AU FIL DES HOMELIES

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 DÉFENSEUR DE LA FOI

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Marie, mère du Fils de Dieu

 

F

rères et sœurs, la figure de saint Cyrille d'Alexandrie, évêque d'Alexandrie comme son nom l'indique, c'est-à-dire une des grandes capitales de l'Orient méditerranéen avec Antioche et Constantinople, cette figure est très complexe. Comme je l'ai dit tout à l'heure au début de la messe, cela devait être un homme insupportable ! Il a participé aux magouilles qui ont abouti à la condamnation de saint Jean Chrysostome, en 402. C'est son oncle qui était évêque d'Alexandrie et il lui a succédé, vous imaginez déjà l'atmosphère familiale. Il fallait se cramponner à la place … Ensuite, Cyrille qui était un homme très convaincu, d'une foi irréprochable, était souvent débordé par ses troupes qui étaient les moines. Les moines d'Égypte n'étaient pas des gens très faciles à fréquenter. Peut-être que certains d'entre vous ont vu ce mauvais film qui a comme héroïne une prophétesse, magicienne païenne d'Alexandrie qui s'appelait Hypathie et qui a été condamnée, brûlée. Ceux qui se sont précipités et qui ont brûlé cette femme, ce sont les moines de Cyrille. Et lui n'a pas bougé le petit doigt parce qu'il considérait qu'il fallait exterminer le paganisme et à cette époque, on n'y allait pas avec le dos de la cuiller. Il y avait un quartier juif à Alexandrie, les fortes frictions entre les juifs et les chrétiens commençaient à se faire jour, Cyrille aurait pu empêcher ses supporters d'aller incendier une partie du quartier juif qui n'était pas un ghetto. Mais il n'a pas bougé non plus. Donc, on ne peut pas dire que c'est tout blanc !

Mais il y a un autre côté du personnage qui est remarquable. Il a réalisé deux grandes choses. La première, c'est qu'il a défendu l'unité du Christ comme Verbe incarné. A cette époque, pour des raisons de convenance avec des idées philosophiques, Nestorius, un patriarche de Constantinople, avait dit que la vierge Marie avait été la mère d'un homme qui s'appelait Jésus. Et dans cet homme, comme dans un temple, avait habité le Verbe de Dieu. Je sais que peut-être quatre-vingt % d'entre vous pensent cela, ce n'est pas grave, on ne va pas vous brûler, rassurez-vous, mais c'est profondément faux. Cela avait l'air de dire que la vierge Marie avait donné la vie à un homme et puis que cet homme avait été habité d'une façon spéciale par l'Esprit de Dieu, ou par le Verbe de Dieu ou par la Sagesse de Dieu. Le résultat, c'est qu'il n'y avait pas de différence entre le Fils de Dieu, Verbe incarné et chacun d'entre nous qui par le baptême sommes porteurs de la présence du Fils de Dieu. Par conséquent, on ne pouvait pas dire : Jésus le Fils de Dieu s'est fait homme, mais on pouvait dire : le Fils de Dieu a été dans un homme. Il y avait le Fils de Dieu, et il y avait un homme. Et cette fausse doctrine disait que le Fils de Dieu le Verbe incarné, Jésus-Christ, c'était un mauvais attelage entre un cheval qui était le Fils de Dieu et un cheval qui était un homme. Donc, les deux tiraient chacun de leur côté, il n'y avait pas d'unité. Ce n'était pas un seul Jésus-Christ à la fois vrai Dieu et vrai homme.

Il fallait quand même être assez astucieux pour se rendre de l'immense danger que cela représentait car comme le dit Cyrille, si Jésus-Christ c'est simplement Dieu qui a habité d'une façon un peu particulière dans un homme, alors, quelle est la différence avec Moïse ? Quelle est la différence avec David ? Quelle est la différence avec les prophètes ? Ce ne serait jamais qu'un prophète parmi d'autres. Autrement dit, on ne peut pas dire que Dieu soit venu dans sa création. C'est la grandeur de Cyrille d'avoir dit : non, le Fils de Dieu s'est fait homme, il n'y a pas eu un homme d'abord dans lequel Dieu a habité, mais Dieu a pris chair dans un homme et cet homme n'a existé que par lui, Dieu et en lui Dieu. La personne, ce qu'on dirait aujourd'hui la personnalité, la racine, le "je" du Fils de Dieu n'est pas un "je" humain, c'est le "je" du Verbe de Dieu. Quand Jésus dit : "je", il dit : moi le Verbe de Dieu, moi le Fils de Dieu.

C'était peut-être un peu subtil, mais cela a sauvé la foi, parce que si nous étions tous devenus des disciples de Nestorius, aujourd'hui, nous aurions de gros doutes sur la divinité de Jésus-Christ, et on considérerait qu'il y a un homme qui a été habité de façon un pue spéciale par le Fils de Dieu. En fait, à ce moment-là, Jésus-Christ serait dans la lignée des prophètes. C'est la première chose.

La deuxième chose c'est ceci. On dit que les interprètes de la ville d'Alexandrie, dans la tradition théologique de cette ville, étaient ce qu'on appelle des allégoristes, des gens qui voient dans le moindre détail des considérations absolument extraordinaires. Un exemple : Elisée jette une hache dans le Jourdain, qu'est-ce que la hache ? c'est un manche en bois alors, c'est la croix, elle est plongée dans le Jourdain, dans les eaux du baptême et cela nous sauve ! Je vous laisse deviner le rapport qui existe entre le manche de la cognée et l'eau du Jourdain, le baptême et la croix, c'est un peu tiré par les cheveux. Les alexandrins raffolaient de ce genre d'interprétation. Le moindre détail de l'Ancien Testament était immédiatement gonflé de notions théologiques abstraites, compliquées, et il faut bien le dire, l'exégèse a certains moments a laisse paraître des sortes d'anagrammes, d'acrostiches et n'importe quel détail faisait penser à tel aspect du Verbe de Dieu et on n'y comprenait plus rien. Alors qu'on dit que Cyrille, c'est cette école d'Alexandrie qui part sur des allégories, ce n'est pas vrai. Cyrille pratiquement, a commenté tout l'Ancien Testament et son but était de dire que justement, l'Ancien Testament n'est pas une allégorie ou un assemblage de grandes idées. Non, l'Ancien Testament, c'est d'abord une histoire.

C'est Cyrille qui s'est le plus intéressé dans l'antiquité, au contexte historique des prophètes, de Moïse, et des récits de l'Ancien Testament parce qu'il voulait bien maintenir la différence et la spécificité de l'un et de l'autre testament. Pour l'époque, c'est assez extraordinaire, parce qu'on était prêt à dissoudre tout dans une vision intellectuelle à la manière de Platon, et Cyrille aurait pu tomber dans ce travers. Or, il a expliqué les Écritures anciennes de l'Ancien Testament en essayant au maximum (évidemment il n'avait pas tous les renseignements que nous avons aujourd'hui à travers l'archéologie et les textes comparés), il a essayé d'expliquer les Écritures anciennes comme les récits historiques par lesquels Dieu a commencé à se révéler, pas tout de suite, tout d'emblée, comme le pensaient ses prédécesseurs. Il a montré au contraire que la révélation de Dieu a été progressive, qu'elle a suivi les lois de l'histoire, qu'elle s'est insérée dans une culture, qu'il fallait comprendre comment les villes juives vivaient à cette époque, et petit à petit de faire comprendre que la foi, le mystère de la révélation de Dieu dans l'histoire, est un processus, que ce n'était pas des idées qui nous étaient révélées à travers des symboles grossiers comme la hache, l'eau, le sel et l'huile.

C'est grandiose, car il avait le pain et le couteau pour tomber dans le travers de son époque. Or, il a toujours défendu l'idée que l'Ancien Testament et le Nouveau Testament sont d'abord une histoire. Je crois qu'on peut demander à Dieu par l'intercession de saint Cyrille d'avoir des théologiens qui ont meilleur tempérament que lui, ce n'est pas difficile, mais surtout des hommes qui sachent expliquer la foi, la tradition biblique et toutes les données de la vie de l'Église avec beaucoup de simplicité, de modestie et de sens de la vérité historique.

 

AMEN

 

 

 

 
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