AU FIL DES HOMELIES

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CHERCHER DIEU

Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33
St Romuald - (19 juin 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Solitude … -Alost

F

rères et sœurs, en écoutant les paroles de cet évangile sur la construction de la tour et de l'affrontement armé, nous trouvons là une des clés de la vie de saint Romuald qui peut nous être fort utile dans notre vie.

Saint Romuald est un jeune homme qui vit à Ravenne dans les années 950-970. Ravenne est une ville qui vit dans l'orbite de Venise, et c'est un des endroits qui avait été épargné par tous les malheurs qui s'étaient abattus sur l'Europe de l'Ouest avec les invasions, la désorganisation de l'empire romain. Ravenne est une ville aisée, commerçante, Romuald vit dans ce contexte-là et il semble qu'il ait eu une jeunesse dorée, on disait facilement que c'était une vie dissolue mais le terme est un peu exagéré.

Tout à coup, il est saisi par Dieu et il comprend que le sens profond de sa vie c'est de chercher Dieu. A Ravenne il y a une collection fabuleuse de monuments et de mosaïques merveilleuses et il n'a que l'embarras du choix. Il veut être moine et il se rend compte qu'il voudrait vivre dans une certaine solitude. Il ne trouve pas son compte dans la ville de Ravenne, trop facile pour lui, il connaît trop de monde. Il décide de se retirer dans les Apennins, dans la montagne plus sauvage qu'aujourd'hui, et là il essaie de vivre seul. D'après les quelques témoignages qui nous sont parvenus, cette vie solitaire ne l'a pas véritablement comblé, du moins dans les attentes qu'il portait en lui.

Providentiellement il a rencontré dans les parages, toujours dans la montagne, des ermites qui vivaient chacun dans leur petit ermitage, avec une certaine vie communautaire, avec une règle, s'isolant quand ils voulaient s'isoler, se rassemblant quand ils voulaient se rassembler, vivre ensemble partager ensemble la prière, partager un certain nombre de tâches. Saint Romuald a trouvé là ce qu'il cherchait. Il a compris que la vie monastique qu'il désirait était à la fois une recherche solitaire, mais en même temps, il fallait d'une manière ou d'une autre pouvoir partager cela. Comme ce petit groupe de moines vivait dans un endroit qui s'appelait Camaldoli, cela a donné le nom de Camaldules dont on attribue pratiquement la fondation à saint Romuald. Il y a certainement contribué, mais il avait déjà trouvé un modèle sur place et il s'est contenté de lui donner une certaine formalisation et d'organiser cette vie.

Cela montre d'une part que l'itinéraire et la recherche de ces hommes comme saint Romuald n'a pas toujours été facile. Il a cherché longtemps. Deuxièmement, cela montre que pour Romuald, la dimension essentielle de sa vie ne pouvait pas se vivre ou bien uniquement avec une chose ou bien avec uniquement l'autre. Il aurait pu rester dans les couvents bénédictins qu'il avait connu, mais il n'y est pas resté. Il aurait pu essayer de s'obstiner à rester tout seul dans la montagne, il n'y est pas resté. Finalement c'est l'équilibre entre les deux tendances qui lui a permis de trouver sa véritable vocation, à la fois pouvoir de temps en temps vaquer dans la solitude, à la prière, à la contemplation, et en même temps en partager les fruits avec ses frères qui cherchaient la même chose. C'est à la fois un rythme de vie commune, qu'on appelle cénobitique, et à la fois une vie de prière qu'on appelle la vie érémitique.

Nous ne vivons plus dans le même contexte, nous ne vivons plus dans une sorte d'isolement complet monastique, tous les monastères sont reliés à Internet. Il est illusoire aujourd'hui de vouloir, à quelques exceptions près que les moines vivent dans une solitude absolue.

Ce qu'il faut retenir, c'est que saint Romuald peut aussi être quelqu'un d'enrichissant pour chacun d'entre nous. En réalité, il nous montre là que la vie chrétienne tout court, pas monastique, pas sacerdotale, pas engagée dans des mouvements, mais la plus fondamentale, la plus essentielle, qui est la vie baptismale, elle se vit avec ce rythme d'aller et venue. Il y a une dimension de notre vie qui est la dimension d'une recherche solitaire de Dieu au plus intime de notre cœur, dans une sorte de réflexion, de méditation personnelle, quelque chose de très précieux et de fondamental pour nous et qui traduit notre recherche de Dieu et qui parfois, dans son fond même n'est pas toujours facilement partageable. Mais en même temps, cette dimension solitaire a toujours besoin d'un complément qui n'est peut-être pas la vie monastique, mais qui est le fait qu'il existe des communautés chrétiennes dans lesquelles on peut simplement, par la prière, par la célébration des sacrements, par les rencontres, par les services mutuels, honorer cette dimension de la vie commune, de l'attention aux autres et du partage de ce que nous portons au plus profond de notre cœur.

Je crois qu'on peut demander à saint Romuald qui a vécu cela de façon très profonde, et même avec un certain paroxysme, qu'il nous aide nous-même, que nous soyons religieux, moines, laïcs, à trouver ce rythme de complémentarité entre notre recherche personnelle singulière de Dieu et d'autre part la possibilité de ce partage qui nous aide les uns les autres à vivre dans la communauté de l'Église, dans la communauté de la charité qui nous apprend à chercher Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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