AU FIL DES HOMELIES

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TÉMOINS DE LA FOI EN JÉSUS-CHRIST

Ez 15, 1-8 ; Mc 11, 27-33
Premiser martyrs de Rome - (30 juin 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE


M

ême si les textes de la liturgie de ce jour ne sont pas adaptés à la fête que nous célébrons, la mémoire des saints premiers martyrs de Rome, j'aimerais évoquer cette mémoire des premiers martyrs de Rome, car il me semble que ce que nous célébrons aujourd'hui a une réelle importance pour nous.

En effet, nous avons célébré hier le martyre de Pierre et Paul et l'Église en fait une solennité, c'est-à-dire une fête à laquelle tous les chrétiens devraient participer, fête d'obligation, autrement dit, l'église aurait dû être aussi pleine hier que le dimanche. Cela n'est qu'un détail, et aujourd'hui en célébrant ces premiers martyrs de Rome, nous célébrons ceux avec qui, notamment saint Pierre, est mort. En 64 de notre ère, une trentaine d'années après la mort et la résurrection de Jésus, Rome est déjà une ville où le christianisme s'est implanté, où les chrétiens sont déjà connus. L'empereur Néron fait brûler la ville de Rome en 64 pour asseoir son pouvoir. Il trouve dans le christianisme et dans ces chrétiens que l'on connaît mais dont ne sait pas exactement quelle est leur doctrine, pensant qu'elle s'oppose à la bonne marche de la cité romaine, accuse les chrétiens de l'incendie de la ville de Rome. Dans le cirque du Vatican, il fait massacrer tous les chrétiens qu'il peut. Certainement saint Pierre est-il mort à ce moment-là. Il n'est donc pas mort tout seul, mais il est mort accompagné de ses frères chrétiens, tous ces inconnus, tous ces visages que l'Église aujourd'hui rassemble dans cette mémoire et qui ont suivi Pierre, le pasteur dans le don de la vie pour leur Seigneur. C'était un véritable massacre par les gladiateurs, mais également par les bêtes, ou encore par les chrétiens empalés qui servaient de torches vivantes, ils étaient ainsi brûlés vifs, servant à illuminer la ville, des torchères humaines.

On a du mal à imaginer dans quel contexte de peur, d'exercice de la violence, la ville de Rome était en train de vivre. Ce sont les chrétiens qui en ont fait les frais. Tout simplement parce que la vision du monde et surtout la marche de la cité, et plus exactement encore la conception de la vie de l'homme et du prix d'une vie humaine, était totalement différente de toutes les idées véhiculées à cette époque. Pour l'homme chrétien, la vie a du prix. N'imaginons pas que les premiers martyrs s'en vont victorieux, la palme à la main et le sourire aux lèvres ils sont des hommes normaux, et comme tout homme, ils ont certainement connu l'angoisse et la peur. Ils n'ont pas choisi de mourir martyr. En revanche ils ont accepté la raison de leur mise à mort : leur foi en Jésus, qui est vraiment le Seigneur, et si Jésus est Seigneur, Il a changé quelque chose à la vie de ces hommes et de manière radicale. Il a changé la vie de ces hommes qui, pris dans une société qui n'était pas là pour favoriser leur religion, qui n'était pas là pour développer des qualités humaines ou des valeurs comme certains de nos contemporains les recherchent, la cité romaine et l'empereur n'étaient pas là pour élever le niveau. Ils ont tenu à la vérité de ce que le Christ faisait pour eux, que désormais, comme l'avait annoncé saint Paul, il n'y a plus ni homme ni femme, ni maître ni esclave, ni juif ni païen, il n'y a que des hommes remplis de cette vie du Seigneur et c'est cette vie-là qui donne de la dignité à tout être humain. Lorsque saint Paul dit qu'il n'y a plus homme ni femme, il bouleverse les principes mêmes de l'établissement de la société de l'empire romain. Quand il dit qu'il n'y a plus de seigneur ou de maître et d'esclave, c'est comme s'il disait que tout le système économique européen n'a aucune valeur et qu'il faut le changer, et il s'effondrerait de lui-même. Quand il dit qu'il n'y a plus de juif ni de païen, il supprime toute barrière religieuse. Ainsi, les martyrs de la ville de Rome, en donnant leur vie, ont manifesté le centre et le cœur même de leur foi. L'homme chrétien croit en la résurrection. Ce n'est pas un principe morbide ni mortifère qui a suscité le don de la vie de tous ces hommes, de toutes ces femmes, c'est la foi que la vie de Jésus en eux est plus forte ou n'importe quel autre mort, mal ou péché. Cela, ils ont pu le réaliser parce qu'ils ont cru à cet amour de Dieu manifesté dans leur propre vie.

Comme nous l'avons chanté : "il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime", c'est ce principe de l'amour, c'est cette foi en la résurrection, c'est cette expérience d'une conversion profonde et intérieure de notre propre vie en laquelle les martyrs ont cru et leur ont permis d'aller aussi loin. Ne nous plaignons pas aujourd'hui d'une société qui ne nous aide pas à vivre en chrétiens. Invoquons plutôt les premiers martyrs de Rome pour avoir le courage de vivre aujourd'hui, quels que soient les conceptions et les "Néron" de notre temps, en vrai chrétiens.

 

AMEN

 

 

 
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