AU FIL DES HOMELIES

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EPHREM LE SYRIEN

Col 3, 12-17 ; Lc 12, 32-44
St Ephrem - (9 juin 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

es deux petites paraboles sur le retour du maître sont très suggestives pour nous faire comprendre le sens profond de la vie du dia­cre Ephrem, comme aussi le sens profond de la vie de l'Église primitive.

Pour en comprendre toute la portée il nous faut revenir à l'époque de l'Église primitive qui a conservé ces paroles du Seigneur et a essayé d'en tirer tout le sens pour elle-même et pour sa vie pratique. Dans les deux premières générations de l'Église quel pouvait être le sens de l'existence chrétienne ? Et bien, pour tout chrétien, c'était évidemment d'attendre le retour du Seigneur. Jésus n'était plus là : par sa mort et sa résurrection Il était passé de ce monde au Père. Mais il y avait une certitude : c'est qu'il n'avait pas abandonné son Église. Par conséquent le seul but de l'existence était de vivre pour la venue du Sei­gneur. Cela était tellement évident qu'il en découlait certains excès. Ainsi saint Paul doit remettre au pas sa communauté de Thessalonique en disant : "Ce n'est pas parce que vous attendez la venue du Seigneur que vous ne devez pas travailler. Si vous ne travaillez pas, vous n'aurez rien à manger !"

Le sens était clair. La venue du Seigneur était considérée comme tellement imminente, importante et centrale dans toute existence que ce n'était plus la peine de s'occuper de rien. On trouve là la raison pour laquelle la parole du Seigneur : "Veillez et tenez-vous prêt pour la venue du maître à son retour des noces !" avait un tel écho dans les communautés. C'était préci­sément le mot de passe des chrétiens entre eux. La seule chose qui compte c'est le retour du Seigneur. Mais en même temps une deuxième parole du Sei­gneur venait apporter le complément de sens et le sens profond de l'existence chrétienne. "Attendre le Seigneur" signifiait : Il faut attendre le Seigneur en s'occupant comme des intendants fidèles de l'héritage qu'Il nous a confié. Et cet héritage c'est l'Église.

Ainsi donc, à aucun moment, l'attente du Sei­gneur ne pouvait signifier s'abstraire des conditions de la vie présente, soit en ne travaillant pas, soit en se dispensant d'aimer les autres, soit en semant la pa­gaille dans les communautés en ayant chacun son avis sur toutes les questions et notamment celle du retour du Seigneur. Au contraire, il n'y avait pas d'autre ma­nière d'attendre le retour du Seigneur que d'être au service de ce peuple qui attend le Seigneur. C'est pour cela que c'est Pierre qui pose la question : "Est-ce qu'il en va de nous comme cela ?" Et le Christ prend bien soin de préciser que le rôle premier et primordial des apôtres c'est d'être les serviteurs de la commu­nauté. Pour le diacre, pour l'apôtre ou pour le prêtre, il n'y a pas d'autre manière d'attendre la venue du Sei­gneur que d'être au service même de la communauté. Et il faut même étendre la réflexion du Seigneur en comprenant que, pour tout frère membre de la com­munauté, il n'y a pas d'autre manière d'attendre la venue du Seigneur que d'être au service de la commu­nauté dont il fait partie.

Ainsi donc il n'y a pas dans l'Église deux at­titudes : l'une qui dirait : "Je me désolidarise de tout pour vivre dans l'attente du Seigneur" et l'autre qui consisterait à dire : "Moi je gère l'intendance et les questions matérielles !" Il n'y a qu'un seul souci : at­tendre le Seigneur qui, loin de nous éloigner ou de nous sortir de la condition de membre de l'Église, au contraire nous ramène à la racine même de ce qu'est cette Église comme peuple de Dieu. Et cela parce que Dieu vient essentiellement dans le cœur même de l'Église. Si l'on cherchait Dieu en dehors de l'Église, on le rechercherait là où Il ne vient pas, là où Il ne peut pas venir. Car dans ce monde l'Église n'est pu­rement et simplement que le lieu même de l'apparition possible du Sauveur. C'est la raison pour laquelle nous existons Nous sommes l'Église simplement pour dire au monde : le retour du Seigneur est possible à tout moment. Et c'est pour cela qu'il faut une Église dans le monde. C'est l'Église qui maintient ouvert l'avenir du monde comme possibilité d'accueillir Dieu. Et c'est tout.

Alors vous comprenez pourquoi on a choisi ce texte pour saint Ephrem. C'est qu'il a réalisé de façon éminente les deux aspects. Par sa vie de moine, il a réalisé cet aspect de vigilance pour attendre la venue de l'Époux. Il est d'abord ce moine qui a vécu dans l'attente du Seigneur et qui n'a vécu que pour Lui. Seulement comment pouvait-il vivre concrète­ment cette attente de la venue du Seigneur ? Ce n'est pas en s'éloignant de l'Église, ce n'est pas en se cou­pant d'elle mais au contraire en se faisant le serviteur, à tout moment, en toute occasion, selon les besoins qui se manifestaient. Car il était sûr que c'était préci­sément dans le moment même où il se tournait vers l'Église comme l'intendant bien avisé qui "donne à chacun sa mesure de pain" que c'était le moyen le plus sûr, le plus vrai et le plus radical d'être dans l'at­tente de son Seigneur.

Ceci ne s'adresse pas qu'aux moines. Ceci s'adresse à tout membre d'une communauté chré­tienne. La tension même de notre existence chrétienne aujourd'hui réside en cela. A la fois, nous ne devons vivre que pour le retour du Seigneur, il n'y a pas d'au­tre raison de vivre, mais en même temps, nous nous tromperions gravement si nous interprétions cette attente de la venue du Seigneur et cette concentration de tout notre être vers cette venue comme une sorte de coupure, de rupture ou de désolidarisation de notre vie avec celle de nos autres frères chrétiens et avec celle du monde. En réalité, c'est précisément dans la mesure où nous essayons de rejoindre le cœur même de nos frères que nous commençons à ouvrir, de la façon la plus vraie, la plus radicale et la plus forte, pour chacun d'entre nous et pour le frère en question, la venue même du Seigneur.

 

AMEN

 

 

 
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