AU FIL DES HOMELIES

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LE PROJET DE DIEU EST IMMUABLE

2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
St Irénée de Lyon - (28 juin 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

La force de l'enracinement

F

rères et sœurs, nous faisons donc mémoire aujourd'hui de saint Irénée de Lyon, un grand saint, un grand écrivain, un grand théologien, et généralement, on l'explique directement dans l'affrontement qui l'a opposé à la gnose, la gnose étant un concept extrêmement difficile à expliquer et à définir, et j'aurais plutôt voulu méditer avec vous sue l'œuvre de saint Irénée à travers le petit extrait que j'ai lu au début de cette eucharistie lorsqu'Irénée nous rappelle que la création manifeste en quelque sorte, l'œuvre de Dieu.

Dans le monde ancien, il y a une grande interrogation qui se pose et qui est toujours d'actualité, on l'a vu il n'y a pas très longtemps malheureusement, pour le Japon, c'est l'intégration dans le cosmos des catastrophes naturelles. Qu'est-ce que la catastrophe naturelle nous dit du fonctionnement du cosmos ou du plan que Dieu, le créateur a sur les hommes ? Chaque culture et chaque religion a essayé d'apporter sa propre interprétation vis-à-vis de ce grand mystère qui reste celui de la signification des catastrophes. Chez les grecs, on utilise volontiers le concept du Brise et de Némésis. En fait, s'il y a une catastrophe et que les hommes sont tués, c'est à cause de la démesure de l'homme, du fait que par orgueil veut sortir de la part qu'on lui a donnée en tant qu'homme dans le monde. Sortant des limites qui lui ont été imposées, il est comme frappé par les dieux pour qu'il revienne dans le droit chemin. Dans ce système, l'homme n'a pour mission que de rester dans le chemin qui lui est indiqué ne sachant pas d'ailleurs trop où va ce chemin.

La gnose, même si je reconnais que c'est extrêmement complexe, sur ce sujet, s'est révoltée. La gnose a dit : les catastrophes naturelles ne sont en aucun cas un jugement ou une punition d'un Dieu vis-à-vis des dérèglements de l'homme. Dans la gnose, l'homme est innocent. Dans la gnose il n'y a pas de péché originel, mais le mal est reporté sur la nature. L'homme est innocent et il est frappé par une nature mauvaise.

J'en arrive à l'œuvre d'Irénée de Lyon. Ce qui est remarquable dans son œuvre c'est un petit passage qui se trouve dans le livre troisième, au chapitre onzième, dans lequel il fait le parallèle dans les quatre évangiles et les différentes alliances qui ont parcouru l'histoire de l'humanité. Chez les premiers chrétiens on a tendance à considérer que les manifestations naturelles, les catastrophes s'expliquent exactement comme les grecs l'expliquaient. Qui d'entre nous n'a jamais dit : il t'arrive telle ou telle chose, c'est bien fait c'est le petit Jésus qui t'a puni ! (c'est la théologie de ma grand-mère). Or, l'avantage d'Irénée de Lyon, c'est qu'il va démonter ce système des grecs puisque déjà il s'oppose au système gnostique, et il va montrer que les cassures que nous vivons ne sont pas des punitions de la part de Dieu. Ces catastrophes naturelles, ces cassures que nous vivons dans notre existence, manifestent autre chose. Elles ne manifestent en rien le fait que la nature serait mauvaise, c'est la lecture gnostique, et elles ne manifestent même pas les punitions d'un Dieu qui viendrait nous taper sur les doigts.

En fait, ces catastrophes nous révèlent plus exactement une économie dans laquelle commence à apparaître quelqu'un qui est là depuis toujours mais qui se manifestera totalement à Noël à sa naissance, qui est le Christ. C'est cela qui est magnifique. Nous, face à la nature désorganisée, face à des événements dont nous ne savons pas comment les intégrer dans le projet de Dieu, mais aussi par rapport à ce que je disais pour la nature, Irénée nous dit que ce n'est pas parce qu'il y a des régimes différents que le plan de Dieu change. J'ai envie de prendre l'exemple du changement de vitesse, ce n'est pas parce que vous passez de la seconde à la troisième, et ensuite à la quatrième que tout change. Au contraire, chaque régime est différent, est en rupture au moment où l'on passe le changement de vitesse, mais c'est au service d'un projet qui est de faire avancer la voiture. Je crois que la grande intuition d'Irénée de Lyon, est d'avoir fait comprendre à ses contemporains que ce que nous considérons comme des cassures ou des catastrophes ne sont pas à expliquer comme étant le fait d'une nature ou d'un Dieu mauvais. Ce n'est même pas le fait que Dieu nous empêcherait par des petites tapes d'être autre chose que ce que nous sommes, mais ce sont des changements de régime.

Nous avons là déjà ce que l'Église affirme à travers la modalité de la mort et de la résurrection. Notre vie est remplie de moments où il y a à la fois une œuvre de mort et en même temps, une œuvre de résurrection. Or, cette mort n'est jamais définitive, cette mort est toujours d'une manière mystérieuse et par la grâce, au service d'une résurrection pour que le plan de Dieu arrive.

Frères et sœurs, que l'œuvre d'Irénée de Lyon soit pour nous l'occasion de relire notre vie et de prier, de remercier le Seigneur, lui qui par le Christ, par le Verbe qui s'est fait chair, transforme à chaque instant tout lieu de cassure, toute catastrophe en lieu de vie et en lieu de résurrection, afin qu'un jour, nous puissions le voir face à face.

 

AMEN

 

 

 

 
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