AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST NOUS RÉVÈLE LE PÈRE

2 Tm 3, 14 - 2 Tm 4, 5 ; Jn 15, 1-8
St Irénée de Lyon - (28 juin 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, saint Irénée, un des plus grands penseurs de l'histoire de l'Église, s'est trouvé confronté en cette fin du deuxième siècle à une hérésie très grave qu'on appelle le gnosticisme, et dont on pourrait résumer ainsi la teneur : le Nouveau Testament est parfaitement indépendant de l'Ancien. Le Christ est venu apporter une nouveauté radicale qui consiste en ce qu'il nous révèle son Père, qui est le Dieu inaccessible, inconnaissable, et qui n'est pas le créateur dont nous parle l'Ancien Testament, c'est un autre Dieu. La racine de cette hérésie, c'est cette expé­rience du mal, de la souffrance, de toutes les épreu­ves, de tout ce qui nous détruit, et ces hérétiques pen­saient résoudre ce problème du mal en disant que la création était mauvaise, parce que le créateur n'était pas le vrai Dieu, mais un faux Dieu, un Dieu mauvais, méchant et inférieur.

Toute l'œuvre de saint Irénée consiste donc à réconcilier l'évangile avec la création en manifestant que cette création dans laquelle nous vivons est fon­damentalement bonne, parce que sortie des mains du vrai Dieu, et si cette création souvent est traversée par le mal, ce n'est pas parce qu'elle viendrait d'un Dieu mauvais, mais à cause du péché de l'homme, à cause de l'incapacité de l'homme de répondre à l'appel de ce Dieu qui l'a façonné et qui va venir le sauver dans une continuité de dessein, car c'est là le même propos d'amour qui a présidé à l'acte créateur de Dieu et qui préside à cette infinie et inlassable recherche de notre salut que Dieu ne cesse de poursuivre, et qu'Il a ac­complie en envoyant Jésus-Christ pour nous révéler le salut.

Alors, se pose la question, si contrairement à ces hérétiques, l'évangile est en continuité avec l'An­cien Testament, où est la nouveauté de ce Testament que nous disons Nouveau ? Quelle est la nouveauté de l'évangile ? Qu'est-ce que cela apporte que l'Ancien Testament ne nous ait pas donné auparavant ? De­vons-nous tellement défendre la continuité entre les deux époques de cette révélation biblique que finale­ment tout est déjà donné d'avance ?

Je vous lis un passage des œuvres de saint Irénée qui traite de cette question : "Alors, penserez-vous peut-être, qu'est-ce que le Seigneur a apporté de nouveau par sa venue ? Sachez qu'Il a apporté toute nouveauté en apportant sa propre personne annoncée par avance. Car ce qui était annoncé par avance, c'était précisément que la nouveauté viendrait renou­veler et revivifier l'homme. Si en effet la venue du roi (il fait allusion là à des événements de la politique de l'ancien temps, quand le roi venait visiter pour la première fois une ville, on appelait d'ailleurs cela la parousie du roi, le roi était précédé par ses officiers qui préparaient sa venue), est annoncée à l'avance par les serviteurs que l'on envoie, c'est pour la prépara­tion de ceux qui ont à accueillir leur Seigneur. Mais lorsque le roi est arrivé, que ses sujets ont été remplis de la joie annoncée, qu'ils ont reçu de lui la liberté, qu'ils ont bénéficié de sa vue, entendu ses paroles, joui de ses dons, alors du moins pour les gens sensés ne se pose plus la question de savoir ce que le roi a apporté de nouveau, par rapport à ceux qui avaient annoncé sa venue, car il a apporté sa propre per­sonne et fait don aux hommes des biens annoncés par avance, et que ses messagers désiraient contempler".

Autrement dit, la nouveauté ne consiste pas en la révélation d'un Dieu autre, d'un Dieu différent, ce n'est pas en barrant la relation de cette nouveauté avec ce qui l'a préparé qu'on en assure l'originalité. La nouveauté consiste en ce que tous les temps ont été traversés par le désir, par une aspiration, par une at­tente, par une orientation de tous les cœurs vers un événement qui est la nouveauté, et cette nouveauté, c'est de voir face à face, le roi, le Seigneur. En Jésus-Christ, ce n'est pas un autre Dieu qui se manifeste, mais Dieu qui jusque-là était seulement pressenti, attendu, Dieu qui était annoncé par tous les prophètes, comme par des messagers venus préparer sa venue, Dieu se révèle et nous le voyons face à face, et nous pouvons le contempler. C'est ce que saint Jean lui-même dit dans sa première épître : "Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nos mains ont touché, ce que nous avons entendu de nos oreilles, ce que nous avons contemplé du Verbe de Vie, c'est cela que nous vous annonçons".

Dans un autre passage, Irénée va déployer en quoi consiste cette nouveauté que nous apporte le Christ. Pour comprendre le texte que je vais vous lire, il faut bien saisir que le Verbe, le Fils, Dieu, deuxième personne de la Trinité, est l'image du Père, non pas image au sens d'une simple ressemblance lointaine, mais image parfaite, c'est-à-dire révélation, c'est-à-dire manifestation, c'est-à-dire rayonnement du Père. Le Fils est l'image du Père, et l'univers tout en­tier, et en son centre l'homme, a été créé à l'image du Fils. Nous sommes l'image de l'Image. Autrement dit pour saisir le mystère de Dieu, il faut nous regarder dans notre ressemblance avec le Christ, il faut perce­voir en nous, ce reflet du Christ qui est lui-même la splendeur du Père. Irénée va nous dire que depuis toujours, le Fils est le prototype de toute créature, pour que nous portions en nous cette ressemblance du Père, mais que cela s'est manifesté de façon encore plus éclatante quand le Fils, image du Père, s'est fait homme, c'est-à-dire a pris sur Lui l'image de cette image qu'Il est lui-même et a donc pleinement mani­festé à nos yeux, en des gestes, des paroles une per­sonne compréhensible, saisissable par des yeux, des mains humaines. En se faisant homme, Jésus le Fils nous révèle pleinement le Père.

"La vérité de tout cela apparaît lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme, et rendant l'homme semblable à Lui, pour que par la ressemblance avec le Fils, l'homme de­vienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas pleinement, car le Verbe était encore invisible, Lui à l'image de qui l'homme avait été fait. C'est pour ce motif d'ailleurs que la ressemblance avec Dieu s'est facilement perdue par le péché. Mais lorsque le Verbe de Dieu s'est fait chair, Il a confirmé l'une et l'autre chose. Il a fait apparaître l'image dans toute sa vérité en devenant lui-même cela qui était sa pro­pre image, et ainsi, Il a rétabli notre ressemblance de façon stable, rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe désormais rendu visible".

Que ces paroles très denses et profondes de saint Irénée, éclairent notre foi, que nous sachions déchiffrer dans notre propre cœur l'image du Fils, telle que Jésus en se faisant notre frère nous l'a révélé, et qu'à travers le Fils, nous puissions aller au Père, notre source, fin et plénitude de notre bonheur.

 

 

AMEN

 

 
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