AU FIL DES HOMELIES

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LA RÉVÉLATION TRINITAIRE

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, notre foi nous invite à entrer dans le mystère de Dieu. Le mystère c'est quelque chose qu'on ne peut pas étreindre, ni enserrer dans son esprit, qu'on ne peut pas expliquer rationnellement, c'est quelque chose précisément parce que cela appartient à l'essentiel, à ce qui est radical non seulement dans la foi mais dans la réalité, à quelque chose qui échappe à nos prises et en particulier aux prises de notre langage. C'est la raison pour laquelle que quand nous essayons de dire le mystère, au premier abord, les mots nous manquent. Ceci n'est pas vrai seulement de nous aujourd'hui, c'est vrai des hommes de tous les temps, chaque fois qu'ils se sont approchés de Dieu, en quelque sorte, ils ne trouvent plus les mots pour le dire de façon adéquate.

La réaction naturelle de l'esprit humain, c'est d'essayer de simplifier. Si le mystère nous échappe, nous allons essayer de le ramener à quelque chose qui nous est plus familier, à quelque chose que notre esprit est à peu près capable de dire, mais par le fait même nous évacuons le mystère et ces simplifications qui n'en sont pas parce qu'en réalité elles passent à côté de l'essentiel, ces simplifications c'est ce qu'on a appelé l'hérésie. Hérésie vient d'un mot qui veut dire : choisir. Dans un ensemble de données difficiles à étreindre, on en choisit quelques-unes qu'on privilégie parmi les autres et ainsi tout est simple.

C'est ce qui s'est passé dans l'histoire de l'Église, d'abord à propos du mystère de Dieu lui-même puisqu'il apparaissait que Dieu était le Dieu unique, non pas une série de dieux et de déesses comme dans la mythologie des grecs et des romains, Dieu est vraiment unique, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu qui s'est révélé au Buisson Ardent à Moïse, mais ce Dieu unique, Jésus nous dit de façon extrêmement mystérieuse, qu'Il est Père, Fils et Esprit Saint. Autrement dit, qu'il y a trois quelque chose dans cet unique Dieu. Il a fallu au moins tout un siècle, tout le quatrième siècle, depuis le Concile de Nicée après l'hérésie d'Arius, jusqu'au Concile de Constantinople jusqu'à la fin de ce siècle, pour essayer de dire avec des mots humains pas trop inadéquats, comment Dieu pouvait être trois en étant un. Arius lui, avait tout simplifié, avec le Père qui était vraiment Dieu, le Fils n'était pas tout à fait et l'Esprit Saint, encore un peu moins. A ce moment-là c'était possible, on en revenait à un Dieu unique comme dans l'Ancien Testament et on ne se compliquait pas avec cette histoire de Trinité.

Il a fallu tout un siècle pour découvrir la notion qui nous est maintenant familière, mais qui n'existait pas à l'époque, la notion de personne, c'est-à-dire de sujet d'existence pour dire : le Père, le Fils et le Saint Esprit sont trois personnes, mais qui ont toutes la même nature, qui sont toutes également Dieu, qui ont la même divinité, le Père est Dieu, le Fils est Dieu et l'Esprit est Dieu "Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière" comme nous le disons dans le Credo, "vrai Dieu né du vrai Dieu". Tout cela c'est le fruit d'un siècle de réflexion. Au siècle suivant, au cinquième siècle, on s'est attaqué à une autre difficulté : Jésus vrai homme et vraiment Dieu, à la fois homme et Dieu, c'est presque encore plus compliqué à imaginer que trois personnes en Dieu. La réponse la plus simple était celle des juifs : c'est un homme qui épris de la folie des grandeurs, se prend pour Dieu, ou encore mieux, c'est un homme qui blasphème en se prétendant être Dieu alors qu'il n'est qu'un homme. Il est évident que dans ce cas-là le problème est résolu, il est complètement évacué. Même si l'on admet que Jésus est à la fois homme et Dieu, on peut essayer d'en parler de plusieurs manières. C'est là encore que les simplifications abondent.

Pour un certain nombre de chrétiens du cinquième siècle, et notamment pour Nestorius, Jésus est un homme comme vous et moi, et en cet homme, à un moment donné descend la présence de Dieu (généralement on pensait que c'était au moment de son baptême que Dieu mystérieusement, invisiblement fait irruption dans cet homme) dans cet homme qui existait déjà avant pleinement comme un homme. Si nous y réfléchissons bien, nous réduisons le mystère de Jésus à être semblable à notre propre mystère, nous sommes nous aussi des hommes, des êtres humains, et puis, la grâce de Dieu descend en nous d'une certaine manière, c'est ce que nous disons, par le baptême, Dieu vient habiter dans notre cœur. Finalement, Jésus n'est qu'un chrétien comme les autres, il est peut-être le premier des chrétiens mais rien de plus.

Des gens comme Cyrille d'Alexandrie ont compris que cela massacrait le mystère de Jésus, que faire de Jésus un homme dans lequel Dieu vient en personne peut-être, par sa grâce certainement, en lui donnant son Esprit, ce qui peut être un peu vague comme expression, c'était finalement réduire complètement le fondement de notre foi. Notre foi c'est que Dieu lui-même en personne a voulu devenir homme, non pas venir s'insérer dans un deuxième temps dans un homme qui existait déjà, mais lui, qui est Dieu de toute éternité, la deuxième personne de la Trinité, c'est ce qu'on avait fini par arriver à définir au siècle précédent, la deuxième personne de la Trinité prend sur lui une nature humaine. Dans le cas de la Trinité, on disait : il y a trois personnes, trois sujets d'existence qui ont une même nature, ici on va dire il y a une personne, la personne du Fils de Dieu qui est la personne de Jésus, ce ne sont pas deux personnes différentes, il y a une personne qui a de toute éternité la nature divine, il fait partie du mystère de la Trinité, et qui à un moment donné de l'histoire, a voulu prendre une nature humaine en plus de sa nature divine, mais en restant la même personne. C'est le même qui est le Fils de Dieu et qui est le Fils de Marie. Par conséquent, puisque cette personne est une personne divine, la deuxième personne de la Trinité, celle qu'on appelle le Verbe de Dieu, puisque cette personne est une personne divine, Marie, mère de la nature humaine de cette personne, on n'est pas mère d'une nature, on est mère de quelqu'un qui possède cette nature, on est mère d'une personne, Marie est donc la mère de Dieu. Et voilà le maître mot que Cyrille d'Alexandrie a proposé à l'Église, a proposé à la foule des chrétiens qui s'y est retrouvé et qui a acclamé Marie mère de Dieu, acclamation qui n'a plus jamais cessé ensuite dans toute l'histoire de l'Église. Mais il faut bien savoir que c'est à saint Cyrille que nous devons de pouvoir dire de Marie qu'elle est mère de Dieu et que cela se fonde non pas sur une gloire que nous voudrions ajouter aux gloires de Marie, cela se fonde sur la réalité que le Fils de Marie n'est pas autre que le Fils éternel du Père qui est venu dans son sein pour y recevoir une nature humaine semblable à la nôtre, certes, mais qui vient se joindre à sa nature divine.

Toutes les fois que nous disons : "Sainte Marie, mère de Dieu", pensons que c'est grâce à des hommes comme saint Cyrille d'Alexandrie, que nous pouvons dire ces mots et y mettre notre foi.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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