AU FIL DES HOMELIES

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Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33
St Romuald - (19 juin 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Cloître de Saint Michel de Cuxa

F

rères et sœurs, dans cet évangile, il est question de renoncer à tous ses biens. Je vais y revenir dans un instant, mais avant cela je vais brièvement vous dessiner la vie de saint Romuald.

Saint Romuald est un homme issu d'une famille aristocratique, de la deuxième moitié du dixième siècle, venant de Ravenne C'est la partie italienne encore fortement hellénisée, marquée par l'influence de l'Église orientale. Ce jeune homme aristocrate, voit un jour son père, provoquer un duel et tuer celui qui est en face de lui. Il invite son père à faire pénitence, et comme son père refuse, Romuald quitte sa famille et entre dans une communauté bénédictine. Là, semble-t-il, parce qu'il s'exerce à vivre la vie monastique le mieux possible, ses frères sont jaloux de cette exemplarité, et sont à deux doigts de le tuer.

Il part un peu plus au nord, vers Venise, et là il se met sous la coupe d'un ermite qui s'appelle Marin, avec qui il va vivre pendant plusieurs années. Le temps passe, et un jour, si vous me passez l'expression, il part dans les bagages du doge de Venise et nous le retrouvons dans l'abbaye de Saint Michel de Cuxa, à la frontière actuelle entre l'Espagne et la France ; il va y rester un moment, vivant une vie érémitique. Les villages aux alentours sont impressionnés par son charisme, sa vie de prière. Entre-temps, son père ayant fait pénitence, est entré dans une communauté monastique, mais son père veut quitter cette vie pour revenir dans le monde. Romuald décide de quitter Saint Michel de Cuxa pour essayer de raisonner son père, et les villages des alentours furieux de voir un saint partir, décident de le tuer pour s'emparer de son corps, ainsi quand il sera mort, ils sont sûrs de garder le corps et d'avoir un saint parmi eux. Saint Romuald s'échappe, et repart en Italie où il meurt en odeur de sainteté.

Ce que j'ai voulu faire ressortir dans sa vie, c'est que par rapport à l'évangile que nous avons entendu, "laisser ses biens", souvent, nous avons le sentiment que laisser ses biens, c'est laisser soit certaines qualités que nous avons, soit laisser de côté certaines richesses matérielles. Bien sûr, c'est vrai. Mais la richesse se niche à un endroit encore plus pervers, car le Christ nous demande de laisser la richesse que nous voulons toujours garder, c'est-à-dire l'image que les autres font de nous. C'est la pire des choses. La plus grande richesse c'est de vouloir s'abreuver à l'image que les autres font de vous. Et lui, Romuald, il possédait tout.

La première image qu'il avait, c'était de faire partie d'une société éblouissante, riche, avec le pouvoir et tout ce qu'il fallait. La deuxième image dont il a dû se débarrasser, c'est l'image de sa première communauté monastique : comme les autres vivent comme ça, même si ce n'est pas tout à fait la vie telle que le demande saint Benoît, je vais faire comme les autres. Non, là encore, il a voulu se dessaisir de cette communauté qui voulait qu'il soit comme tout le monde. Et enfin, arrivé dans ce village, quelle grande tentation d'être le saint du village (pas le ravi), mais le saint du village, ce qui était un peu vrai : je suis un bon moine, un bon ermite. Et là encre, il a voulu se dessaisir de cette image que les autres lui renvoyaient.

En fait, en écoutant cet évangile et en retraçant brièvement la vie de saint Romuald, je pensais à tous ces moments dans l'évangile au cours desquels le Christ, tel une anguille se dessaisit de cette foule qui veut le saisir, soit pour le tuer, soit pour le faire roi. Aujourd'hui, ce que nous célébrons à travers saint Romuald, c'est une sorte de résumé de la vie occidentale et orientale avec à la fois, la vie communautaire et puis la vie érémitique, mais c'est encore davantage. Ce que nous célébrons, c'est la liberté. C'est très difficile, parce que ce que saint Romuald nous apprend par rapport à notre vie d'aujourd'hui, c'est que notre grande tentation est de coller à l'image ambiante de la société, et attention, parce que le péché n'est pas uniquement du côté de la société, il est aussi du côté de l'Église, c'est de dire : collons à l'image du bon chrétien que quelquefois on nous oblige d'être dans notre Église. Et Romuald est un homme libre parmi le monde libre.

Je crois que c'est cela que nous avons à retenir dans notre vie. Nous ne sommes peut-être pas appelés à vivre comme ermites au fin fond de la forêt ou de la montagne, là n'est pas la question. Ce que Romuald nous apprend, c'est que fondamentalement nous sommes appelés à une relation libre avec le Christ, et que tout le reste doit être ordonné à cette relation libre. Et si quelquefois au cœur de la société ou au cœur de l'Église, cette relation est abîmée, il faut savoir se dessaisir, il faut savoir partir et se tourner simplement vers le Christ.

 

 

AMEN

 

 

 
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