AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST IMAGE DU PÈRE

2 Tm 3, 14 - 2 Tm 4, 5 ; Jn 15, 1-8
St Irénée de Lyon - (28 juin 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, saint Irénée de Lyon est le premier dans l'histoire de l'Église à nous avoir donné de la foi chrétienne une vision globale, synthétique, dans laquelle tous les éléments de cette foi prennent place comme dans une marqueterie ou une construction, et ceci en des termes totalement modernes qui permettent à un lecteur d'aujourd'hui de se retrouver en quelque sorte à la lecture de saint Irénée, dans cette sève radicale et fondamentale qui nous vient de Jésus et qui alimente toute notre vie. Pour saint Irénée, le Père, de toute éternité a engendré le Fils comme son image parfaite, c'est-à-dire comme sa ressemblance tellement accomplie, comme un autre Lui-même, comme un vis-à-vis dans lequel Il peut se retrouver en plénitude Lui donnant tout ce qu'Il est et recevant en échange tout l'amour du Fils qui se reçoit du Père.

De toute éternité également, entre le Père et le Fils jaillit comme une étincelle de cette vie divine, comme un Souffle divin, l'Esprit, Lui aussi rassem­blant toute la plénitude de la divinité dans ce dyna­misme qui Lui appartient en propre. Et là, se situe le grand dessein de Dieu, son dessein créateur, de Père, qui par le Fils et l'Esprit, comme par ses mains a fa­çonné l'univers, le monde, précisément pour que cet univers, ce monde et au sens du monde de l'homme, soit créé à l'image du Père et appelé à revenir jusqu'au Père pour y trouver la plénitude de la joie et du bon­heur dans l'identification de cet homme et de l'univers après lui, créé par Dieu. Il l'a créé par ses mains que sont le Fils, prototype de la création puisqu'Il est l'image parfaite du Père et nous sommes faits nous-mêmes pour être fils, images de l'Image. Cette autre main qu'est l'Esprit énergie divine qui va traverser toute cette création, et selon les mots même d'Irénée, "s'enlacer" avec nous pour nous entraîner et revenir vers le Père. Car l'homme, et à travers lui toute la création, n'a pas su comprendre ce dessein de Dieu et a essayé d'y échapper. saint Irénée ne conçoit pas le péché originel comme un drame sombre et noir, mais plutôt comme le manque d'expérience encore d'un homme trop enfant, qui n'est pas capable de pénétrer ce secret de Dieu et qui le néglige et s'en détourne d'une manière encore maladroite et presque trop in­fantile. Mais pour que les dégâts de ce péché, cette inadéquation de l'homme au dessein de Dieu soient réparés, le Père va imaginer d'envoyer son Fils, son Image, pour qu'Il devienne semblable à l'homme qui avait été créé à l'image du Fils. En devenant homme, Jésus se manifeste semblable à nous, et nous permet de découvrir que nous sommes semblables à Lui, et que nous pouvons à travers Lui retrouver ce chemin de la similitude avec le Père, qui nous ramènera dans le bercail, au Paradis, c'est-à-dire à ce partage de la vie de Dieu, du Père dans sa plénitude, pour lequel nous avons été créés.

Ainsi, toute l'histoire de l'humanité, tout l'histoire de l'univers à travers l'homme, se comprend comme cette réalisation contrariée, mais sans cesse reprise, remise sur le chantier, réactualisée. Cette grande courbe du dessein de Dieu qui l'a conçu dès le premier jour de la création et qu'il réalise par ce que saint Irénée appelle "les successives économies", entendons les successives étapes de la réalisation de ce dessein. Un mot sert à saint Irénée pour exprimer cette grande courbe de l'histoire de l'humanité et de l'univers, il dit que "le Christ va tout récapituler en Lui". C'est-à-dire tout rassembler en Lui, toutes les périodes de l'histoire, toutes les situations de l'huma­nité pécheresse, toutes les créatures de l'univers, tout est récapitulé, rassemblé. Dans le mot "récapitulé", il y a "caput", ce qui signifie"tête", ce qui veut dire non seulement rassemblé, mais sous une tête unique qui est précisément le Christ, qui en Lui, coordonne, fait grandir et ramène à l'unité toutes ces réalités créées qui par négligence, faiblesse, ignorance, avaient ten­dance à se disperser.

Je voudrais simplement vous lire un bref pas­sage de saint Irénée qui rassemble tout ce que je viens de vous dire : "Il n'y a pas à chercher d'autre Père que celui qui nous a créés ni d'autre substance de cette image modelée par Lui, que celle que nous avons reçue de Lui, ni d'autre mains de Dieu que le Verbe et l'Esprit, qui du commencement à la fin nous modèlent, nous ajustent comme Il l'a dit, se rendant présent à nous, nous parfaisant à l'image et à la res­semblance de Dieu. La vérité de tout cela a paru lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se faisant semblable à l'homme et rendant ainsi l'homme sem­blable à Lui pour que par la ressemblance avec le Fils l'homme devienne pleinement précieux aux yeux du Père. Dès le début en effet, on sait bien que l'homme a été créé à l'image de Dieu, mais cela n'ap­paraît complètement que lorsque le Verbe se rendit visible, Lui à l'image de qui l'homme avait été créé. Lorsque le Verbe de Dieu se fit chair, il confirma la ressemblance de l'homme avec le Père faisant appa­raître en Lui cette image dans toute sa vérité, deve­nant Lui-même l'homme qui était son image et ainsi, rendant l'homme pleinement semblable au Père vers lequel le Verbe visible nous entraîne pour l'accom­plissement du dessein du Père."

Cette phrase est peut-être un peu dense, mais elle rassemble toute notre foi dans l'amour même, l'amour créateur du Père, dans l'Incarnation du Christ, dans cette récapitulation de toutes choses dans le Christ, dans cet achèvement de l'univers que le Fils conduit jusqu'au Père, que nous trouvions enfin le sens et la plénitude de notre vie dans cette rencontre avec Celui à l'image de qui nous avons été créés, pour que nous puissions éternellement, être à son image et dans sa compagnie d'amour infini.

 

 

AMEN

 

 
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