AU FIL DES HOMELIES

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LA VIE CHRÉTIENNE COMME UNE LOUANGE

Col 3, 12-17 ; Lc 12, 32-44
St Ephrem - (9 juin 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

a figure de saint Ephrem est particulièrement attachante à cause de cette plénitude avec laquelle il a vécu toute sa vie de chrétien, de diacre, de moine consacrée à toutes les œuvres de la vie de l'Église. Ce qui est le plus remarquable c'est qu'il fut un poète, un chantre des merveilles de la gloire de Dieu. Il est probablement celui qui s'est rap­proché le plus de cet idéal de chanter sans cesse la louange du Seigneur, de raconter, jour après jour, les merveilles de Dieu, un peu comme l'a fait aussi saint François ou saint Jean de la Croix. Saint Ephrem nous a laissé une grande quantité d'hymnes dans lesquelles il a célébré le paradis, la foi, la virginité, l'Incarnation, l'Esprit Saint, tous les grands thèmes de notre vie chrétienne. Ainsi il nous permet de réfléchir sur le sens de notre vie chrétienne comme une liturgie, comme un chant, comme une louange, comme une exaltation et une exultation à cause de la gloire de Dieu.

Certes notre vie chrétienne est faite aussi de beaucoup d'épreuves, de beaucoup de soucis, de diffi­cultés. Nous avons à prier, à intercéder pour bien des situations difficiles, désespérées et saint Ephrem a connu aussi cela puisqu'il est mort de la peste en soi­gnant les pestiférés. Il a connu la détresse humaine. Pourtant, à l'intérieur de notre vie chrétienne, il y a quelque chose de plus radical, de plus profond, de plus fondamental que ces épreuves, que ces souffran­ces, que cet appel au secours adressé à Dieu. Il y a quelque chose de plus intérieur encore à notre vie chrétienne, c'est la louange de Dieu. Quelles que soient nos épreuves et nos difficultés, quelles que soient nos pauvretés, quels que soient nos péchés, quelles que soient nos faiblesses, quelles que soient les calamités du monde et les guerres et les destruc­tions qui nous entourent, plus profondément que cela, Il y a d'abord la louange de Dieu. Pourquoi ? Parce que la première réalité du monde donc la première réalité de notre vie, c'est la splendeur de Dieu.

Quoi qu'il arrive cette vérité est plus fonda­mentale encore que tout ce qui peut nous arriver: "Dieu est beau ! Dieu est grand ! Dieu est rayonnant de son amour !" La beauté de Dieu et l'amour de Dieu, c'est la même chose, car la beauté spirituelle c'est la beauté du cœur. Et l'amour est la plus grande splendeur du cœur, et la plus grande splendeur de Dieu. Et je dirais : avant de demander, il faut d'abord contempler et s'émerveiller. Et après avoir demandé, il faut encore s'émerveiller et contempler. Et au cœur même de nos demandes, au cœur même de nos diffi­cultés, il faut savoir contempler et s'émerveiller.

Rendre grâces, c'est le sens même du mot eu­charistie, car l'eucharistie c'est une action de grâces, rendre grâces ce n'est pas seulement remercier pour les faveurs reçues, rendre grâces c'est d'abord s'émer­veiller, c'est d'abord laisser son cœur s'agrandir, se dilater aux dimensions du mystère de Dieu. C'est lais­ser notre âme danser de joie. Il est dit dans l'Ecriture que Dieu danse de joie. Alors comment ne danse­rions-nous pas de joie avec Lui ? C'est laisser notre cœur s'épanouir à cette lumière de Dieu et prendre le rythme de la joie du cœur de Dieu. Parmi les prières de l'Église, une des plus belles à mon sens est le gloire à Dieu que nous disons à la messe les jours de fête et qui est, à l'origine, la prière du matin. "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'Il aime !" cette hymne de louange qui reprend en son début les paroles des anges la nuit de Noël et qui continue pour atteindre à ce qui me sem­ble être la quintessence de toute prière car nous ren­dons grâces non seulement pour ce que Dieu nous a donné, non seulement pour les splendeurs de la créa­tion, non seulement pour les grâces reçues, non seu­lement pour la beauté du monde et la beauté de notre vie, pour l'amour qui nous entoure, mais nous rendons grâces parce que Dieu existe. "Nous Te louons, nous Te bénissons, nous T'adorons, nous Te glorifions, nous Te rendons grâces pour ton immense gloire !"

Nous rendons grâces à Dieu pour sa gloire c'est-à-dire pour le rayonnement de sa splendeur, pour le rayonnement de sa beauté, pour le fait qu'Il est là. Le plus grand merci que nous pouvons dire à Dieu c'est que Dieu existe, c'est que Dieu soit au centre de tout, que Dieu soit beau et grand, et que nous puis­sions nous nourrir de ce regard posé sur Lui sans ja­mais nous rassasier. Si nous ne savons pas aller à cette profondeur dans notre cœur dans notre relation avec Dieu, nous ne pouvons pas vraiment comprendre ce qu'est le bonheur Nous ne pouvons pas comprendre ce qu'est la joie, la vraie joie car la vraie joie c'est la joie de l'existence de l'être aimé. Notre Bien-Aimé c'est Dieu comme nous sommes les bien-aimés de Dieu. C'est pourquoi la joie de Dieu, c'est notre exis­tence. "La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant !" dit saint Irénée. Notre joie, notre bonheur à nous c'est la contemplation de Dieu, c'est la vision de Dieu. Savoir que Dieu existe, Il n'y a rien de plus beau, rien de plus grand, rien de plus comblant que cela. Si nous com­prenions cela, si avec l'amour de notre cœur, nous étions vraiment transfigurés, transportés dans cette découverts, je ne dis pas que le reste n'aurait pas d'importance, mais le reste prendrait un sens nouveau. Même nos difficultés, même nos épreuves prendraient un autre sens, à partir de cette vérité fondamentale que Dieu est là, que nous l'aimons par-dessus tout, et que le fait qu'il soit là, et qu'il existe nous comble au-delà de toute parole, de toute imagination et de tout désir possible.

Que saint Ephrem qui a si bien su sentir et chanter cette lumière de Dieu, cette beauté de Dieu, cette gloire de Dieu, nous fasse entrer dans ce mystère et nous introduise jusqu'à la délectation de ce partage du bonheur même de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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