AU FIL DES HOMELIES

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LES PAUVRES DE DIEU

2 S 7, 4-14 a+16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16+18-25
St Joseph, artisan - (1er mai 1984)
Jeudi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Montlebon : Saint Joseph

A

 

u moment où le peuple d'Israël, héritier de la promesse faite à Abraham, où les rois d'Israël descendants de David à qui Dieu avait promis cette descendance dans laquelle naîtrait le Messie, au moment où ce peuple et ces rois par leur impiété, leur infidélité se détournant du Seigneur, entraînaient progressivement la ruine du peuple élu et de Jérusalem jusqu'à ce que cette ruine s'accomplisse dans l'incendie de cette ville et la déportation à Babylone, Dieu promettait "un reste". Dieu disait que la promesse faite à Abraham, la promesse reçue dans la foi par Abraham, la promesse faite à David, Dieu s'engageait à ne jamais y manquer. Et puisque l'ensemble du peuple, ses chefs et ses rois s'étaient détournés de Lui, ce serait un reste qui reviendrait, un reste qui recevrait cette promesse.

Et de fait, après l'exil à Babylone, un petit reste est revenu à Jérusalem. Ce petit reste s'est mis vaillamment, patiemment à reconstruire la ville, le temple, un temple bien plus modeste que celui de Salomon, une ville plus pauvre que celle de David mais tout de même la ville de Jérusalem et le temple du Dieu Très-Haut. Pourtant, peu à peu, il est devenu évident aux yeux de certains de ce peuple que le véritable reste n'était pas seulement ceux qui, physiquement étaient revenus d'exil à Jérusalem, ce n'était pas seulement ceux qui, de leurs mains, reconstruisaient la ville, mais que le reste véritable, c'était ceux qui, dans leur cœur, construisaient le temple véritable dans lequel Dieu pourrait venir. Ce "reste" authentique du peuple juif, c'était ceux que l'on appelle "les pauvres du Seigneur". Ces pauvres du Seigneur qui n'étaient pas seulement pauvres matériellement parce qu'ils avaient peu de ressources, mais qui étaient pauvres spirituellement, d'une pauvreté du cœur, d'une pauvreté tout intérieure.

Ces pauvres du Seigneur, nous en voyons la trace dans les psaumes qui chantent cette attente confiante, cette attente paisible dans la nuit, dans la foi, dans une certitude obscure, cette attente malgré toutes les humiliations, malgré tous les échecs apparents car, après ce retour d'exil, la Judée, la Palestine sera sans cesse soumise à toutes sortes de dominations étrangères et tiraillée entre toutes sortes de persécutions. Malgré tous ces échecs apparents, cette pauvreté du cœur demeure certaine que le Seigneur va venir. C'est dans ce petit reste, c'est dans ce milieu des "pauvres du Seigneur" que se trouvent placés tous ceux qui vont entourer la naissance de Jésus, qu'il s'agisse de la vierge Marie elle-même, qu'il s'agisse d'Elisabeth et de Zacharie les parents de Jean-Baptiste, qu'il s'agisse de Siméon et d'Anne qui accueilleront Jésus au jour de la Présentation. Mais, de tous ceux qui entourent ainsi la naissance de Jésus, celui qui représente de la façon la plus typique et la plus parfaite ce milieu des "pauvres du Seigneur", c'est Joseph.

Saint Joseph est par excellence "le pauvre du Seigneur". Et encore une fois, cette pauvreté était certes pour lui une pauvreté matérielle, Joseph n'était pas un homme riche et, quoique de descendance royale, il travaillait de ses mains, mais la pauvreté de Joseph était surtout la pauvreté du cœur, cette pauvreté qui doit s'exprimer bien davantage par le mot d'humilité. Joseph est un humble du Seigneur. Si nous regardons l'attitude de Joseph, telle que l'évangile nous la manifeste, nous comprenons que cette humilité n'est pas à entendre seulement comme une attitude morale. Certes l'humilité est le contraire de l'enflure, le contraire de l'orgueil et de la vanité. L'humilité est une juste appréciation de notre pauvreté intérieure, de notre petitesse. Mais l'humilité est beaucoup plus profonde encore que cette attitude morale. L'humilité est véritablement une attitude théologale. C'est l'attitude de la créature devant le Seigneur, c'est de se savoir petit devant l'immensité du mystère de Dieu. L'humilité c'est ce prosternement émerveillé et, en quelque sorte, heureux d'être peu de chose devant Celui qui est l'immensité, devant l'infinité du mystère de Dieu. L'humilité c'est plus encore une manière de se situer devant ce mystère de Dieu dans une confiance absolue, parce que fondée sur la foi sans limite dans la fermeté, la certitude des desseins de Dieu. L'humilité c'est de savoir que Dieu qui a promis, Dieu accomplit, et que si nous ne savons pas comment Dieu va accomplir, comment Dieu va réaliser sa promesse, pourtant nous adhérons avec une force sans limite à la vérité, à la certitude de cette promesse.

Saint Joseph fut donné par Dieu comme époux à la vierge Marie, et il découvrit, sans pouvoir en comprendre toute la portée, que son épouse aurait un enfant qui ne serait pas le sien et qu'il serait chargé d'entourer de tendresse cette épouse mystérieusement unie à la puissance de Dieu qui dépassait infiniment tout ce que Joseph ou n'importe quel autre être humain pouvait imaginer, qu'il serait chargé de veiller avec tendresse sur cet enfant qui serait le sien sans être le sien, cet enfant à qui il donnerait un nom, cet enfant qu'il introduirait dans la descendance de David et d'Abraham, cet enfant sur lequel il veillerait alors qu'il savait que cet enfant le dépassait infiniment de toute part. Joseph, dans la nuit de la foi, marchera avec cette certitude simple, joyeuse, et chaque fois que, dans l'honnêteté de son cœur, il pense qu'il doit prendre telle décision et que Dieu, très mystérieusement dans les songes qu'il reçoit pendant son sommeil, lui dit d'agir autrement, Joseph obéit. Il obéit sans bien comprendre parce qu'il est traversé par cette certitude que Dieu agit, que Dieu accomplit son dessein, que Dieu accomplit sa promesse. Et Joseph va, avec tendresse, avec amour, avec délicatesse, en y mettant toute sa vie même s'il n'a pas compris jusqu'où va le mystère dont il est chargé et qu'il reçoit dans ses mains.

Ainsi Joseph accomplit pleinement cette humilité qui n'est pas seulement du cœur ou de la vie concrète, mais qui est l'humilité de l'être tout entier, de la manière dont nous nous situons dans l'histoire, dans le mystère, dans le dialogue entre Dieu et l'homme. Ecouter Dieu et lui obéir, dans cette certitude que Dieu accomplit son oeuvre, même si nous ne savons pas exactement quelle est cette oeuvre et si nous ne comprenons pas tout à fait les chemins par où elle passe. Je crois que nous pouvons demander à saint Joseph de nous apprendre cette véritable humilité cette foi, qui est la même que celle d'Abraham qui, lui non plus, ne comprenait pas comment parvenu à une telle vieillesse, il pourrait être le père d'une multitude de peuples, lui qui ne comprenait pas non plus comment il pouvait offrir en sacrifice cet enfant sur lequel reposait cette promesse que Dieu lui avait faite et qui lui avait été donné miraculeusement et que, maintenant, il fallait mettre à mort. Abraham ne comprenait pas, mais il suivait la parole de Dieu. Et nous aussi, bien souvent, dans le détail de notre vie, nous ne pouvons pas comprendre car il y a énormément d'évènements qui semblent mystérieux et qui dépassent ce que nous avions prévu et qui sont différents de ce que nous croyons devoir faire, et qui nous semblent aberrants par rapport à ce que notre raison nous commanderait. Mais, quand nous sentons que ces évènements sont "parole de Dieu", quand nous sentons qu'il y a en eux un appel que Dieu nous adresse, alors, c'est là que nous devons nous mettre dans la lignée de Joseph, dans la lignée d'Abraham, que nous devons mettre nos pas dans leurs pas, pour suivre, non seulement par une obéissance aveugle, mais par une obéissance joyeuse, par une obéissance aimante, en mobilisant toutes les forces, toutes les énergies de notre être, tout notre amour et toute notre tendresse pour accomplir cette œuvre mystérieuse de Dieu qui, à travers nous, veut se faire jour.

Que saint Joseph et son ancêtre Abraham, dont il est en quelque sorte le renouvellement spirituel, que saint Joseph soit pour nous un père spirituel, un guide à chacun des pas de notre existence pour que, nous aussi, nous vivions dans l'humilité, dans la foi, dans l'obéissance, dans l'adhésion profonde au mystère que Dieu nous propose, dans lequel Il nous demande d'avancer avec Lui

 

AMEN

 
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