AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE JEU DES PARADOXES

Col 3, 12-17 ; Lc 12, 32-44
St Ephrem - (9 juin 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

N

ous n'avons pas beaucoup de renseignements sur ce personnage de saint Ephrem de Ni­sibe, quant à sa vie, nous savons qu'il est né vers 306, qu'il a été baptisé adulte, qu'il a été ordonné diacre, qu'il a dû quitter Nisibe en 363 lorsque tout ce territoire est passé de l'empire romain aux Perses, et qu'il est mort en 373 à Edesse pour avoir soigné des personnes atteintes de la peste. Nous n'avons pas non plus beaucoup de traces de tous ses grands commen­taires exégétiques mais il nous reste quelque chose de très beau, ce sont les hymnes qu'il a écrites et qui peuvent peut-être nous permettre d'éclairer sa vie, la manière dont il a vécu sa vie chrétienne, sa sainteté, et peut-être de la sorte, nous éclairer sur notre propre vie et sur notre vie spirituelle.

En fait, si il est connu comme diacre, c'est pour cela que nous avons lu ce texte du serviteur, car c'est un homme qui a su, dans la démesure qui était la sienne, aller jusqu'à donner sa vie pour ses frères dans le service des malades, il est aussi connu par ces hymnes. Ce qui est caractéristique dans ces écrits, c'est qu'il aime beaucoup jouer sur les paradoxes, et je trouve que c'est très intéressant. Vous l'avez peut-être remarqué, l'évangile et toute la Bible, fourmillent de paradoxes. Souvent, nous ne savons pas quoi faire de ces paradoxes et nous pensons que nous n'avons pas à nous en préoccuper, qu'il vaut mieux aller dans des passages d'évangile qui nous sont familiers, habituels, dans lesquels on se sent bien à l'aise et au chaud. D'une certaine manière ces paradoxes sont comme une pierre sur laquelle nos pouvons chuter. Est-ce que nous acceptons de nous confronter à ce paradoxe ou au contraire, est-ce que nous le mettons de côté et nous continuons sur notre propre lancée et sur nos propres petites habitudes ?

Je voudrais lire quelques passages de ces poè­mes bourrés de paradoxes ou de lieux en fait où le haut et le bas s'assemblent, de même que le bien et le mal, etc … "C'est la nécessité qui gouverne la nature mais la raison et la volonté gouvernent la liberté". Concentrées dans ces deux petites lignes, ce qui est la quintessence de la relation entre la grâce et la liberté. C'est quelque chose à laquelle nous sommes réguliè­rement confrontés et nous sommes souvent démunis, est-ce que c'est la grâce qui prime sur la liberté de l'homme, ou alors, est-ce que l'homme est totalement libre ? Vous savez bien que c'est un point qui a été très important dans le dialogue avec nos frères pro­testants. D'autres passages concernent l'Incarnation : "Il est devenu homme par volonté, tout en étant Dieu par nature". Et encore : "Splendide et cachée fut son entrée, méprisée et manifeste sa sortie, car Il était Dieu en son entrée et homme en sa sortie".

C'est vrai qu'il aime beaucoup jouer sur les couples d'opposés, sur le divin et l'humain, sur la né­cessité et sur la liberté. C'est peut-être cela la poésie et c'est peut-être cela aussi l'évangile. Quand nous es­sayons d'avoir un discours sur Dieu, nous cherchons à formuler un discours construit, et nous n'y arrivons pas. Nous pensons alors que puisqu'on ne peut rien dire sur Dieu autant en rien dire. C'est deux opposés, soit on est capable de tout démontrer, de tout dire sur Dieu d'une manière très rationnelle, soit au contraire, c'est ce qu'on appelle la théologie négative, on ne peut rien dire.

Je crois que la gloire du poète, ce que saint Ephrem a fait, justement, c'était de montrer qu'on pouvait dire quelque chose sur Dieu, mais ce quelque chose n'est pas nécessairement de l'ordre du démon­trable, mais plutôt de l'ordre des oppositions. La vé­rité n'est peut-être pas tellement dans une démonstra­tion que l'on vous assène, mais la vérité est comme nichée au creux du paradoxe. Cette vérité ne nous tombe pas toute cuite dans la bouche, nous avons à y travailler, à vivre une sorte de combat de corps à corps avec cette vérité et avec cette présence divine. Pour reprendre un texte très connu, je pense à cette lutte entre Jacob et l'ange, et le chrétien vis-à-vis de ces paradoxes dans la Bible ou de ces paradoxes qui sont livrés par poètes comme Ephrem, le chrétien est celui qui doit prendre à bras le corps, cette poésie, ces paradoxes, afin d'y trouver des traces de Dieu.

Frères et sœurs, nous avons nous aussi dans nos vies des éléments qui nous semblent tellement para­doxaux que nous ne savons pas quoi en faire, et nous ne sommes pas capables des les mettre ensemble. Nous pensons trop souvent que nous n'avons qu'à nous réfugier dans la partie A ou dans la partie B. saint Ephrem est celui qui nous dit que Dieu n'est pas dans la pure démonstration rationnelle, mais qu'Il est véritablement au cœur du paradoxe, c'est cela un Dieu qui se fait homme, c'est cela un Dieu qui se dit "trois", qu'y a-t-il de plus paradoxal qu'un Dieu qui se dit "trois"? C'est cela un Dieu qui nous dit : vous êtes hommes et vous êtes appelés à devenir Dieu.

Frères et sœurs, que nous sachions à l'image de saint Ephrem, faire de notre vie une poésie pour Dieu, que nous sachions écrire une grande hymne à Dieu dans laquelle nous y mettrons peut-être pas seu­lement les bonnes choses, notre moralité, mais au contraire nous saurons lui donner et lui offrit ces lieux de paradoxe et ces lieux de rupture que nous traver­sons dans notre vie.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public