AU FIL DES HOMELIES

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FOLIE MEURTRIÈRE

Jb 1, 1-12 ; Mc 12, 18-27
Premiser martyrs de Rome - (30 juin 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Rome : Le Colisée

 

F

rères et sœurs, quelques mots sur ces premiers martyrs de Rome. C'est d'une façon un peu anecdotique que l'on connaît cette histoire puisque c'est un historien des empereurs romains, Suétone qui raconte la vie des Césars, et entre autre, la vie de Néron. Il raconte cette histoire assez sordide la ville de Rome avait eu, et à l'époque, on le comprend il n'y avait pas encore des plans d'urbanisme extrêmement élaborés, Rome avait connu depuis une centaine d'années une montée de population qui rappellerait, toutes proportions gardées, ce qu'on peut trouver dans certaines villes d'Amérique latine, une arrivée pas seulement des campagnes environnantes, mais pratiquement de tout l'empire, de gens qui cherchaient fortune d'une manière ou d'une autre. Par conséquent la spéculation immobilière s'était mise largement en route, on avait commencé à faire des immeubles de quatre ou cinq étages, ce qui était très dangereux à l'époque parce qu'il n'y avait pas toutes les sécurités voulues et peut-être qu'on n'y mettait pas non plus l'argent qu'il fallait. Cette situation avait créé dans le centre de Rome une concentration de population, un mauvais urbanisme, et au bout d'un certain temps, la capitale risquait de devenir invivable.

Ce n'était pas une raison suffisante, mais Néron dont on connaît par ailleurs la psychologie un peu particulière, avait considéré que ce chancre au cœur même de la ville de Rome était indigne de la capitale du monde. Il a sans doute, et c'est ce que nous dit cet historien, il a sans doute payé des incendiaires, et ce n'était pas très compliqué de déclencher des incendies en plusieurs endroits de la ville de Rome. Cet incendie s'est propagé et a duré plus d'une semaine. C'est dire surtout la situation de panique, pas d'avenue, pas de grandes rues, pas de sorties, et cela a fait des dizaines de milliers de victimes. Néron pensait que cela suffisait pour dégager le quartier, empêcher les gens d'y loger, et ensuite de le raser et de la reconstruire. C'est un peu le quartier que nous voyons aujourd'hui qu'on appelle la Domus aurea. Le centre de Rome était devenu inhabitable, mais en même temps, cela a déchaîné une critique populaire et incisive contre la personnalité un peu folle de cet empereur. Néron, très peu de temps après, s'est repenti, d'autant plus que circulaient sur son compte les pires bruits, c'est qu'au moment même où Rome brûlait, comme Néron se croyait artiste et poète, on raconte qu'il aurait pris sa lyre, et dans la lumière de l'incendie, aurait chanté des compositions de sa propre veine. Ce qui évidemment a scandalisé le peuple, c'est du moins ce que l'historien raconte. Néron ne devait pas se rendre compte de la portée de ses actes, mais cela a fixé l'image d'un homme fou, cruel qui devant l'incendie qui tue des milliers de gens prend sa lyre et chante la beauté de Rome en feu.

Dans ces cas-là, et c'est encore comme cela aujourd'hui en politique, il faut trouver des coupables. Et dans la mesure où Rome abritait un très grand nombre de gens venus d'un peu partout, il se trouve qu'on ne sait pas exactement pourquoi on a suggéré, soufflé à Néron de considérer que les chrétiens étaient les auteurs de cet incendie. Il en a été satisfait, et avec une cruauté raffinée comme lui seul pouvait le faire, il a organisé une énorme fête, des jeux et des banquets, et c'est l'origine de cet endroit vénéré par les chrétiens. Il y avait un cirque aménagé pour les courses de chars, qui devait comprendre entre trente et quarante mille places, et Néron a organisé des jeux et pour désigner à la vindicte de la foule les vrais coupables de l'incendie de Rome, ceux qu'il voulait que l'on croit être les vais coupables, il a fait faire des rafles dans la ville, visant plus spécialement mais sans doute pas exclusivement les chrétiens. Pour bien montrer qu'ils étaient coupables d'incendie, Suétone raconte qu'il a fait enduire les chrétiens de poix et de résine, et pour beaucoup, suspendus à des poteaux ils ont servi ce torches vivantes. Ainsi, ceux qui avaient provoqué le feu périssaient aussi par le feu. Certains pensent que dans le lot de tous les chrétiens arrêtés à ce moment-là, il y a eu saint Pierre. Ce n'est pas impossible, l'historien Suétone ne s'est pas enquis des papiers d'identité de chacune des victimes. Il est certain que cela a été un épisode terrible de la première communauté chrétienne à Rome. Elle avait sans doute une vingtaine d'années. Ce n'est ni Pierre ni Paul qui avaient été les fondateurs de cette communauté, elle avait été fondée très tôt, sans doute même avant 48, et elle a été immédiatement exposée aux persécutions.

Quand on fête aujourd'hui la mémoire des premiers martyrs de Rome, on fête une des pages les plus impressionnantes et les plus bouleversantes de l'histoire de l'Église naissante, c'est-à-dire une persécution qui se fait sans jugement, uniquement sur calomnie, une persécution qui ne se fait pas individuellement mais qui se fait par rafles et par élimination. A l'époque moderne, on a fait plus fort que cela mais c'est le même principe. Enfin, c'était une persécution dans laquelle tous les caractères de la dérision, de la dénomination des victimes comme ennemies du genre humain commencent à se répandre.

C'est donc un événement tragique. Aujourd'hui, avec deux mille ans de recul, on a tendance à glisser cela dans le bilan global, mais il faut bien reconnaître que c'est une des pages les plus sombres, à la fois de l'histoire des communautés chrétiennes, car la communauté chrétienne de Rome a bien failli y passer. Dans l'histoire de l'humanité c'est aussi le début d'un comportement pour raison d'État de s'attaquer à des attitudes et à des principes religieux. Aujourd'hui aussi les persécutions religieuses se font généralement plus sournoises, en vingt siècles, les hommes ont compris qu'il valait mieux rester discret et procéder en catimini.

Cela n'empêche que la persécution des hommes et des femmes pour des raisons religieuses, notamment parce qu'ils sont chrétiens, continue dans plusieurs endroits de la terre. Nous aurons à cœur de prier pour tous ceux et celles qui aujourd'hui, de façon cachée et secrète, sont encore les victimes de la persécution pour leur foi ou leurs convictions religieuses.

 

 

AMEN

 

 

 
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