AU FIL DES HOMELIES

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UN MYSTÈRE DE FÉCONDITÉ

Jc 5, 16 b-20 ; Mc 12, 35-44
Premiser martyrs de Rome - (30 juin 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e ne vais pas vous décrire les cruautés que l'em­pereur Néron avait inventées pour les chrétiens. Les uns ont été crucifiés, brûlés vifs au cours de spectacles où la foule acclamait cette persécution de nos premiers frères. Nous pourrions, en lisant ces actes des martyrs, éprouver comme un désir de revan­che ou nous dire : Dieu a encore raison car à l'inté­rieur de ce martyre, Il a gardé près de Lui ceux qu'Il aimait. Nous pourrions lire toute l'histoire des martyrs de l'Église du monde en disant : La justice est vrai­ment sauve les pauvres et les petits sont auprès de Dieu. Les méchants seront rejetés. Cela est vrai mais quelque peu réducteur pour la puissance et la miséri­corde de Dieu. Car lorsque l'Église fête des martyrs, elle ne prend pas sa revanche, mais elle fête la se­mence, elle fête le mystère de la fécondité qui naît dans la violence, dans le désordre, dans le mal même.

Dieu ne sépare pas dans l'humanité, dans l'histoire ou même à l'intérieur de nous, Dieu ne sé­pare pas ce qui est bon de ce qui est mauvais, mois­sonnant un peu violemment, mais Il sait amener toute chose à Lui. Dieu n'est pas horrifié par le mal au point de vouloir séparer le bon grain du mauvais grain, mais Il sait faire de ce monde qui est bon en soi un creuset pour que toute chose, même mauvaise, soit l'occasion de sa grâce. Mais lorsque l'on dit que Dieu "fait grâce" au sens profond du terme faire, c'est dire qu'Il recrée toute chose de ce monde et 1'ordonne à Lui-même, même le péché, même le désordre, même nos misères. Rien n'échappe à la toute-puissance de Dieu. Nous n'avons pas à Lui proposer ce que nous avons de meilleur en cachant au fond de nos poches spiri­tuelles ce que nous avons de moins bon. Ce serait une façon de marchander avec Dieu, ce serait une attitude hypocrite de ne présenter au Seigneur que la face lu­mière et de tenir secret ce qui est encore dans l'ombre. Le Seigneur veut de nous non pas le superflu signifié par l'obole versée par les pharisiens et les scribes, mais il veut ce qui semble n'être rien ou même être en creux, notre misère. Il veut que de cette humanité, même ratée ou cruellement ratée, comme par exemple pour ces martyrs, signifier tellement sa confiance qu'Il voudrait la faire rejaillir en vie nouvelle.

Cette fête des martyrs de Rome n'est pas une revanche de Dieu sur l'humanité qui a abîmé ses en­fants bien-aimés. C'est la fête de la puissance de Dieu qui, d'un homme même cruel comme Néron, sait faire l'occasion de la naissance de l'Église, sinon le Christ ne serait pas passé par la mort. Si nous nous arrêtons à la croix, nous aurions encore une idée de revanche, idée qui a été bien souvent dans l'histoire comme un fil conducteur par rapport à nos frères juifs. Mais comprenons que la puissance de Dieu n'a pas besoin de revanche. Elle est si grande qu'elle n'a pas besoin de trouver justice humaine à ses propres yeux. Mais par contre, elle veut épouser chacun des éléments qui sont, même en nous-mêmes, les plus opposés à Dieu. Ainsi Dieu fait grâce. De même que Dieu a créé le monde, rien de ce monde, même pas un point sur le "i", ne sera hors de la grâce de Dieu. Même les choses les plus éloignées de Lui, les plus ténébreuses, à moins que l'homme lui-même ne s'y refuse et ne s'y oppose radicalement et éternellement dans son cœur rien ne sera refusé à l'action de la grâce de Dieu. Toute chose est l'occasion d'une semence d'une nais­sance, d'une autre vie, même la mort.

Les éléments de mort qu'il y a en nous ne seront pas jugés ou pesés dans une justice trop humaine. Ils seront simplement des parties stériles, des parties desséchées que Dieu nous demande, une nouvelle fois, d'exposer à sa grâce pour qu'elles deviennent de nouveau fécondes. Si le mal a touché ces parties du monde et de notre vie et qu'elles sont loin de la grâce de Dieu et de sa fécondité, demandons que rien en nous ne soit loin de Dieu. Il y a une prière que le prêtre dit seul et à voix basse avant la Communion et qui se termine ainsi "afin que rien ne me détache de Toi !" Voilà une prière de chrétien qui, au cœur même des épreuves, au cœur même de la mort, est sûr de la présence, de la bienveillance de Dieu qui nous guide, qui nous tient et qui désire que nous ne lâchions pas sa main.

 

 

AMEN

 

 
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