AU FIL DES HOMELIES

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DÉFENSEUR DE LA FOI AU DIEU UNIQUE, CRÉATEUR DE BONTÉ ET DE BEAUTÉ

2 Tm 3, 14 - 2 Tm 4, 5 ; Jn 15, 1-8
St Irénée de Lyon - (28 juin 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

H

omme de vérité, homme de paix, comme l'indique son nom, évêque de Lyon, martyr, lien entre l'Orient et l'Occident, Irénée est tout cela, mais son plus grand titre de gloire est d'être un des fondateurs de notre foi et si sur un point tout à fait essentiel et précis, attaqué à son époque par une des plus grandes hérésies de toute l'histoire, ce qu'on appelle le "gnosticisme". Par-derrière un certain nom­bre d'apparences mythologiques, qui nous laissent un peu pantois et qui sont d'un intérêt secondaire le gnosticisme est une tendance de l'esprit récurrente qu'on retrouvera au Moyen-âge avec les Cathares, que l'on retrouve de nos jours avec toutes les philosophies du soupçon. Cette tendance de l'esprit est de penser que la création est mauvaise. Pourquoi ? D'abord parce que nous souffrons, et quelquefois, nous pen­sons que nous souffrons trop, et parce que nous avons l'expérience du mal qui nous assaille et nous ronge de l'intérieur, et ce problème du mal, vous le savez bien si vous avez réfléchi sur votre foi, ce problème du mal est le plus insoluble, le plus difficile, le plus obscur, de tous ceux de notre pensée religieuse : pourquoi le mal, qu'est-ce que le mal, comment se fait-il que Dieu permette le mal ? Le gnosticisme a une réponse toute simple : Dieu n'est pas le créateur du monde, on dit parfois que Dieu n'est pas bon, ou qu'Il n'existe pas, ce ne sont que des variantes d'un même thème, pour les gnostiques, il y a un Dieu bon mais qui est en de­hors du coup, c'est le Père de Jésus-Christ, et puis il y a un dieu bête et méchant qui a fait le monde et qui l'a fait à son image, bête et méchant. Il n'y a aucun rap­port entre ce Dieu que les gnostiques appellent dé­miurge, cela veut dire celui qui divinement a essayé de fabriquer quelque chose, et puis le vrai Dieu qui est inconnaissable, inouï, lointain, inaccessible. Jésus-Christ nous invite à rompre avec cette réaction, pour nous tourner vers son Père qui seul peut nous rendre heureux. Si on doit se séparer de la création, cela veut dire qu'il ne faut rien faire pour qu'elle prolifère, pas de mariage, pas de procréation, pas d'enfants, pas de compromission avec la matière, car elle est mauvaise, vous le voyez, les choses sont relativement simples, il faut que l'esprit émerge de la matière et se débarrasse de toutes ces contingences de la vie courante. C'est au fond, une religion de fuite, une philosophie de retrait, une manière de se laver les mains de ce qui se passe dans le monde et de se mettre à l'abri dans une rêverie et une recherche purement mythique d'un bien extérieur inconnaissable, en tout cas, inexpérimenté.

Les conséquences sont terribles, parce que si la création est mauvaise, nous n'avons rien à faire dans ce monde sinon de nous en débarrasser et de le fuir au plus vite. Si la création est mauvaise, nous n'avons aucune part à prendre aux oeuvres de ce monde, alors, laissons tomber tout engagement politi­que, culturel, social, tout cela c'est pactiser avec ce monde mauvais. Philosophie consolante, parce que nous ne sommes plus pécheurs, s'il y a du mal, ce n'est pas de notre faute, c'est la faute à la matière, et si cette espèce d'imbécile de démiurge nous a mélangé notre esprit avec la chair, de telle sorte que toute une partie de nous-mêmes nous entraîne vers le mal, alors, émergeons, débarrassons-nous de tout cela, il n'y a pas non plus de culpabilité, c'est merveilleux, on est lavé de tout soupçon, et dans la mesure où on s'abs­traira du monde, on finira par trouver le bonheur.

Remarquez que cette tentation n'est pas pro­pre aux gnostiques occidentaux, elle est universelle parce que la recherche d'une sorte de tout qui s'abs­trait du monde est aussi présente dans les philoso­phies extrême-orientales, dans le bouddhisme, le brahmanisme, et un certain retour de l'Extrême-Orient dans nos sociétés modernes même s'il est souvent caricatural n'est pas étranger à cette tendance d'esprit, il faut se retirer, s'éloigner.

Irénée annonce, proclame à temps et à contre-temps, sans cesse, qu'il y a un Dieu unique, créateur, qui est aussi le Sauveur, qui est aussi la fin de toutes choses et que son dessein englobe toute l'histoire de­puis le moment de la création qui est bonne, jusqu'à la fin des temps qui sera l'accomplissement de ce des­sein et de toute beauté. Si le mal existe, c'est de notre fait, et nous ne devons donc pas nous en abstraire comme s'il n'existait pas, mais le combattre et d'abord le combattre en nous-mêmes, c'est bien ce que nous apprenons dans tous les catéchismes chrétiens du monde, c'est que la lutte contre le mal se passe d'abord dans notre cœur et non pas par une sorte d'évanescence plus ou moins poétique.

Frères et sœurs, notre engagement, notre en­racinement dans ce monde, notre foi en la bonté du monde, notre foi dans toutes les valeurs de l'homme, notre foi dans la résurrection de la chair, notre foi dans la vérité de l'Incarnation du Christ, tout cela nous le devons à des gens comme saint Irénée, qui ont affirmé ce dessein de Dieu, ce dessein de salut qui commence déjà dès le premier instant de la création, car Dieu ne s'est jamais départi de son dessein de nous voir nous-mêmes corps et âme et toute la créa­tion avec nous, parvenir à un bonheur qui est le sien.

 

 

AMEN

 

 
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