais en plein dans l'église d'Edesse et qu'il était diacre de cette église, ce qui à cette épo­que représentait bien des responsabilités car le diacre était celui qui organisait non seulement le culte mais aussi toute la vie matérielle de la communauté chré­tienne. Saint Ephrem sur la fin de sa vie devant une épidémie de peste organisera les soins et mourra em­porté par la contagion. Saint Ephrem a exercé ses fonctions importantes dans un chant perpétuel car l'essentiel de ses soins, il les a accordés au culte de Dieu pour la beauté de ce culte, composant un très grand nombre de poèmes dont nous avons la joie de lire certains passages au cours des Vigiles. Je vous en rappelle un ou deux pour vous familiariser avec la personne et le cœur de saint Ephrem.

Le Vendredi Saint, quand nous voulons évo­quer la passion du Christ, saint Ephrem nous prête les mots suivants : "Dans une grande douceur, Jésus est conduit à sa Passion, bénissant ses douleurs à toute heure. Il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire, à la sixième heure on le raille, jusqu'à la neuvième heure Il supporte la douleur des clous,, puis sa mort met fin à sa passion, à la douzième heure Il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort."

Et à la fête de Pentecôte : "les apôtres étaient là comme des flambeaux disposés et qui attendent d'être allumés par l'Esprit Saint pour illuminer toute la création par leur enseignement, ils étaient là comme des cultivateurs portant leur semence dans le pan de leur manteau qui attendent le moment où ils recevront l'ordre de semer, ils étaient là comme des marins dont la barque est liée au port du commande­ment du Fils et qui attendent le doux vent de l'Esprit, ils étaient là comme des bergers qui viennent de rece­voir leur houlette des mains du Grand Pasteur de tout le bercail et qui attendent que leur soient répartis les troupeaux."

Saint Ephrem a su célébrer la vierge Marie, l'Incarnation du Christ, sa mort, sa passion et aussi la gloire de l'Église. Et il nous invite à méditer sur la beauté de Dieu. S'il y a une liturgie, c'est pour célé­brer la beauté de Dieu. De même que la théologie s'efforce de scruter la vérité de Dieu, de même que, tout au long de notre vie, nous essayons de mettre notre cœur en harmonie avec la bonté de Dieu, la li­turgie est la célébration de la beauté de Dieu. La beauté est un des visages de l'être. Tout ce qui existe est beau. De même que tout ce qui existe est vrai et bon, tout ce qui existe est beau. Et puisque Dieu est l'existant par excellence, Celui dont la plénitude rem­plit toutes les limites possibles de l'être, et au-delà de ces limites, Dieu est aussi la plénitude de la beauté.

La beauté est une chose difficile à cerner, dif­ficile à définir. Nous pouvons dire que la vérité c'est cette lumière des choses qui comble notre intelli­gence, qui nous permet d'en scruter le mystère, la profondeur. Nous pouvons dire que la bonté c'est ce rayonnement des êtres qui nous attire à eux et qui nous comble par l'échange d'amour entre eux et nous, mais que dire de la beauté ? Qu'est-ce que la beauté ? La beauté c'est quelque chose qui nous séduit, la beauté c'est quelque chose qui nous entraîne au-delà de nous-mêmes, qui nous fait sortir de nous-mêmes, la beauté ce n'est pas simplement le bon ordonnance­ment des choses, la beauté ce n'est pas simplement les canons d'une œuvre d'art académique, la beauté c'est au contraire cette espèce de frémissement profond de la vie des êtres qui fait que nous les sentons vibrer près de nous, entre nos mains en quelque sorte, et cette vibration se communique à nous et nous remplit d'une joie indicible. Il y a un lien étroit entre la beauté et la joie. La beauté c'est ce qui produit en nous cette sorte d'épanouissement de notre être qui fait que nous sommes heureux parce que cette chose belle, cet être beau existe, heureux simplement qu'ils soient là, heu­reux de pouvoir rendre grâce, l'action de grâces voilà encore quelque chose d'étroitement lié à la beauté, pouvoir rendre grâce parce que cet être existe, rendre grâce parce que Dieu existe.

Et peut-être que la plus belle expression de l'action de grâce, celle que nous disons dans le Gloria de la Messe : "Nous Te rendons grâce pour ton im­mense gloire" est aussi un des secrets qui nous permet de percer ce qu'est la beauté. La gloire de Dieu, sa beauté, c'est un peu la même chose, la gloire c'est le rayonnement de Dieu, c'est ce rayonnement indicible comme celui du soleil à travers les nuages quand tout à coup il perce les nuages et que sa lumière se fait plus tangible, plus concrète. Cette lumière qui d'ha­bitude nous enveloppe sans que nous y prenions garde, tout à coup, elle se manifeste par ses rayons. Étymologiquement c'est ce que désigne ce mot de gloire qui est ensuite attribué à Dieu pour exprimer cette sorte de plénitude qui nous envahit et qui nous met en quelque sorte en extase.

L'extase, voilà encore quelque chose, il ne s'agit pas de l'extase des mystiques, mais au sens ori­ginel du terme voilà encore quelque chose qui nous invite à nous approcher de la beauté. L'extase c'est une sortie hors de soi-même. On est mis hors de soi-même parce qu'on est capté, attiré, saisi, envahi, illu­miné, on est entraîné, on est soulevé d'enthousiasme, tout cela ce sont des fruits de la beauté. La beauté c'est ce qui fait que nous ne sommes pas seulement ce que nous sommes, mais que nous sommes emportés au-delà de nous-mêmes.

Telle est la beauté de Dieu et elle se commu­nique à nous. Et la meilleure manière de louer la beauté de Dieu c'est d'entrer nous-mêmes dans cette beauté, non pas en essayant de raffiner par une cer­taine joliesse ce que nous sommes, ce que nous fai­sons ou ce que nous disons, mais précisément en nous laissant prendre par cet immense courant de vie et d'enthousiasme, par ce rayonnement de la beauté de Dieu, en nous mettant nous-mêmes en marche dans la joie et l'allégresse. C'est cela qui doit animer notre liturgie. Et notre liturgie sera belle, belle comme saint Ephrem a voulu qu'elle le soit, si c'est une liturgie qui est emportée par ce mouvement d'élan et d'enthou­siasme vers Dieu.

La liturgie ne peut pas se mesurer, elle ne peut pas se compter, on ne fait pas un petit peu de liturgie et puis après cela on passerait à autre chose. La liturgie c'est quelque chose qui doit nous prendre profondément, au plus profond de notre cœur, et en­vahir toute notre vie. Il n'y a plus de place pour autre chose que pour une existence qui soit tout entière liturgique, une existence tout entière chantée, tout entière dans l'allégresse et dans la joie et dans la beauté.

Et c'est ainsi que notre prière sera belle si nous la donnons sans compter, sans mesure, sans li­mite, en mettant la totalité de notre cœur, la totalité de notre voix, la totalité de notre corps, la totalité de notre être au service de cette beauté de Dieu. Rendons grâce à Dieu d'être beau.

Rendons-lui grâce de nous rendre beaux, ren­dons-lui grâce de mettre en notre cœur le goût et le sens de sa beauté, rendons-lui grâce en chantant de la manière la plus belle qui soit, c'est-à-dire en mettant tout notre cœur au rythme de son cœur.

 

AMEN

 

 

 
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