AU FIL DES HOMELIES

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VRAI DIEU ET VRAI HOMME

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1996)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, saint Cyrille d'Alexandrie a combattu pour que soit reconnu dans le Christ Jésus le Vrai Dieu, Dieu le Fils, l'égal du Père (nous venons de l'entendre dans l'évangile : "Le Père et moi sommes un, " et un homme véritable. Il s'est battu aussi bien dans un sens que dans l'autre. Il re­vient sans cesse, dans ses écrits, sur la divinité de Jésus, mais aussi sur la faiblesse, sur le caractère li­mité et vulnérable de cette humanité en tout sembla­ble à la nôtre.

La foi chrétienne est faite de paradoxes. Elle n'est pas facile à saisir et nous sommes sans cesse confrontés au mystère. De manière régulière, à travers l'histoire de l'Église, on a voulu simplifier les choses. Un Dieu unique en trois personnes, c'est si compli­qué ! Ce serait tellement plus simple de dire qu'il y a une unique personne qui æ présente sous trois aspects différents ou bien qu'il y a un seul Dieu, le Père, et des dieux secondaires, le Fils et l'Esprit, pas tout à fait Dieu. Ces hérésies ont été professées, c'était le modé­lisme et l'arianisme dont je viens de vous résumer rapidement la position. Dans tous ces cas, il s'agit de rendre raisonnable la foi, de la rendre assimilable et de la faire coïncider avec une réflexion tout humaine. Un Dieu et ses émissaires, soit ! Mais un Dieu unique qui n'est pas seul, mais communion, quel mystère profond et insondable ! Il en va de même pour le Christ. Dire qu'Il est à la fois Dieu et homme, c'est proprement inimaginable, à la limite du compréhensi­ble. Pour simplifier les choses, Nestorius disait que le Christ était un homme habité par la présence de Dieu, un homme dans lequel Dieu était venu faire sa de­meure. Si bien qu'entre Cyrille et Nestorius, la que­relle s'est portée sur la manière de saluer la Vierge Marie. Pour Nestorius, elle était Mère du Christ, c'est-à-dire Mère de cet homme en qui Dieu venait faire sa demeure. Envers et contre tout, Cyrille a défendu qu'elle était la Mère de Dieu, c'est-à-dire la Mère d'un Etre qui est véritablement homme et Dieu. Que Marie soit la Mère de l'humanité de Jésus, c'est trop évident, c'est elle qui l'a reçu, mais parce qu'Il est vraiment Dieu et vraiment homme dans l'unité d'une unique personne qui est à la fois l'un et l'autre elle est Mère de Dieu. Chose difficilement compréhensible, mais qui rencontrait obscurément la certitude et la foi populaires qui ont acclamé, au Concile d'Ephèse, ce titre de Marie Mère de Dieu que nous employons constamment.

Il faut bien comprendre que ce que disait Nestorius transformait le Christ en ce que nous som­mes tous, en tout cas ce que Dieu par sa grâce veut faire de nous, des êtres humains en qui demeure une certaine présence de Dieu. C'était une affaire de degré qui rendait Dieu incomparablement plus présent en Jésus qu'en nous, mais cette présence de Dieu en Jé­sus, grâce exceptionnelle et supérieure, était de même nature que celle par laquelle Dieu est présent en nous par notre baptême. Saint Cyrille a voulu défendre quelque chose de beaucoup plus difficile à compren­dre, mais qui est le noyau de notre foi. Jésus est vrai­ment Dieu, vraiment le Fils du Père. Non pas un homme surélevé à devenir proche de Dieu à cause de ses mérites et de son exceptionnelle sainteté, mais un Dieu qui se fait homme. Non pas un homme pris de la folie des grandeurs et qui se prend pour Dieu, mais Dieu qui est pris de la folie de la petitesse et qui se fait homme. Dieu qui vient jusqu'à nous, se met à notre portée et se laisse toucher. C'est pour cela que Cyrille a autant insisté sur la faiblesse humaine de Jésus que sur sa parfaite égalité avec le Père dans une unique nature divine. Tout le mystère et la richesse de notre foi résident en cela. Qu'un homme soit aimé de Dieu, que sa sainteté soit récompensée, que Dieu éta­blisse un lien d'amitié entre Lui et l'homme, c'est déjà merveilleux, mais nous pouvons le comprendre. Que Dieu inaccessible se fasse homme, vienne sur la terre, soit l'un de nous, en tout semblable à nous, voilà en revanche qui est à la fois le mystère et la chose la plus merveilleuse, celle qui fait que notre foi peut nous transporter d'enthousiasme. Dieu nous aime tellement qu'Il a voulu être notre frère, être comme nous, en tout semblable en nous. Il a voulu naître, vivre, gran­dir, apprendre, souffrir, mourir, comme nous. Quoi que nous fassions, Dieu l'a fait comme nous et Il le fait avec nous et Il peut ainsi donner une dimension incommensurable à tout évènement de notre vie puis­que tout ce que nous sommes et que nous faisons, Dieu a voulu le partager.

Il faut que nous sachions accepter ce mystère qui n'est pas immédiatement à la hauteur de notre intelligence et de notre raison, mais qui nous dépayse et nous fait aller plus loin, plus profond, pour nous conduire jusqu'aux secrets de Dieu qui transfigure notre vision du monde et notre propre vie.

 

 

AMEN

 

 
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