AU FIL DES HOMELIES

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L'HUMANITÉ DU CHRIST FAIT NOTRE COMMUNION

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1994)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

ous serez peut-être étonnés que j'utilise saint Cyrille pour vous parler de Laure. Cela de­mande un petit détour, mais je crois que le détour en vaut la peine.

Saint Cyrille est un homme qui a défendu la réalité que le Christ était vraiment un, parce qu'à l'époque il y avait des Nestoriens qui prétendaient que Jésus, qui était un homme comme chacun de nous, était le lieu d'une présence divine, d'une présence spéciale, d'une présence particulière, d'une présence beaucoup plus sainte, beaucoup plus forte, beaucoup plus profonde que pour n'importe lequel d'entre nous. Jésus, cet homme était "le saint de Dieu", c'est-à-dire un homme d'une sainteté, d'une fidélité, d'une profondeur telle qu'Il avait été totalement saisi par la présence de Dieu Mais au fond, le Christ était pour ces hérétiques, un homme habité par Dieu Et saint Cyrille a vu tout de suite le danger et il a dit : "Non, ce qu'il faut expliquer, c'est que le Christ est un". Or ce n'est pas si simple que cela et je ne vais pas vous faire un cours de théologie pour vous expliquer comment on résout le problème.

Dire que le Christ est un c'est dire qu'Il n'a qu'une seule personnalité. C'est sûr qu'Il est homme, mais quand Il disait "Je" ce n'était pas un "Je" hu­main. Ce "Je" c'était Dieu, c'était le Verbe de Dieu. Autrement dit, le Christ était un parce qu'Il n'était qu'une seule personne. Il était vraiment Dieu, Il avait pris la condition des hommes, Il avait pris notre exis­tence humaine, Il menait une existence humaine en tout semblable à nous et ce n'était pas pour faire sem­blant. Mais Celui qui avait pris totalement la condi­tion humaine était une personne qui était Dieu. Au premier abord, cela parait des subtilités.

En réalité cela veut dire que sa vie humaine, Il ne la vivait pas tout à fait comme nous. Sa vie hu­maine, son existence humaine, pour nous, nous la vivons chacun pour soi. Non pas que nous n'aimions pas les autres, mais : notre vie nous appartient. Nous gérons notre vie. Notre vie est à nous. Nous sommes des hommes, des femmes capables de mener d'une certaine manière notre vie, pour nous. Et ce n'est pas un péché ni de l'égoïsme, c'est ainsi. Nous possédons humainement notre nature humaine, nous possédons notre vie et notre existence humaine.

Dans le cas de Jésus, Il ne s'appartient pas humainement. Humainement, Il appartient à Dieu. Toute son humanité, tout ce qu'Il est, tout ce qu'Il a vécu, tous les gestes qu'Il a posés, c'était pour ainsi dire une existence humaine qui ne s'appartenait plus. C'était une existence humaine qui, radicalement, ap­partenait à Dieu. Or c'est cela le mystère du Christ. C'est que son humanité, tout ce qu'Il a vécu, tout ce qu'Il a partagé avec nous ne lui appartenait pas, mais appartenait à Dieu. Et cela n'appartenait pas à Dieu pour Lui, pour Dieu, mais pour nous. Autrement dit, quand Jésus était une personne divine, vivant une existence humaine, tout ce qu'Il vivait comme homme, c'était pour Dieu et à travers Dieu pour nous. C'était pour nous les hommes et pour notre salut, comme nous le disons tous les dimanches dans le "Je crois en Dieu" et comme saint Cyrille l'a défini.

Et cela veut dire que, désormais, tout ce que le Christ a fait pour nous, sa naissance, sa vie, ses miracles, sa présence, son amitié pour ses disciples, sa Parole, sa prédication, sa Passion, sa mort, sa Résur­rection, tout cela nous est donné pour nous. Jésus a vécu tout cela non pas pour lui mais pour son Père et finalement pour nous, "pour nous les hommes et pour notre salut". Et donc parce qu'Il a vécu cette existence humaine totalement désapproprié, totalement donné à son Père, Il a vécu totalement donné à nous. Et le résultat de cela, c'est que cette existence radicalement donnée, radicalement offerte à Dieu et à nous, parce qu'elle était totalement donnée, est devenue comme le lien normal, extraordinaire de l'unité entre tous les hommes. Désormais, parce que le Christ a voulu que son humanité nous soit donnée à chacun de nous, et c'est elle que nous recevons par tous les sacrements, Il a voulu que cette humanité soit le lien qui nous réunit tous ensemble dans une seule communion, dans une seule vie. Le fait que Jésus ait vécu son humanité pour nous, sans rien garder pour Lui, a permis que son humanité devienne le ciment possible de l'huma­nité. Et c'est ce que nous appelons la "communion des saints".

Et c'est la raison pour laquelle, quand nous sommes maintenant dans cette église pour prier pour Laure, notre geste a du sens. Nous croyons que cette humanité de Jésus était tellement pour chacun d'entre nous, pour Laure comme pour nous, pour ceux qui sont auprès de Dieu comme pour ceux qui sont ici-bas sur la terre, pour ceux qui vivent dans l'éternité du Royaume et pour ceux qui vivent dans l'obscurité, la peine, la douleur et le chagrin, nous croyons que cette humanité de Jésus est capable de créer un lien si fort et si grand que ce lien est plus fort que la mort. Et aujourd'hui, le lien qui nous unit à Laure, même si ce n'est qu'objet de foi, c'est-à-dire que nous le voyons comme aveuglément, ce lien qui nous unit c'est l'hu­manité de Jésus, telle qu'elle a été donnée à Laure tout au long de sa vie, au long même de sa souffrance, au cœur même de sa mort et l'humanité de Jésus telle qu'elle nous est donnée aujourd'hui, à chacun d'entre nous, dans la situation où nous nous trouvons.

Et quand nous sommes chrétiens, quand nous sommes fidèles à saint Cyrille, nous voulons dire que le lien entre tous les humains, entre tous les chrétiens, entre tous les vivants et tous ceux qui sont dans le Royaume, ce lien unique de grâce, ce lien unique c'est l'humanité de Jésus, parce qu'Il s'en est totalement désapproprié pour nous la donner à chacun en pléni­tude et faire de nous une seule famille, un seul peuple, un seul Royaume ou encore ce que nous appelons la "communion des saints". Et c'est pour cela que le corps du Christ est comme le milieu conducteur de notre prière, le milieu conducteur de notre commu­nion aujourd'hui avec Laure, comme le milieu conducteur de notre foi, de notre espérance et de notre confiance en Dieu pour l'infini de sa bonté et de sa miséricorde.

C'est une des choses peut-être les plus diffi­ciles à croire aujourd'hui, quelles que soient les cir­constances, quel que soit l'itinéraire de notre foi. C'est de croire que, désormais, tous les liens entre tous les hommes, entre tous les chrétiens, mystérieusement, passent par l'humanité de Jésus, par cette humanité concrète qu'Il a vécue pour nous, pour nous rassembler en un seul peuple.

C'est pour cela qu'aujourd'hui encore, pour saint Cyrille, nous lisons l'évangile du Pasteur car le pasteur donne sa vie pour ses brebis, vous imaginez à quelle profondeur ! Et si donner sa vie ce n'est pas seulement donner quelque chose de soi, mais c'est donner tout ce qu'on est humainement, de le donner divinement, comme une personne. Et parce que cha­cun d'entre nous reçoit la plénitude de ce don, reçoit la plénitude de cette humanité, chacun d'entre nous sait que, désormais, le lien entre nous et tous ceux qui nous sont chers, dans la foi, dans l'espérance et dans la communion de la charité, c'est le Christ Lui-même.

Je sais que cela ne guérit pas notre peine, cela n'apaise pas le chagrin. Et pourtant cela c'est le cœur même de notre foi, c'est le cœur même de notre exis­tence. Pour chacun de nous, quand nous sommes ici rassemblés et que nous allons recevoir le corps et le sang du Christ, il faut le prendre au sens le plus ré­aliste, le plus fort qui soit, c'est vraiment ce corps qui fait l'unité et la communion entre nous. Et bien ce corps que nous, nous recevons sous les apparences du pain et du vin, ce corps c'est la réalité même du Christ, c'est le Christ total qui fait la communion de toute l'humanité, depuis le début jusqu'à la fin et par toutes les extrémités de la terre. Et croire au Christ c'est cela. Et croire que le Christ a pu vaincre la mort, c'est croire que le Christ, par la force de cet amour par lequel Il a livré son corps et son existence humaine et tout ce qu'Il a vécu pour nous, est plus fort que ce qui, pour nous, est l'agent le plus terrible de la division et de la séparation et qui est la mort. C'est pourquoi, à chaque eucharistie, lorsque nous célébrons le mystère du corps et du sang du Christ, comme le dit la liturgie, "nous proclamons la Résurrection". Nous la procla­mons pour nous tous, nous la proclamons pour Laure, nous la proclamons pour l'humanité tout entière.

 

 

AMEN

 

 
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