AU FIL DES HOMELIES

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LA VRAIE SAINTETÉ

Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33
St Romuald - (19 juin 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

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avenne, Venise, saint Michel de Cuxa, Rome, Arrezo, Camaldoli. Aujourd'hui, tous ces noms-là se retrouvent dans les guides touristiques. Ils sont devenus des lieux où l'on s'extasie devant la réussite de ces villes, de ces monuments, de ces églises qui comptent parmi les plus beaux témoignages de notre histoire européenne. Personne, je crois, ne sait que ces villes, ces églises ou ces monastères ont été le lieu de la présence priante et missionnaire de saint Romuald, car il est un illustre inconnu, on ne sait même pas qui c'est. Il a vécu dans ce qu'on a parfois appelé le siècle de fer, au dixième siècle qui est sans doute un des moments les plus tristes et les plus durs de l'histoire de l'Europe, désorganisation totale de la société, et une organisation très fragile de l'Église. Romuald a vécu dans ces lieux-là l'aventure de sa sainteté qu'un de ses biographes moderne a appelé : "Du monastère à la cité". C'est dire que pour Romuald, le problème n'était pas ou le monastère ou la cité, mais c'était de concilier l'un et l'autre dans son unique aspiration à l'amour de Dieu.

Romuald est né à Ravenne en 951. Il a grandi là et très tôt, il a voulu être moine. Ceux qui connaissent Ravenne ont peut-être en mémoire la magnifique cathédrale de saint Apollinaire avec ses magnifiques mosaïques byzantines. C'est sous ses voûtes que Romuald a prié, a prêché, a aimé le Christ et a vécu. Et cependant, comme il était très rigoureux sur la règle, les moines ne l'ont pas supporté et ils lui ont demandé d'aller se faire voir ailleurs. Du coup, il est parti sur la lagune de Venise, à cent kilomètres de là. A Venise, il a été une sorte de franciscain avant la lettre, vivant au milieu des pauvres gens qui extrayaient le sel qui était la seule richesse de l'époque, venant des marais salants de la lagune de Venise, prêchant le Christ et vivant une certaine errance jusqu'à ce qu'il devienne l'ami du Doge. Ce Doge avait lui aussi des aspirations religieuses extrêmement profondes, et ils ont décidé tous les deux, lui le Doge de quitter son poste, et Romuald de quitter sa lagune et ils sont partis tous les deux dans un monastère assez célèbre à l'époque, que nous connaissons encore aujourd'hui : Saint Michel de Cuxa. Ils y ont passé ensemble cinq ou six ans, au milieu de la communauté monastique qui était d'une très grande vitalité, on en garde encore de magnifiques évangéliaires et manuscrits enluminés et chose curieuse, et le cloître est à New-York. Cela n'a pas suffi à retenir Romuald, mais il y a approfondi sa vie avec le Christ, mais ce n'était pas tout à fait ce qu'il cherchait.

Il est retourné à Ravenne et saint Apollinaire ne marche pas non plus, et il est obligé de s'enfuir. Il cherche refuge à Rome, pensant que le soutien du pape pourrait l'aider mieux à trouver sa voie. Ce n'est pas le pape qui va l'aider, mais curieusement l'empereur germanique, Otton III, homme assez pieux, s'était trouvé surpris à Rome car à cette époque chaque élection pontificale était une bagarre, c'étaient des clans et des familles qui se disputaient pour placer leurs candidats. Aujourd'hui, les conclaves sont beaucoup plus cools, si vous voulez avoir une idée du climat de l'époque, vous pouvez lire le livre de Gertrude Von Le Fort : le Pape du Ghetto. Romuald voyant que Otton III était pratiquement l'otage d'un clan de Rome, l'aide à sortir de la ville et lui sauve la vie. Du coup, évidemment, l'empereur lui voue une grande reconnaissance et il veut lui donner une abbaye. Il lui en cède plusieurs, et une de celles dans laquelle Romuald va se sentir le mieux, c'est celle des Camaldoli, qui a donné le nom à la famille des camaldules, c'est-à-dire des ermites qui vivent dans des monastères, une sorte de formule de chartreuse avant la lettre. C'est comme cela qu'on a retenu le message de Romuald.

Là encore, ce n'est pas tout à fait vrai. Romuald est comme saint François, il n'a rien écrit, cela ne l'intéresse pas d'écrire. Le principal disciple de Romuald, saint Pierre Damien qui avait la plume beaucoup plus facile devient son hagiographe officiel, il a récupéré les abbayes que l'empereur Otton III avait donné à Romuald, pour leur donner une règle plus stricte, plus fixe et davantage orientée. Les camaldules sont devenus des quasi chartreux, complètement cloîtrés, mais ce n'était pas du tout l'idée de saint Romuald. Il aurait voulu un monachisme entre le monastère et la cité, il voulait à la fois pouvoir se retirer de temps en temps dans un monastère, et à certains moments, être dans le monde pour pouvoir annoncer l'évangile. C'est une figure assez sympathique, sans doute assez tourmentée à l'image de son époque, mais en même temps extrêmement hésitante et incertaine. C'est un petit peu de l'humour de la liturgie que de le comparer à l'homme qui s'assied avant de bâtir la tour ou d'engager le combat. Si j'en crois les biographes, ce n'est pas exactement ce qu'a fait ce pauvre Romuald. Il n'a jamais su s'il fallait ou non bâtir la tour ou s'il fallait partir au combat. Il y est allé au flair, avec son instinct, il a essayé petit à petit de se débrouiller dans des situations inextricables comme celles de Rome où il était vers les années mille et dix, et à vues humaines, il ne s'en est pas si bien sorti.

C'est là où l'on voit ce qu'est la sainteté. La sainteté ce n'est pas de réussir forcément des choses extraordinaires, mais c'est qu'à partir du moment où l'on vit pour Dieu, où l'on essaie de l'annoncer il y a quelque chose du mystère de la grâce et du salut qui passe même par les hommes les plus hésitants et les plus indécis. Sans doute Romuald est-il de ceux-là, c'est un homme qui a accepté de traverser son époque en ressentant intérieurement tous les bouleversements de son temps, et il en a vu pas mal, mais en même temps, avec cette confiance et cette espérance que de toute façon le mystère du salut et de la grâce est annoncé.

Demandons-lui qu'il nous aide nous aussi à pouvoir avoir la même attitude de confiance et d'espérance malgré toutes les vicissitudes et les incertitudes de notre temps.

 

AMEN

 

 

 

 
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