AU FIL DES HOMELIES

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INSUPPORTABLE MAIS SAINT !

Sg 7, 114 ; Mc 14, 3-11

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Dieu et homme …

F

rères et sœurs, nous sommes invités à méditer sur cette figure du cinquième siècle saint Cyrille d'Alexandrie, et comme je le disais au début de cette eucharistie, dans le livre des jours la petite ligne d'introduction reconnaît que Cyrille n'était pas un homme facile. Mais comme si cela le sauvait, un peu comme Jérôme, un homme pas facile, mais heureusement qui a fait une œuvre exégétique importante, Cyrille un homme pas facile mais il a acquis la postérité, il a été l'invincible défenseur de la maternité divine de Marie.

Cyrille d'Alexandrie succède à son oncle qui était lui-même évêque d'Alexandrie, et avant cette succession au trône épiscopal d'Alexandrie, il a participé à différentes actions de l'Église d'Alexandrie et autour du bassin méditerranéen, il a été présent en 403 lors de ce qu'on a appelé le synode du chêne qui s'est élevé contre Jean Chrysostome alors évêque de Constantinople. Sa vie est un peu compliquée, il a chassé les juifs d'Alexandrie, il a fait partie de cette cabale menée contre cette femme philosophe Hypatie à Alexandrie, et le problème est plus compliqué que ce qu'un film sorti il y a quelques années a pu laisser transparaître et qui avait l'air de faire croire qu'Hypatie était une païenne qui aurait été exécutée par Cyrille lui-même. Or en fait, Hypatie avait des accointances chrétiennes et dans le groupe de réflexion philosophique qu'elle animait, il y avait des chrétiens. Cyrille était en opposition avec le préfet Oreste, et on peut dire que Hypatie a fait les frais de cette opposition puisqu'elle était du côté du préfet.

Je ne vais trop m'étendre sur la biographie de Cyrille mais simplement je vous rappelle que si nous fêtons Marie Mère de Dieu le premier janvier, c'est grâce à lui, puisque peu de temps après un homme est monté sur le trône épiscopal de Constantinople, Nestorius, et cet homme a préféré appeler la Vierge Marie Christotokos et non pas comme l'appelait le peuple chrétien Théotokos. Autrement dit, la Vierge Marie a simplement porté en son sein un homme appelé Christ et non plus Dieu. C'est là que cette affaire éclate, et Cyrille n'aura de cesse de défendre le fait que le Christ est à la fois homme et Dieu et qu'il n'y a pas de séparation entre les deux. Cette séparation elle nous est naturelle, nous avons beaucoup de mal à penser Jésus-Christ à la fois Dieu et homme. Cette séparation nous est naturelle car nous-mêmes quand nous lisons les textes évangéliques, quelquefois nous sommes gênés par rapport à certains comportements de Jésus. Très rapidement, les chrétiens et les exégètes ont essayé de distinguer pour séparer. Jésus pleure son ami Lazare qui vient de mourir, or, s'il est Dieu il ne peut pas pleurer, puisqu'il sait que son ami Lazare va ressusciter. Alors, ce serait l'expression de Jésus en tant qu'homme. Et quand Jésus ressuscite Lazare, ce n'est plus l'homme qui agit, c'est nécessairement Dieu parce qu'il n'y a que Dieu qui peut faire une telle action. La difficulté de mettre en communion et en unité le Christ homme et Dieu est réelle et qui a énormément gêné les chrétiens des premiers siècles comme encore aujourd'hui.

Cyrille est un homme original parce qu'à son époque, il aussi lu les Écritures en tenant compte de leur contexte historique. Cela peut nous sembler extrêmement banal aujourd'hui d'essayer de trouver le contexte dans lequel les textes bibliques ont été rédigés, mais à l'époque de Cyrille ce n'était pas monnaie courante. Beaucoup d'exégètes essayaient plutôt de donner des interprétations tellement allégoriques et spirituelles qu'elles n'avaient plus rien de concret. Or, il est intéressant de faire le lien entre l'exégèse de Cyrille et son combat perpétuel pour sauver le Christ comme homme et comme Dieu. Je vais m'appuyer sur un fait réel qui s'est passé il y a quelques semaines à la sortie de la messe du dimanche. Une dame très gentille est venue me voir en me disant qu'elle ne comprenait pas que dans l'Église on rappelait tout le temps aux chrétiens qu'ils devaient aller voter. Je lui ai répondu : nous n'avons pas à dire aux gens pour qui voter, mais en revanche, nous avons à leur rappeler qu'en tant que chrétiens, ils font partie d'une communauté bien réelle et qu'ils ont à exercer leur droit de vote, et que c'est aussi un devoir. Elle me répond qu'elle ne vient pas à la messe pour cela. Elle vient à la messe pour s'évader, pour sortir de sa condition de chair et pour monter dans les hauteurs et y rencontrer Dieu. J'ai essayé de lui expliquer que la prière communautaire et tout autant la prière personnelle ne sont pas des lieux d'évasion comme s'il fallait que nous nous évadions de notre condition humaine pour rencontrer Dieu, mais je crois que le lieu de la prière communautaire et personnelle, est plutôt du côté de la transfiguration, de l'union intime entre la chair et la présence de Dieu. Je crois que ce que j'ai essayé d'expliquer à cette femme par rapport à notre condition humaine et en même temps chrétienne, déjà habitée par l'Esprit Saint, Cyrille a voulu éclairer l'autre facette qui était la nécessaire condition charnelle et divine du Christ.

Pour Cyrille la chose la plus essentielle qui transparaît dans ses écrits exégétiques, c'est la restauration de l'humanité déchue dans le Christ. On voit très bien que dans cette thématique présente chez Cyrille, il est absolument nécessaire que le Christ ne soit pas simplement un homme qui aurait eu la chance d'être choisi pour être un prophète mieux que les autres, et pour que le Christ puisse racheter notre condition humaine, il faut bien qu'il revête cette condition humaine. C'est là que c'est très beau, parce que cette théologie transparaît aussi dans son exégèse. Quand Cyrille d'Alexandrie, au début de tous les petits livres sur les prophètes essaie de donner le contexte historique de ces petits livres, c'est pour montrer que là aussi les deux sont liés. L'histoire de ce rachat de Dieu auprès de notre condition humaine se fait dans une véritable histoire que l'on ne peut pas mettre de côté.

Frères et sœurs, que cette fête de saint Cyrille d'Alexandrie nous fasse dépasser la difficulté de comprendre des dogmes, et que nous comprenions que la conséquence de Dieu qui s'est fait homme dans le sein d'une femme aboutit non pas à notre nécessaire désir de nous évader de notre condition humaine, et de comprendre que le lieu même de notre rachat et de notre transfiguration et de notre configuration au Christ passe à travers notre histoire charnelle, comme l'Ancien Testament avec l'histoire humaine d'Israël qui non seulement préfigurait la venue du Christ, mais qui était déjà une transfiguration de la présence de Dieu et de son action au cœur même de l'histoire humaine. C'est ce que nous allons célébrer dans quelques minutes dans l'eucharistie.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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