AU FIL DES HOMELIES

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LA RADICALITÉ ÉVANGELIQUE

Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33
St Romuald - (19 juin 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

ès que l'on a une figure monastique un peu intense, nous avons droit à ces passages d'évangile qui rappellent toute l'exigence de la Bonne Nouvelle du Seigneur. Bonne Nouvelle, c'en est une certainement, mais elle nous pose la question : haïr sa famille, prendre sa croix, se renoncer, ne pas regarder en arrière, tout cela ensuite nous fait souvent méditer sur le fait qu'on va les honorer, car quelques saints ont suivi ainsi le Christ, nous, nous en sommes incapables. Pourtant, de par la grâce de notre baptême, est inscrite ce que l'on appelle la radicalité évangélique. Pour chaque homme il y a au plus profond de lui, cet appel à être pour Dieu, ou seulement à Dieu, ce que veut dire d'ailleurs le mot "moine", "monos".

Rappelons-nous qu'ultimement, même si nous sommes très mondains, très citadins, aimant la foule et la communauté, il n'empêche que nous serons un jour face à Dieu, seul, et là nous aurons à choisir pour ou contre lui. Nous n'aurons plus, et c'est ce que veut dire l'évangile, à regarder en arrière et voir tous les attachements qui nous retiennent encore, mais simplement à dire "oui", ou "non", au Seigneur. Cette façon de voir peut nous faire comprendre que ce que nous vivons ne peut prendre sens que de sa fin, et que si nous contemplons notre destinée ultime, ensuite, quelques-uns veulent simplement précipiter cette destinée en en prenant dès aujourd'hui les moyens, et en laissant tout ce qui attache, tout ce qui encombre notre vie pour ne se destiner déjà plus qu'à Dieu seul.

Ne nous faisons pas d'illusion, les moines le savent bien, ce n'est pas non plus parce qu'on a prononcé des vœux que l'on est définitivement détaché. On ne cesse de vouloir rattraper ce que l'on a quitté, et que l'on s'attache parfois à beaucoup plus de petites choses qu'on ne l'aurait fait en en ayant de grandes dans la vie auparavant. Il faut donc avoir au cœur, le fait que le Seigneur nous veut pour lui. Il nous veut entièrement à lui, c'est d'abord son désir, il ne s'agit pas pour nous d'avoir avant tout une sorte de vertu héroïque qui consisterait à vouloir vraiment tout quitter, être dans le silence, vivre seul dans l'abstinence, le jeûne, les mortifications, telles que Romuald l'a vécu, comme si finalement, cet attachement ne dépendant que de nous, sachant que c'est toujours Dieu qui s'attache à nous en premier. C'est d'abord lui qui vient nous désirer, nous faire connaître son envie d'être seulement à lui. C'est lui qui ne cesse de faire ce premier pas et qui vient à la rencontre des hommes, qui a croisé les routes humaines, qui a appelé Matthieu le publicain, Marie-Madeleine, en passant par ces multiples visages qui nous sont présentés dans l'évangile qui reçoivent ce désir de Jésus d'être avec eux. Il le dit à Zachée : "Je veux être aujourd'hui avec toi". C'est l'histoire aussi de Marthe et Marie dont Jésus dit qu'elle a choisi la meilleure part, c'est-à-dire que tout être qui a compris l'essentiel de sa vie, c'était cet attachement ultime au Seigneur, a compris pourquoi Dieu est vraiment le Dieu d'amour. Il a un attachement instinctif pour toujours et indéfectible à chacun d'entre nous. Dieu n'aime pas les hommes de manière générale. Il les aime de manière particulière, personnelle, dans notre histoire, dans ce que nous sommes, et ce qu'il veut, c'est nous, chacun d'entre nous. C'est son désir qui devient porteur de mon propre désir de lui appartenir. Quand on a compris cela, après éventuellement, on peut tout quitter, si l'on a saisi l'essentiel.

Lorsque saint Romuald après avoir fait un essai de vie monastique (il est né en 950 à Ravenne), a voulu fonder l'ordre des Camaldules, c'est-à-dire ces ermites qui peuvent vivre les uns à côté des autres, et éventuellement aussi choisir la vie communautaire, ce qui est intéressant, c'est qu'il a permis à tous ceux qui le veulent de vivre cet attachement. Il n'a pas fondé un ordre en disant que c'était celui-là qui était le meilleur et que tous les autres se sont trompés, puisque à l'intérieur même de son ordre, il permettait que la vie communautaire soit possible, mais également la vie érémitique, en fonction des évolutions et de l'histoire de chacun.

Voilà quelqu'un d'intelligent dans la vie monastique. Pourquoi ? parce qu'il nous rappelle que dans notre propre situation quelle qu'elle soit, que nous aimions la compagnie, ou que nous préférions le silence, il faut que l'un et l'autre puisse toujours signifier que c'est pour Dieu que l'on veut vivre, ou la communion dans la plénitude de la rencontre, ou que l'on veut vivre la communion d'un dialogue seul à seul avec le Seigneur, et le tout forme la communauté des chrétiens, et le tout, c'est l'Église, et le tout, c'est cette humanité rachetée, une épouse qui dit : "Viens" à son Seigneur parce qu'elle l'aime, en réponse au Christ lui-même qui par la voix de Dieu à l'origine a cherché l'homme : "Adam, où es-tu ?"

 

AMEN


 

 

 

 
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