AU FIL DES HOMELIES

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LA VÉRITÉ DU SALUT

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons aujourd’hui l’évêque saint Cyrille, qui a pris une part importante dans toutes les définitions concernant le Christ dans les premiers siècles, au cinquième siècle avec le Concile d'Ephèse, en 431. Le fait que ces conciles se soient passés dans cette Méditerranée, le fait que tout se soit joué autour de cette mer fermée, cela nous dit que tout cela ne pouvait pas avoir lieu au milieu d'un océan. Car en Méditerranée, tout le monde est chez le voisin, tout le monde entend ce que dit le voisin, nous sommes tous regroupés autour de cette mer, de cette sorte de mer nourricière, et il suffit qu'il y ait quel­qu'un qui élève la voix quelque part, pour qu'aussitôt, il y ait des répercussions sur toutes les côtes méditer­ranéennes. Il suffit qu'Arius, par exemple, ce prêtre d'Alexandrie, élève la voix, au quatrième siècle, pour que toute la chrétienté soit ébranlée, il suffit qu'Arius dise que Jésus était Dieu, oui, mais peut-être un Dieu de second rang, pour que toute la chrétienté soit ébranlée. Il suffit cette fois-ci que Nestorius élève la voix aussi, peut-être aux dépens de cette divinité d'une autre manière, pour que toute la chrétienté soit secouée et qu'un Concile soit convoqué. Je ne veux pas réduire l'affaire qui a eu lieu entre Cyrille, évêque d'Alexandrie et Nestorius évêque de Constantinople, à une simple rivalité politique, ou de pouvoir, mais il faut essayer de comprendre la raison pour laquelle on a réuni un Concile, que saint Cyrille d'ailleurs a ma­nœuvré de façon habile, peut-être pas très juste, parce que si saint Cyrille est le descendant de saint Marc, il est sans doute aussi redevable aux pharaons, par le brigandage d'Ephèse où il a convoqué le Concile, mais avant que les évêques qui dépendaient de Nesto­rius n'arrivent. Cela a été décidé très rapidement pour pouvoir faire passer ses idées.

Quel est l'enjeu ? Il est exactement à l'inverse de celui de Nicée qui a lieu un siècle auparavant, en 325, il s'agissait de dire comment Jésus est vraiment Dieu. Ici, la question qui est posée un siècle plus tard c'est de vérifier comment ce Verbe (on part d'en haut alors qu'à Nicée on partait de l'homme Jésus pour voir qu'il était vraiment Dieu), ici, on part du Verbe qui s'est fait chair, et comment ce Verbe est vraiment homme. La problématique est exactement inversée. On ne va pas remettre en question la foi de Nicée, le Christ est vraiment Dieu, on ne remet pas en question non plus son humanité, mais on veut essayer de clari­fier comment s'opère cette union entre la divinité et l'humanité de Jésus. Et Nestorius, sans doute pour défendre la divinité de Jésus, va dire que ce Verbe et ce nouveau texte est assez fameux, il dit que ce Verbe n'a pas pu subir la lactation, n'a pas pu connaître la sueur, la faim, la soif, ni partager tout ce qui fait notre humanité. Il a voulu en quelque sorte distinguer. Il distinguait mais dans une sorte de conjonction très étroite, mais il n'a pas voulu que tout ce qui arrivait à Jésus puisse concerner le Christ, puisse concerner le Verbe. Voilà l'enjeu : est-ce que Dieu a vraiment eu faim, et soif, est-ce qu'il a vraiment partagé tout ce qui fait notre vie, a-t-il vraiment été allaité ? Et l'on retient ce concile d'Ephèse parce qu'on a proclamé Marie Mère de Dieu : si elle est la mère de Jésus, elle est aussi la Mère de Dieu. On a refusé la proposition de Nestorius, c'est-à-dire cette sorte de conjonction étroite pour parler plutôt d'appropriation, c'est d'ail­leurs le langage de l'Écriture, le Verbe s'est fait chair, et en gardant cette conjonction très serrée, sans vivre l'appropriation que cela suppose, à ce moment-là, notre médiateur n'a pas tout connu de notre vie, et donc, le Christ n'a pas pleinement partagé notre vie humaine. Et derrière, c'est sans doute la vérité de no­tre salut, la vérité de ce Dieu qui a tout partagé de notre condition humaine pour nous sauver, et sûre­ment aussi, derrière encore, la vérité de notre eucha­ristie.

Quand on fête des personnages comme saint Cyrille, ce n'est pas une galerie de portraits, que l'on visiterait comme ça, mais cela concerne pour aujour­d'hui notre salut la façon dont Jésus a pris toute notre humanité, il l'a assumée entièrement pour la sauver. Tout ce qui a été assumé a été sauvé disait Grégoire de Naziance.

 

 

AMEN

 

 
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