AU FIL DES HOMELIES

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SAINT CYRILLE, GARDIEN DE L'UNITÉ ENTRE LA BIBLE ET LA TRADITION

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

V

u l'introduction à cette célébration qu'a faite le Frère Jean-François, j'ai le sentiment de m'adresser à vous en étant l'historien qui va se faire manger par le gardien de la foi qu'était saint Cyrille d'Alexandrie. Aussi je vais éviter de parler de choses difficiles, purement théologiques, un terrain souvent très dangereux, puisque cette théologie de saint Cyrille se recoupe avec les questions de l'an­thropologie et de la nature du Christ. Pour reprendre un terme qui n'est pas si éloigné des combats de saint Cyrille qui est la notion de l'unité, on l'a entendu dans l'évangile qui finissait par ce mot : "Nous sommes un".

Je voudrais rappeler que le personnage de saint Cyrille, s'il est grand, n'est pas une sainteté par défaut. Quelquefois, on a tendance à penser que saint Cyrille comme saint Jérôme, sont des hommes d'Église qui ont été canonisés plus par la foi qu'ils ont défendu que par leur charité, leur douceur, par leur contact charitable avec les autres personnes. On dit, peut-être à juste titre que saint Cyrille est quelqu'un qui utilisait des moyens peu recommandables pour faire triompher la foi de l'Église qui était axée sur l'Incarnation du Christ.

Pour moi, saint Cyrille représente quelque chose d'autre c'est la question de l'unité. Cette unité transparaît dans la théologie de saint Cyrille à un autre endroit, c'est la question de la relation de l'Ecri­ture avec la Tradition. saint Cyrille, c'est le cinquième siècle, les années 400, 431, le Concile d'Ephèse, et en 444, il meurt, et pour nous cette période qu'on appelle patristique où l'on voit des personnes d'Église, des moines, des évêques, des archevêques, qui doivent faire preuve d'inventivité pour découvrir et mettre au point une théologie face à une Écriture. Cette Écriture, d'ailleurs semblant ne pas répondre à toutes les questions. Effectivement, avec le débat de Cyrille on se trouve devant une question très importante, c'est que l'Ecriture seule, ne paraît pas devoir dégager une théologie. C'est-à-dire comme un serpent qui se mange la queue, elle peut présenter un discours non théologique et qui met en danger la foi chrétienne. On en a pour preuve dans le débat entre Nestorius et Cyrille, certains passages de la Bible notamment celui où il est question du Temple, du fait que Jésus parle du Temple en ces termes : "Détruisez ce Temple et je le rebâtirai en trois jours", et l'on a le sentiment que cette page d'évangile seule sans aucune tradition théologique, sans aucune règle philosophi­que ou anthropologique, on pourrait penser que Dieu serait un temple humain. C'est la pensée de Nestorius. Il met une unité, là où Cyrille va se défendre pour une autre unité. Nestorius veut utiliser uniquement cer­tains passages de l'évangile pour montrer que sa théologie est juste, et d'autre part, on a Cyrille qui, en vrai Père de l'Église fait à la fois preuve d'inventivité mais va être le premier à garder ce lien si fort entre la Parole de Dieu et la Tradition qui commence à se dégager. Cyrille est le premier à faire de manière aussi explicite à faire appel à la Tradition de tous les Pères de l'Église, morts cinquante ans avant lui, ou à ceux qui sont encore vivants.

Je crois que c'est très important, puisque nous-mêmes nous vivons une découverte extraordi­naire de la Parole de Dieu, je ne vais pas le nier, je serais même le dernier à interdire de lire la Bible, mais ce que je voudrais garder à l'esprit dans cette fête de saint Cyrille, c'est que son intelligence a été de faire articuler à la fois la Parole de Dieu et la Tra­dition des Pères, l'intelligence des Pères comme nous l'avons chanté tout à l'heure. C'est fondamental, parce que cette articulation entre les deux permet d'aboutir à une théologie unifiée. Et cette théologie unifiée donne aussi un Dieu unique et unifié. Ce que Nestorius mettait en danger dans sa théologie, c'étaient les fondements de la foi, car en coupant de cette manière le Christ faisait s'écrouler le message même du chris­tianisme qui était de dire que cette frontière entre le créé et l'incréé avait disparu. Nestorius en refusant de dire que Marie était la mère de Dieu interdisait de cette manière au créé et à l'incréé de se retrouver dans la personne du Christ. Les conséquences de cette théologie c'est d'aboutir à une religion très morali­sante, la personne de Jésus était Christ et Seigneur était Fils de Dieu non pas par nature, mais par la mo­rale de sa vie même. Par conséquent, Jésus devenait une sorte de sur-homme, et Il ne pouvait acquérir cette fonction que par une vie morale exemplaire, donc on ne pouvait devenir un bon chrétien, Fils de Dieu, qu'en ayant une vie morale. En fait, le danger était le même pour Arius, Nestorius supprimait la grâce. Nous ne recevions plus la grâce de Dieu. Il n'y avait plus communication de la grâce de Dieu qu'Il nous a donné par son Incarnation, et par sa mort sur la Croix. Si Nestorius avait fait école, nous n'aurions pas eu la fête de Marie Mère de Dieu que nous fêtons le premier janvier, ni non plus celle du Sacré-Cœur de Jésus.

En Cyrille, je pense que nous pourrions saluer surtout une personne soucieuse de garder cette unité, non pas en nous crispant nécessairement sur la Bible, ou la Tradition, mais au contraire en sauvegardant l'unité axée sur cette rencontre à la fois de la Parole de Dieu et de la Tradition qui se dégage dans l'Église.

 

 

AMEN

 

 
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