AU FIL DES HOMELIES

Photos

DIEU SEUL

Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33
St Romuald - (19 juin 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Q

uiconque ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple". Souvent on se dit, dans ces cas-là que l'évangile c'est pour les autres. Mais la bonne nouvelle n'est-elle pas pour tous les chrétiens ? Cette parole ne doit-elle pas résonner aujourd'hui dans nos cœurs ? "Quiconque ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple".

Bien sûr, si c'est pour les autres, Romuald est une figure exemplaire de ce renoncement. Ce jeune homme qui est d'origine noble et dont les promesses d'avenir sont grandes va voir sa vie transformée par une vision horrible, celle de l'assassinat d'un de ses parents. Il va donc se mettre à la suite peut-être d'abord pour réagir contre cet événement, de ceux qui sont des chercheurs de Dieu, tout particulièrement dans ce onzième siècle, ce siècle si obscur, dans le­quel ces moines sont un peu comme la lumière qui brille dans les ténèbres. Il va même aller plus loin dans sa recherche : fonder lui-même un monastère après être passé dans les Pyrénées, où d'ailleurs son départ n'a pas été apprécié, parce qu'il était déjà considéré comme un saint, et on a voulu l'assassiner pour avoir de ses reliques. Heureusement sans doute pour lui et pour nous, il arrive à Camaldule où un domaine lui est donné. Là, il va aller jusqu'au bout, il a une très grande soif d'absolu, il a un désir de renon­cement incommensurable. A la suite de la règle de saint Benoît, il la rend encore plus simple et peut-être plus authentique, en y ajoutant la vie érémitique, c'est-à-dire, celle des ermites, vivre tout seul.

Son biographe, Pierre Damien qui est un de ses plus illustres disciples d'ailleurs, va écrire sa vie. Et je retiens ce que dit saint Pierre Damien dans "la vie de Romuald". "Romuald, mon garçon, si tu lais­sais faire la divine grâce en ton âme, que ne réalise­rais-tu pas ? Mais tu veux agir par toi-même et tu gâtes tout". Les saints ne sont pas à l'abri de certaines erreurs, et un tempérament comme celui de Romuald pourrait faire penser que son désir et sa soif d'absolu, ne tiennent en somme qu'à lui, qu'à sa pure volonté. C'est ainsi qu'on interprètera du coup, le renoncement pour les autres. En somme, ne peuvent renoncer à tous les biens que ceux qui ont une volonté d'acier, que ceux qui peut-être n'ont plus rien à perdre, et pour moi, pauvre petite âme faible qui ait besoin de la ten­dresse et de la miséricorde de Dieu, je ne me sens pas de renoncer à tous mes biens. Mais, ce renoncement à tous les biens, c'est pour un plus, c'est pour être vrai­ment disciple du Christ.

La question nous est donc posée à nous au­jourd'hui à travers cette figure de saint Romuald. A quoi peut servir pour nous aujourd'hui, dans notre monde plein, dans notre monde bruyant, dans notre monde en constante évolution, changement, voire bouleversement, de célébrer la figure d'un solitaire, d'un assoiffé de Dieu qui renonce à tout, et s'exclut en somme de ce monde ? Il me semble que pour y ré­pondre, il faut considérer une chose : c'est qu'en somme comme le dit l'Ecclésiaste : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil". Le onzième siècle, comme maintenant le vingt-et-unième siècle, à dix siècles de différence, ne sont pas si différents que cela. On peut très bien voir un de ses parents tué ou assassiné au coin de la rue d'Italie. Cela provoquera-t-il pour nous un renoncement ? Peut-être mais si c'est par dégoût, cela n'a aucun intérêt. Si c'est pour être le disciple du Christ, là est naturellement, l'intérêt de renoncer à tout. Mais le renoncement dans la discipline chré­tienne n'est dans ces cas-là, pas un élément négatif de la vie du chrétien, mais au contraire, c'est inscrit dans la vocation baptismale dont chacun est appelé à réali­ser ce que saint Romuald nous montre de manière presque unique, c'est d'être à Dieu seul, c'est d'appar­tenir seulement à Dieu, c'est de vivre en tout et pour tout, seulement avec Lui. Dans ce sens, le monde ne me gêne pas, les autres ne m'indiffèrent pas, en ce sens, ma vie ne me dégoûte pas, mais dans le silence, dans ce sentiment d'appartenir à Dieu seul, parce que chacun d'entre nous en somme, nous sommes ermites, je découvre, ou je lis d'une autre manière ce que je vis, et ce que le monde me donne à voir.

Antoine de saint Exupéry écrivait, et cela pourrait s'appliquer du coup bien sûr à saint Romuald, mais à chacun d'entre nous lorsqu'il dit : "c'est alors que je compris que celui-là qui connaît le sourire de la statue, ou la beauté du paysage, ou le silence du temple, c'est Dieu qu'il trouve, puisqu'il dépasse l'objet pour atteindre la clé et les mots pour entendre le cantique, et la nuit et les étoiles pour éprouver l'éternité".

Belle vocation que celle de saint Romuald, belle vocation de chacun d'entre nous, si parce que nous sommes chrétiens, nous arrivons à dépasser (dans passer, il y a le mot pâque), pour entrer déjà à travers ce monde dans la perspective de la beauté éternelle et de la vie avec Dieu.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public