AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE LA PATERNITÉ DE DIEU

2 S 7, 4-14 a+16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16+18-25
St Joseph, artisan - (1er mai 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


L

e personnage de Joseph est comme un paradoxe au cœur de notre foi. En effet, nous confessons que Dieu est Père. Et selon la parole de Paul, Dieu est Celui de qui "toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom." Par conséquent, dans notre foi chrétienne, il n'y a pas de mystère plus grand que celui de la paternité. Si notre culture contemporaine s'est attaquée de front à la question du père, c'est sans doute parce qu'il y a là, au cœur même de notre foi, une des réalités fondamentales qui structure l'être humain, non seulement dans la société, mais également en face de Dieu.

        Ainsi donc le mystère de la paternité est central dans la foi. Et cependant, Dieu n'a pas permis que Joseph soit le père de Jésus. C'est tout de même étonnant : Dieu est Père et Il ne permet pas que Joseph soit le père de son Fils Unique (comme s'il était un père jaloux). Mais est-ce bien de cela dont il s'agit ?

       Saint Thomas d'Aquin qui est tout de même une référence en matière de théologie, dit :”Rien n'empêchait que Jésus soit né de l'amour de Joseph et de Marie. Ce sont des conceptions de piété populaire plus tardives qui ont laissé penser que le fait que Joseph et Marie donnent par leur amour mutuel la vie à Jésus aurait été quelque chose d'inconvenant”. Thomas d'Aquin qui a un sens beaucoup plus médiéval de l'amour humain, un sens beaucoup plus sain, beaucoup plus pur, beaucoup plus heureux, dit carrément et simplement que rien n'empêchait que Jésus soit le fils réel de Joseph et de Marie.

       Cependant si Dieu, dans sa sagesse, a voulu que Marie seule conçoive de l'Esprit Saint, sans l'aide de l'apport de Joseph, c'est pour nous manifester de façon plus visible et plus réelle le mystère de la venue du Fils de Dieu dans notre chair. C'est pour mieux manifester que la venue de Dieu parmi les hommes n'est pas le résultat de cet amour humain qui, dans la rencontre de l'homme et de la femme, peut se prévaloir de la responsabilité entière et totale de la venue au monde d'un enfant. Et c'est peut-être précisément là, la conséquence pour Joseph.

       Dieu s'est plu à montrer que la paternité, (une paternité tout de même importante que Joseph a exercée car il a été la présence masculine au cœur du foyer) tire son nom du Père de Jésus Lui-même. C'est cela que nous enseigne la sainteté de Joseph. Une paternité qui ne se manifeste pas, qui ne s'affirme pas par elle-même comme source à partir d'elle-même, (or dans l'Antiquité, on insistait sur le fait que l'homme soit seul source de l'enfant qui naissait), mais une paternité tout entière donnée, une paternité qui est tout entière grâce, Joseph est celui qui manifeste à l'Église que la paternité humaine n'est pas une source absolue mais qu'elle est grâce, qu'elle vient vraiment d'ailleurs. Tout le mystère de la sainteté de Joseph c'est d'avoir su le montrer par les gestes les plus humains, les plus humbles de la responsabilité paternelle qu'il exerçait vis-à-vis de Jésus. "Moi, Joseph, je ne suis que le signe, que le sacrement de ton Père qui est aux cieux !" Et de cette manière-là Joseph n'a pas pu s'approprier d'aucune façon la paternité. Il a dû la vivre de façon permanente comme un don, comme une grâce, comme un signe humain à travers lequel Jésus enfant découvrait sur le mode humain la paternité absolue de son Père.

       C'est quelque chose qui dépasse ce que nous pouvons imaginer. Souvent, lorsque nous regardons des réalités humaines aussi importantes que celle de la génération, nous les voyons d'abord dans leur consistance propre, et en ceci nous avons tout à fait raison c'est pour cela qu'il faut essayer d'être père, d'être mère le plus possible, non pas père protecteur ou mère poule, mais véritablement en toute consistance et profondeur. Mais en même temps, et c'est peut-être cela que Joseph peut nous apprendre, cette paternité qui porte en elle, d'une manière ou d'une autre à cause du péché, ce germe de vouloir s'affirmer par elle-même comme source et commencement, cette paternité ne le peut jamais. Si Dieu a voulu que Jésus naisse de la puissance de l'Esprit, dans la chair de Marie, sans avoir recours à la paternité, à la masculinité de Joseph, c'est pour que Joseph ne soit que le sacrement, que le signe de la paternité de Dieu.

       Je pense que la relation de Jésus à Joseph n'était pas une fausse relation. Joseph n'est pas "le monsieur qui joue le rôle de père tout en n'étant pas père mais qui était père quand même" ce qui n'aurait pas été très sain. Jésus lisait, voyait, découvrait avec ses yeux d'homme et son cœur d'enfant, dans les gestes humains de Joseph, la paternité humaine comme sacrement de la paternité de son Père des cieux. Et cela est très grand. Et c'est la sainteté de Joseph. Etre pour l'humanité de Jésus le sacrement de la paternité éternelle de Dieu.

       On dit que Jésus est Fils de David. Or dans la généalogie que nous avons lue tout à l'heure, c'est Joseph qui est fils de David. Et plusieurs chrétiens pensent que cela n'est pas exact puisqu'il n'y a pas la transmission génétique du patrimoine héréditaire de David par la personne même de Joseph. Le problème n'est pas tout à fait là. Ce dont Jésus héritait à travers la personne de Joseph ce n'était pas le patrimoine génétique. Il voulait que Joseph soit le sacrement de toute la lignée davidique, de toute la promesse faite à Abraham, que Joseph soit le signe vivant d'Israël, Marie en étant la chair, Joseph en étant le signe.

       Et c'est ainsi que s'est formée, que s'est épanouie, qu'a grandi l'humanité de Jésus. Non pas une humanité qui n'aurait rien eu à apprendre. Jésus a appris, a découvert le mystère de l'amour humain d'un père à travers la personne de Joseph, comme Il a découvert le mystère de la relation maternelle à travers le visage et la chair de Marie. Mais dans cette réalité-la, dans cette réalité de la paternité de Joseph, c'était déjà tout le mystère des "signes" et de la sacramentalité de l'homme comme sacrement de la paternité de Dieu qui était ainsi offert et donné, dans l'obéissance et la sainteté de Joseph.

       Alors puisque la société civile a permis une Fête des pères, nous pouvons bien, à l'intérieur de l'Église, nous permettre aussi une fête des pères. Et aujourd'hui nous prierons pour tous les pères de famille afin que cette paternité qui leur a été donnée reste aussi et profondément sacramentelle.

      Au cœur de la famille, la figure du père est très largement contestée, parce que de temps en temps "ça rue dans les brancards". Que cette figure de la paternité ne soit pas ce personnage autocratique, despote tyrannique ou totalitaire, mais que ce soit la figure sacramentelle de la paternité de Dieu. Or les sacrements sont des signes. C'est très humble d'être un signe. Cela demande beaucoup d'humilité. Et c'est d'autant plus humble que la réalité dont on est signe est elle-même plus grande. La réalité dont est signe comme père c'est la paternité absolue de Dieu.

       Que les pères de famille puissent vivre leur propre paternité humaine dans la grâce de leur baptême, à la fois comme sacrement, signe très humble, réalité de service, qu’ils n'aient pas peur de montrer la grandeur de Celui d'où vient toute paternité, du mystère du Père qui est à la source de chacune de nos vies, de chacun de nos destins de grâce, de chacune de nos existences, à la gloire du Père.

       AMEN

 

 
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